Marc Crapez : « Le chantage au danger réactionnaire paralyse les perspectives de rénovation »

05/06/2017 – FRANCE (NOVOpress)
Embrassant deux siècles de l’histoire des débats politiques en France, dans son livre Antagonismes Français, Marc Crapez explique l’origine des clivages contemporains.
Dans un entretien accordé à FigaroVox, il explique que la gauche s’arroge le beau rôle et sape par la diabolisation tout travail de refonte idéologique à droite. Extraits.

Vous écrivez qu’à partir de 1900 «se mettent en place des mécanismes de rejet de données factuelles au nom d’impératifs progressistes.». À l’époque déjà, certains craignent de «faire le jeu de…»

La gauche s’arroge le beau rôle et préempte la bonne place. Elle fait honte à la droite et l’oblige à refuser, non seulement une alliance avec l’extrême droite -ce qui est parfaitement défendable- mais à refuser tout «appoint» circonstanciel de voix d’extrême droite qui «mêlerait» les voix, ce qui, comme l’observe un politologue de la Belle Époque, est absolument contraire à tous les usages parlementaires. En obligeant finalement la droite à protester sans cesse de son éthique et à déclarer qu’elle n’a aucune proximité d’idées avec l’extrême droite, la gauche opère un travail de sape qui désarme son adversaire en grignotant une à une ses positions.

Evoquer le spectre de «la guerre civile» est presque devenu un poncif. Ce risque existe-t-il réellement?

Non car Tocqueville et Raymond Aron ont démontré que l’état social démocratique étouffe toute velléité factieuse ou subversive. En revanche, on observe une tendance à la désobéissance citoyenne, voire à la sécession civique. Beaucoup de gens ressentent plus ou moins confusément l’idée que quelque chose ne tourne pas rond. Lorsque, par exemple, 90 % des parisiens votent pour un même candidat, cela montre qu’une certaine sociabilité ne promeut pas la diversité des opinions, la complexité des questions et l’émancipation des intelligences du qu’en-dira-t-on et de la propagande.