Eglise évangélique luthérienne de Suède

L’Eglise évangélique luthérienne de Suède échange christianisme contre idéologie du genre

L’Eglise évangélique luthérienne de Suède, qui était Eglise d’Etat jusqu’en 2000, s’est concoctée un nouveau livre liturgique à l’issue d’une convention de huit jours qui s’est achevée jeudi dernier et qui a réuni 251 leaders « chrétiens » suédois. Cette Eglise s’était déjà distinguée dans le passé en nommant en 2009 le premier « évêque » lesbienne vivant en couple et ayant conçu avec son « épouse » (également « prêtre ») un enfant par fécondation in vitro. Elle s’était aussi distinguée la même année en décidant d’autoriser le « mariage » religieux entre personnes du même sexe, même si les prêtres ont (encore) le droit de refuser de célébrer de tels simulacres de mariage.

En se réunissant à nouveau pour réviser son livre liturgique datant de 1986, cette Eglise ne pouvait donc pas décevoir la gauche progressiste d’autant que l’archevêquesse d’Uppsala et primate luthérienne de Suède, Antje Jackelén (à laquelle le pape François donnait l’accolade lors d’une prière œcuménique commune le 31 octobre 2016) a annoncé la couleur : « Montrons au monde que nous sommes une Eglise qui embrasse la diversité. »

Les luthériens suédois se sont donc attaqués au langage des textes liturgique et des prières chrétiennes. Il s’agit de rendre Dieu aussi inclusif que les Suédois en cessant d’utiliser pour se référer à Lui des mots qui pourraient Lui attribuer une nature masculine (Il, Lui, le Père, le Fils, le Seigneur, etc.).

Le nouveau livre liturgique propose différentes options et il permet, par exemple, de parler de la Sainte Trinité, Père et Mère, Fils et Fille et Saint Esprit. Il propose aussi de reprendre « Dieu » à chaque fois qu’apparaissait un pronom masculin pour Le/La désigner, etc, etc.

Tous ne sont bien entendu pas d’accord avec cette réforme qui était en préparation depuis 2009. Les partisans enthousiastes de la réforme, telle Sofia Camnerin, vice-présidente de l’Eglise Equmenia rassemblant différentes dénominations évangéliques et réunissant la plus grosse organisation de jeunesse (du même nom) du pays, dont la plus grosse organisation suédoise de scoutisme, se répandent en félicitations, affirmant que la révision des textes liturgiques et des prières est le fruit d’une prise de conscience des discriminations et des inégalités dans la société. Pour Sofia Camnerin, « les théologiens de la Libération ainsi que les féministes et les théologiens postcoloniaux ont joué un rôle crucial pour identifier comment la légitimation des hiérarchies conduit à la violence et à la subordination ». Car, explique-t-elle, parler de Dieu comme « le Seigneur » consolide une hiérarchie où c’est le mâle blanc qui domine dans le monde occidental.

Inversement, plusieurs membres de l’Eglise de Suède se sont plaints dans les médias du manque de dialogue et de volonté d’écoute de la part des ceux qui ont forcé ces réformes, et surtout du fait que l’Eglise de Suède s’éloigne encore plus des autres Eglises chrétiennes, et va donc à l’encontre du travail d’œcuménisme qui avait été accompli jusqu’ici.

N’en déplaise au pape François, il sera en effet difficile dans ces conditions pour beaucoup de chrétiens de considérer que l’Eglise luthérienne de Suède est encore une Eglise chrétienne plutôt qu’une simple secte progressiste dérivée du christianisme.

Olivier Bault

Article paru dans Présent daté du 30 novembre 2017