Marine Le Pen triomphe chez Whirlpool, par Caroline Parmentier

Alors qu’Emmanuel Macron joue la partie comme si elle était déjà gagnée, Marine Le Pen est allée le chercher sur le terrain, réalisant un coup remarquablement réussi. Le tournant de la campagne ?

Lorsque Marine Le Pen apprend qu’Emmanuel Macron n’ira pas à la rencontre des ouvriers désespérés de Whirlpool en grève contre la délocalisation de leur usine en Pologne mais restera calfeutré derrière les murs de la Chambre de commerce avec quelques représentants choisis de l’intersyndicale, elle se rend à l’usine. Où elle est accueillie comme un sauveur. Elle multiplie les accolades et les selfies avec les employés qui la plébiscitent.

« Les ouvriers de Whirlpool sont victimes de la politique économique de M. Macron. », lance-t-elle.

Marine Le Pen le promet :

« Avec moi, Whirlpool Amiens ne fermera pas. J’en prends l’engagement. Rien n’est plus important que le sort des salariés qui pourraient subir une décision scandaleuse prise par une multinationale avide de profits. »

Quand Macron est informé du tour que lui a joué sa rivale, il décide de rejoindre les lieux dans la panique. Les images sont désastreuses. Accueilli devant les caméras aux cris de « Marine présidente », par des huées et des sifflets, encerclé par des hommes et des femmes en colère, il est vivement interpellé : « Comment maintenir de l’emploi alors qu’en Pologne ils sont payés 2,75 euros de l’heure ? », « Et pourquoi tout le Nord, il vote Front national ? », « Vous nous serrez les mains M. Macron, on a les mains propres ? » [NDLR : Bien avant Whirlpool, une vidéo assassine avait montré Macron se désinfectant soigneusement les mains avec des lingettes antibactériennes après avoir serré la main à des ouvriers]. Mercredi d’ailleurs, il réclamera malencontreusement un « hygiaphone » pour dire un mégaphone… « Vous vouliez pas venir, vous l’avez fait parce que Marine est venue ! » A plusieurs reprises BFM épouvantée, coupera le son.

Toute la journée, les médias de Drahi vont ramer pour rattraper l’effet catastrophique. Le soir, les commentaires de BFM sont à hurler de rire : « Finalement, Macron s’est très bien débrouillé non ? Qu’en pensez-vous cher ami ? ». « Pour moi, il sort gagnant. » « Un à zéro pour Marine Le Pen ? ». « Non, non, match nul, tout au plus. »

Malheureusement, le matin même sur LCI, Jacques Attali, soutien et père spirituel d’Emmanuel Macron, a oublié de se taire. Il qualifie la délocalisation de Whirlpool et ses 300 emplois supprimés, d’« anecdote ». Il sera sévèrement recadré par l’équipe d’En Marche.

Whirlpool sera-t-il le « Florange » de Macron ? Marine est à l’offensive. Elle a dix jours sur le terrain et un grand débat d’entre-deux tours pour montrer aux Français qui est Emmanuel Macron.

Caroline Parmentier

Article paru dans Présent daté du 28 avril 2017