Macron : sortir du piège des happy few, par Ivan Rioufol

François Hollande les désignait, en privé, comme « les sans-dents ». Emmanuel Macron parle, en public, des « gens qui ne sont rien » : une déclaration faite jeudi soir lors de la visite à Paris d’un incubateur de start-up, lancé par Xavier Niel. Dans les deux cas, ce sont les mêmes exclus du système officiel qui sont montrés du bout des doigts par les deux chefs de l’Etat. Les « sans-dents », comme « les gens qui ne sont rien », sont ceux qui ne trouvent pas leur place dans la mondialisation, ni dans l’américanisation de la société managériale. Le gouvernement a fait ce week-end un « team building » durant lequel il est peu probable que le sort des Oubliés ait été abordé.

La photo officielle du président de la République ne cache rien de l’ambition du jeune homme qui s’est identifié à Julien Sorel : Le Rouge et le Noir fait partie des trois livres (avec Gide et de Gaulle) disposés sur le bureau présidentiel. Macron pose debout, un bout de fesse sur la tranche du bureau de Charles de Gaulle, les mains crispées sur les bords du meuble. Se dégage de cette image travaillée l’impression d’un personnage fier et heureux de caresser les attributs d’une réussite domptée et familière. Le portait me fait penser à ces clichés de riches intérieurs où des personnages bien nés et désinvoltes posent négligemment leur coude sur le rebord de la cheminée, un verre à la main : un monde dépassé.

C’est de ce piège rétrograde pour happy few que Macron doit sortir. Un chef de l’Etat ne peut se laisser caricaturer à ce point dans le symbole d’une réussite économique, en oubliant que toute une partie de la France en colère se fiche bien qu’on lui parle de PIB et du respect des 3 % de déficit.

Un sondage paru hier dans le JDD montre que les Français seraient à 61 % préoccupés par la montée de l’islamisme radical dans leur pays, tandis que le chômage n’inquièterait que 36 % des sondés. Ils seraient également 62 % à estimer que la France doit accueillir moins d’immigrés.

Cette photographie, qui n’a rien pour surprendre sur ce blog, n’est pourtant pas celle qui accompagne la prise de pouvoir du président. Le discours officiel, repris par les médias accommodants, consiste à marteler que tout se réglera avec la réforme du droit du travail et de la fiscalité. Le chef de l’Etat dira ce lundi à 15 h (j’écris ce billet rapide à 12 h 30) devant le congrès réunis à Versailles les grandes lignes de sa politique à venir, qui reste encre floue.

S’il persiste à ne pas voir cette France qui souffre de l’immigration et de l’islam conquérant, il est peu probable que celle-ci reste passive durant cinq ans. Il se dit, non sans arguments, que Macron imite Obama. Mais c’est Donald Trump que l’angélisme élitiste a produit.

Ivan Rioufol

Texte daté du 3 juillet et repris du blog d’Ivan Rioufol