Histoire mondiale de la France

« Salauds de Français, cochons de Gaulois », par François Bousquet

L’historiquement correct a encore frappé sous la forme d’une Histoire mondiale de la France. Métissée, collaborative, abracadabrantesque, hénaurme et ubuesque. C’est d’ailleurs le Père Ubu, dit Père Boucheron – docteur en patahistoire et professeur au Collège de France –, qui l’a signée. Le résultat, c’est que la France n’est vraiment pas belle à voir. Mais, Dieu merci, les migrants l’ont toujours sauvée.

C’est un peu dans cet esprit d’ouverture inconditionnelle qu’a été conçue l’Histoire mondiale de la France, véritable blockbuster éditorial sorti en début d’année moyennant le concours de 122 « historien-ne-s ». 100 000 exemplaires vendus, un pavé de 1 360 grammes, 800 pages austères découpées en 146 chapitres polémiques et autant de dates aussi fantaisistes qu’arbitraires, l’Histoire mondiale de la France a battu tous les records.

Patrick BoucheronSon maître d’œuvre, Patrick Boucheron [ci-contre], professeur au Collège de France, est un Bisounours de l’espèce savante, morose et révisionniste, figure emblématique du Nouvel Ordre moral. Bon écrivain, cédant parfois à la tentation du maniérisme, il ne se prive pas d’exhorter son lecteur à « dépayser l’émotion de l’appartenance et accueillir l’étrange familiarité du lointain » (p. 8 sq.). Le reste du temps, il adopte le registre humide et dévot des confiteor d’autrefois dans lequel il excelle. Mea maxima culpa ! C’est là, comme l’a énergiquement rappelé Patrice Gueniffey dans Le Point (20 avril 2017), une « conception de l’histoire de France culpabilisante et honteuse, visant à l’expiation : bref, le discours pétainiste appelant les Français à se repentir ». […]

[…] Toujours est-il que, selon Sartre, « abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. » Mais du moins la haine de soi était-elle chez Sartre sous amphétamines, électrisant le lecteur. Chez Boucheron, elle est sous sédatif, l’assommant, tant elle est sinistrement moralisatrice, comme un prêche postconciliaire ou un laïus cornichon sur les droits de l’homme. Personne n’y croit. Surtout pas lui. Toute bonne carrière universitaire se fait désormais sur le trafic de cette fausse monnaie : la haine de soi, passeport de la réussite. Chez Boucheron, elle est sans anicroche.

En Union soviétique, il aurait été élevé à la dignité de maréchal des arts et des lettres par Andreï Jdanov lui-même. En France, il a tous les honneurs. […]

[…] Le vrai dessein de la déconstruction se fait jour, son sens caché se détache de la gangue qui la recouvre. La vaste entreprise de négationnisme, historique, philosophique, culturel et qui vise l’ensemble des disciplines, n’était que le préalable à un constructivisme radical. Autrement dit, le nihilisme cachait un messianisme. La tour de Babel à relever. On n’a ainsi liquidé les grands récits, marxiste ou chrétien, les Grandes Chroniques nationales, que pour leur substituer un métarécit global. On n’a enterré les philosophies totalisantes de l’histoire que pour les remplacer par une histoire mondiale.

On ne s’est livré à un éloge de la différence que pour renouer avec la soupe primitive indifférenciée. On n’a proclamé la fin de l’histoire que pour en hâter l’accélération de façon à ce que le monde ne soit plus qu’un flux ininterrompu de zombies post-identitaires […]

Morceaux choisis du livre (extrait)

Il est impossible de recenser ici la somme d’âneries et de contre-vérités colportées par cette Histoire mondiale de la France. Un pareil inventaire deviendrait rapidement fastidieux. Mieux vaut un bref aperçu. Florilège :

Hugues Capet

Hugues Capet

– Le culte d’Alésia ? Un « syndrome » (p. 53).
– Les Francs ? Ce « groupe barbare », « si insignifiant » (p. 87).
– L’élection d’Hugues Capet ? L’« exemple même du non-événement ou de l’épiphénomène » (p. 119).
– Le saint patron de la Gaule, Martin, évêque de Tours ? Un migrant (p. 76 sq.).
– Les Serments de Strasbourg, en 842 ? Un « fait historique mineur » (p. 105).
– L’absence de dialogue interreligieux entre l’islam et la chrétienté ? La faute aux seuls chrétiens, nommément Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, qui commanda en 1143, la première traduction latine, fautive, comme il se doit, du Coran (p. 146 sq.).
– La France au XIVe siècle ? Un « pays de serfs, taillables à la merci du souverain » (p. 218).
– La France libre ? Un malentendu topographique. Inutile de la chercher à Londres ou dans les maquis, elle est en Afrique, à Brazzaville, où elle a installé sa capitale (p. 621 sq.).

Extrait de l’article « Salauds de Français, cochons de Gaulois. Histoire mondiale de la France » de François Bousquet.
Actuellement en kiosque dans le numéro d’Éléments n°168.