Emmanuel Macron : le sacre de la continuité

A vrai dire, ce ne fut pas une passation de pouvoirs, mais le père qui confie les clefs de la maison à son fils – « spirituel », dit-il dans Un président ne devrait pas dire ça –, son héritier à qui il confie le soin de continuer son œuvre. Evoquant ce changement à l’Elysée et le comparant aux précédents, François Hollande a constaté : « Ce n’est pas une alternance. » On ne saurait lui donner tort.

Situation inespérée pour le plus impopulaire, le plus décrié, le plus inefficace des présidents de la Ve République, malgré une rude concurrence. Il peut dire merci à Fillon qui, alchimiste maladroit, a réussi à transmuer l’or d’une élection réputée par son camp « imperdable » en plomb d’un scrutin « ingagnable ». Il doit remercier aussi, en chœur avec son légataire et successeur, la formidable machine médiatique, financière, politique, religieuse, syndicale qui, de la CGT au Medef, de Libération au Figaro en passant par La Croix, de l’UOIF au CRIF, a soutenu Macron, contre la candidate de la droite patriotique.

Se succéder à lui-même sous un autre visage, alors qu’il n’a pas pu se représenter, c’était une perspective que Hollande ne pouvait caresser, même en rêve. Mais pourquoi le chef d’Etat a-t-il cru devoir achever son mandat par un ultime mensonge en assurant qu’il laissait la France « dans un bien meilleur état qu’il ne l’avait trouvée » ? Les chômeurs apprécieront ce satisfecit, ils sont 700 000 de plus qu’en 2012 ! Mais, bien sûr, Macron va s’y affronter, lui aussi, au chômage, promis, même s’il n’a pas donné de date butoir, comme son mentor, mais il terrassera l’hydre ! C’est dire si, aux déçus du hollandisme, nous ajouterons sous peu les déçus de sa variante qu’est le macronisme. Tous ceux qui ont voté et fait voter pour lui, même au second tour, seront les derniers à pouvoir se plaindre : ils l’ont voulu, ils l’ont eu !

Mais n’est-ce pas pessimisme, défaitisme, que de prévoir l’échec ? Nullement, c’est lucidité. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la même politique aura les mêmes conséquences sociales. L’ex-Premier ministre Cazeneuve, pour mobiliser la gauche en faveur de Macron, a lancé, dans un meeting, qu’il fallait voter pour le candidat d’En marche « avec la fierté de ce que nous avons accompli et le désir de voir ce que nous avons accompli se poursuivre ».

La politique qui engendre peu de croissance et beaucoup de chômage, c’est Bruxelles qui la dicte et l’austérité, appelée « rigueur » pour se soumettre aux exigences de la mondialisation, provoque l’appauvrissement des gens modestes. Macron entend non seulement la poursuivre mais l’aggraver sous la houlette de Berlin. Comme Hollande et Sarkozy avant lui, sa première démarche présidentielle, c’est de rencontrer Angela Merkel, comme si le mandat reçu du peuple français devait être validé par Merkel pour être légitime. Le nouveau président va plus loin que les autres dans son obédience à l’Allemagne puisqu’il a déclaré au cours de sa campagne : « Je ne suis pas face à Berlin mais avec Berlin. » Il devra en répondre, face aux Français.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 16 mai 2017