Whirlpool Marine Le Pen

Whirlpool : un fait de campagne majeur, par Gabriel Robin

Gabriel RobinAvons-nous assisté à un événement historique ? Quoi qu’il puisse se passer par la suite, les images resteront longtemps gravées dans les mémoires. Alors qu’Emmanuel Macron était en discussion avec les représentants syndicaux du site Whirlpool d’Amiens, à la chambre de commerce de la Somme, Marine Le Pen se rendait concomitamment devant l’usine à la rencontre des salariés, déclarant : « Je suis ici à ma place, exactement là où je dois être, au milieu des salariés de Whirlpool qui résistent à cette mondialisation sauvage, à ce modèle économique honteux. Je ne suis pas en train de manger des petits fours avec quelques représentants qui, en réalité, ne représentent qu’eux-mêmes ».

Marine Le Pen a montré une grande empathie à l’égard de ces ouvriers français, sacrifiés sur l’autel des profits. En effet, le cas Whirlpool est emblématique d’un phénomène plus visible que jamais : la disparition du tissu industriel français. Pourquoi les propriétaires du site Whirlpool d’Amiens souhaitent-ils délocaliser en Pologne alors même que l’usine réalise d’importants bénéfices ? Pour deux raisons bêtes comme chou. D’abord parce que les règles du commerce mondial les y autorisent et que la France ne fait rien pour s’en protéger. Ensuite, parce que les économies réalisées sur les coûts du personnel leur permettront de dégager toujours plus de dividendes pour leurs actionnaires. On le constate depuis des décennies sans que personne n’y trouve rien à redire.

Jacques AttaliPour le mentor d’Emmanuel Macron, l’inénarrable Jacques Attali, le sort de ces salariés relève de « l’anecdote ». C’est du moins ce qu’il a déclaré lors d’un entretien accordé à la chaîne LCI. Que sont ces 300 individus, ayant le plus souvent des familles à charge, pour ce monstre froid d’arrogance technocratique ? Très précisément des variables d’ajustement. Il ne connaîtra pas la misère du déclassement, pour lui ou pour sa famille. Peu lui chaut, donc, qu’une usine soit fermée et qu’avec elle, un territoire – en l’occurrence la Somme – continue de péricliter.

Il a même affirmé que « les ouvriers » devraient « se prendre en main » ; à l’image d’un jeune soutien de Macron, Charles Horache, qui a écrit : « Ah oui, ils préfèrent Le Pen à Macron parce que, sinon, on va devoir travailler et se laver les cheveux. »

Un tel mépris de classe laisse sans voix. Au-delà, il s’agit d’une preuve d’irrespect à l’égard de cette France sortie des radars, frappée par la récession, le chômage de masse et les conséquences les plus désastreuses de la mondialisation. Contrairement à ce que pense monsieur Jacques Attali, les mesures prônées par Marine Le Pen ne sont pas « démagogiques » mais bel et bien raisonnables. Elle entend garder l’appareil productif en France, refusant d’abandonner pleinement notre pays à la fumeuse théorie de la connaissance qui plombe la zone euro depuis plus de dix ans, date à laquelle a été décidée la stratégie de Lisbonne qui nous conduit dans le mur de la croissance zéro.

En outre, elle veut armer la France dans la mondialisation, pour qu’elle soit plus juste et que tout le monde y gagne. Bref, choisir la France plutôt que choisir la finance !

Les salariés ne s’y sont pas trompés, lui réservant un accueil très chaleureux. De l’autre côté, Emmanuel Macron était reçu sous les sifflets. C’est un tournant majeur de la campagne.

Peut-on parler d’un imprévu dans l’histoire ? Nous le saurons le 7 mai.

Se font face deux candidats assumant des idées politiques chimiquement pures. On pourrait tomber dans le piège du miroir, en jugeant que l’un défend la « droite du travail et la gauche des valeurs » et l’autre « la droite des valeurs et la gauche du travail ». Ce ne serait pas totalement faux mais un peu simpliste. Idem pour le clivage qu’aimerait faire surgir Emmanuel Macron, en opposant son progressisme à la réaction qu’incarnerait Marine Le Pen. Car qui peut décemment croire que l’abolition des frontières, économiques ou civilisationnelles, soit un progrès pour les Français ?

Gabriel Robin
secrétaire général du Collectif Culture

Texte repris de Boulevard Voltaire
(avec l’aimable autorisation de l’auteur)