SOS Méditerranée, importateur de migrants

Oyez, braves gens, la belle histoire du brave marin de la Baltique et de la gentille humanitaire tourangelle qui, en deux ans, ont sauvé de la mort 20 000 migrants. Louez et admirez Klaus Vogel et Sophie Beau, qui ont reçu, fin juin, conjointement avec l’ancien maire de Lampedusa Giuseppina Nicolini, le prix Houphouët-Boigny de l’Unesco « pour la recherche de la paix ».

Klaus Vogel et Sophie Beau

Klaus Vogel et Sophie Beau

Klaus Vogel et Sophie Beau ont fondé SOS Méditerranée au printemps 2015. De toutes les ONG qui opèrent entre l’Italie et l’Afrique, elle est sans aucun doute la plus médiatisée. A cela deux raisons. D’abord, une présence réelle en mer. L’hiver dernier, durant deux mois, l’Aquarius, le navire de l’association, était le seul à opérer au large de la Libye. En deux ans, 120 missions de sauvetage ont été menées. Ensuite, le profil de ses deux fondateurs.

Vogel, l’Allemand, 61 ans au compteur, a tout pour plaire. Commandant dans la marine marchande, appointé à 6 000 euros par mois, il a démissionné du jour au lendemain pour aller sauver des migrants. Une « irrépressible nécessité ». Difficile à croire ? Peut-être pas car l’individu a un profil psychologique très particulier. Jeune homme, il embarque comme matelot vers l’Indonésie. A son retour, il étudie deux ans la médecine, réussit ses examens, puis abandonne. Il repart en mer. Puis revient et décroche un doctorat en histoire après un détour par Paris à l’École des Hautes Études en Sciences sociales. Il devient alors « chercheur » sur les origines de la violence. Dix-sept ans plus tard, son laboratoire perd ses subventions. Pourquoi ? Vogel ne le dit pas. Il repart alors en mer et ne la quitte plus jusqu’à 2015.

Klaus Vogel voit des nazis partout

Présenté comme un homme de gauche par la presse – on ne s’en serait pas douté –, Klaus Vogel est de ces Allemands qui souffrent profondément de leurs origines familiale et nationale. Un de ses démons intérieurs est son grand-père maternel, ancien SA, ami de Léon Degrelle, le chef de la division SS Wallonie. Un démon mort sans jamais abjurer sa foi national-socialiste.

Dans ce contexte, certaines déclarations de Klaus Vogel valent leur pesant de canapé : « Quand j’ai découvert le premier bateau auquel nous avons porté secours, je pense que j’ai senti la même chose que les GI qui ont libéré les camps de concentration en 1945. » Ach ! La mer, Gross Malheur !

Dans un autre interview, il réitère : les camps de réfugiés en Libye sont « des camps de concentration ». Il serait peut-être temps de consulter pour trouble identitaire majeur…

Le cas de Sophie Beau est d’un point de vue français plus classique. Ses parents, Bertrand et Christiane Beau, ont créé en septembre 2015 dans leur village d’Indre-et-Loire, Preuilly-sur-Claise, un comité d’aide aux migrants. Maman Christiane n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a enseigné notre langue pendant vingt ans à Paris dans un foyer pour immigrés.

Sophie, la quarantaine, mariée, quatre enfants, présente le parcours type de l’humanitaire qui a réussi : Médecins du monde, Médecins sans frontières, directrice des Associations d’Accueil et de réinsertion sociale (pour la Paca)… En professionnelle de la charité bien-pensante, elle sait égrener à chaque interview les mantras de la « solidarité citoyenne européenne », laissant cependant parfois échapper au détour d’une phrase un bout de vérité : « Les bateaux [des migrants] n’ont aucune chance de faire la traversée. »

Faites venir à nous les petits enfants…

SOS MéditerranéeEt c’est là que le conte humanitaire prend l’eau. Les ONG viennent sauver les migrants à quelques encablures de l’Afrique. Les passeurs n’ont même plus besoin de prendre la peine d’affréter de vraies embarcations. Ils savent que leurs « clients » seront pris en charge sitôt dans les eaux internationales. Les migrants le savent aussi. Sinon la plupart ne partiraient pas.

Collaborateurs bénévoles des mafias, les humanitaires ont été récemment montrés du doigt par le procureur général de Catane. Ils ont répliqué. L’affaire s’est tassée. Et pourtant… Pourtant les ONG assurent bien d’un point de vue pratique le service après-vente des passeurs. Au nom des droits de l’homme ? Bien sûr. Mais aussi au nom de la culpabilité de l’Europe. Car qu’il dirige le monde ou qu’il s’en retire, c’est toujours la faute de l’homme blanc. Klaus Vogel est intarissable sur ce point. Il voit dans « les bateaux de réfugiés qui chavirent une responsabilité de l’Europe ». A contrario, son action, c’est « l’Europe qui s’ouvre au monde ». Réflexion faite, une simple consultation ne devrait pas suffire…

L’Aquarius déverse chaque semaine en Italie ses bataillons de migrants. Le 28 juin, ce sont 1 032 Africains que le navire a transportés. Un record, paraît-il. Parmi eux, 80 % de mâles dont 230 mineurs non accompagnés qui feront pour certains un jour prochain la joie des centres d’accueil de France.

Sur les 20 500 personnes récupérées par le seul Aquarius en deux ans, un quart environ sont des mineurs, soit 5 000. Pour info, la France ne comptait en 2013, il y a seulement quatre ans, « que »  3 700 mineurs isolés…

En février dernier, l’Union européenne et la Libye ont signé à Malte un accord prévoyant une aide européenne pour mieux équiper et former les gardes-côtes libyens afin d’éradiquer les mafias de passeurs. Des subventions pour améliorer le quotidien des migrants ont aussi été versées : 90 millions en avril, puis un bonus de 3,5 millions en juin par l’Allemagne.

Mais pour Klaus Vogel et Sophie Beau, cette collaboration avec la Libye enfreint les droits des migrants. La solution ? Organiser par les États le transfert de chaque migrant en Europe. En d’autres termes, ouvrir à plein le robinet et noyer l’Europe. La boucle serait bouclée. La repentance achevée. Et le suicide consommé.

Philippe Martin

Article paru dans Minute n° 2829 daté du 5 juillet 2017