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Ludovine de la Rochère (LMPT) : « La PMA est un déni total de la réalité »

« PMA pour toutes sans restriction et sans condition », scandaient les manifestants de La Marche des fiertés, samedi 24 juin, dans les rues de Paris. Mardi 27 juin, le Comité consultatif national d’éthique a rendu un avis favorable à l’ouverture de la PMA sans père. Les médias saluent une avancée qui serait en phase avec les désirs de notre société. La Manif pour tous, par le biais de sa présidente, Ludovine de la Rochère, pointe du doigt les conséquences dramatiques que porterait dans son sillon l’autorisation d’une PMA sans père.

— En quoi les revendications portées par le groupe LGBT sont-elles particulièrement inquiétantes ?

— Ces revendications portaient sur plusieurs choses. D’abord la PMA sans restriction et sans condition. Ensuite les droits des trans – ce qui veut tout et rien dire puisque cela englobe à la fois les transsexuels qui ne se sentent pas bien dans leur genre mais veulent une réassignation et les transgenres qui ont une perception très floue et subjective de leur genre. Ces deux facettes sont lourdes de conséquences

Fin 2016, en France, dans la loi de réorganisation de la justice, il a été introduit la possibilité d’effectuer un changement de sexe sur l’état civil sur simple attestation. Ce qui veut dire que l’on peut se retrouver avec des personnes considérées comme des hommes, mais qui sont biologiquement des femmes et donc peuvent tomber enceinte, allaiter leur enfant, etc. Cela brouille totalement les repères.

Dans les deux cas, qu’il s’agisse de la PMA ou des trans, on est dans la confusion la plus complète que ce soit dans la perception homme-femme, sur le genre, ou dans l’appréhension de la paternité et de la maternité. C’est un déni total de la réalité en même temps qu’une volonté de transformer l’homme.

Comme La Manif pour tous l’avait annoncé dès le début, la loi Taubira mène naturellement à la légalisation d’une PMA sans père et par la suite de la GPA. Les revendications portées par La Marche des fiertés sont stupéfiantes. Ils veulent la redéfinition de la filiation, quel que soit le genre, le mode de conception ou même le nombre de parents !

La PMA sans père n’est autre chose qu’un détournement de la médecine pour des revendications sociétales ; une négation de la nature humaine qui veut que pour concevoir un enfant il faille un homme et une femme.

— Que pensez-vous de l’avis rendu le 27 juin par le CCNE qui se dit favorable à une ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux couples de femmes ?

— Il est en complète contradiction avec des avis qu’avait rendus précédemment le CCNE et dans lesquels il reconnaissait que l’enfant avait le droit d’avoir un père et une mère.

C’est une décision éminemment politique qui ne respecte ni l’éthique ni l’humain.

J’irai même plus loin : en se contredisant ainsi le CCNE perd toute crédibilité, en cédant aux pressions politiques, par peur. Il est cependant intéressant de noter que le Comité consultatif national d’éthique est divisé sur la question. Un tiers des membres est opposé à l’avis qui a été rendu – ce qui ne l’a pas empêché de passer outre. Cela reflète bien que ce sujet divise la société.

Chard PMA— Divise-t-il vraiment notre société ? A entendre les médias, la majorité serait pour la « PMA pour toutes » ?

— Au contraire ! C’est ce que les médias veulent faire croire mais notre société est majoritairement contre, ce que montre un sondage d’Opinion Way pour La Manif pour tous publié le 27 juin. 77 % des Français sont pour que l’Etat, dans le cadre d’une PMA, garantisse à l’enfant le droit d’avoir un père et une mère. Dès que l’on sort des slogans et du prêt à penser « PMA pour toutes » et que l’on rentre dans la réalité des choses, un enfant privé sciemment de père, il est clair que les Français sont contre une telle idée.

C’est la raison pour laquelle nous appelons Emmanuel Macron à être raisonnable et à abandonner cette idée. Car nous n’hésiterons pas à aller manifester dans les rues contre la PMA sans père. Et je pense que nous serons très nombreux.

— Vous parlez de défiler mais, malgré le succès des précédentes Manif pour tous, la loi Taubira n’en est pas moins passée. Cela sert-il vraiment à quelque chose de descendre dans la rue ?

— Il est vrai que la loi Taubira est passée mais notre mobilisation a permis le recul du gouvernement sur des lois comme la PMA sans père, le projet de loi familles, l’adoption ouverte aux couples pacsés ou concubins. Il y a donc eu un impact. Ce sont des victoires. Si nous persévérons et que nous maintenons la pression, nous pouvons avoir gain de cause.

Cette idéologie que nous combattons ne peut que s’écrouler à la longue parce qu’elle est absurde et contraire à l’humain. Mais cela demande que nous soyons actifs.Il ne faut pas nous laisser impressionner, c’est fondamental.

Par ailleurs, PMA et GPA sont intimement liées : si l’on prétend qu’un enfant peut avoir deux mères, pourquoi n’aurait-il pas deux pères ? Et même si ce mode de conception pose de nombreuses questions quant à l’aliénation de la femme et la marchandisation d’enfants, on invoquera la question de l’égalité entre les couples d’hommes et les couples de femmes. C’est pourquoi on ne lâche rien !

Propos recueillis par Anne Isabeth

Entretien et dessin de Chard parus dans Présent daté du 29 juin 2017