Mélenchon attaque Marine Le Pen

Est-ce pour se racheter d’avoir suggéré aux banques françaises d’accorder un emprunt à Marine Le Pen ? Toujours est-il que Mélenchon a cru devoir s’en prendre violemment à la candidate nationale, tant dans la presse que dans ses réunions. Sans doute le champion de la « France insoumise » s’est-il soumis à ceux qui ont déploré ce geste en faveur de la candidate du Front national. Il est vrai qu’il soulignait en même temps que lui, adversaire acharné du grand capital, pouvait compter sur le soutien des banques, illustrant le propos de Lénine : « Les capitalistes nous fourniront la corde pour les pendre. »

Il ne débat pas, il attaque, bêtement et agressivement, et cet excès, comme tant d’autres avant, disqualifie quand il ne ridiculise pas son auteur. Il l’assure : « Sa campagne n’est pas bonne, (…) ce qu’elle raconte est à peine audible », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec des journalistes européens. Ajoutant : « Elle patauge. » Les sondages la donnent à 28 % et elle fait la course en tête, son censeur 12 %, au mieux ! Que serait-ce si la campagne de Marine était bonne et audible ? Il est le seul parmi ses adversaires à la juger ainsi. Mélenchon prend ses désirs pour la réalité.

« Elle est revenue dans un registre très violent, très violemment raciste et xénophobe. » On avait cru comprendre que, pour la gauche en général et Mélenchon en particulier, elle n’avait jamais cessé d’être « très violemment raciste et xénophobe », sa principale caractéristique à leurs yeux. Si elle y est « revenue », c’est donc qu’il fut un moment où elle ne l’était point, ce qu’il avait omis de signaler à ses auditeurs. Lui est « revenu » aux fondamentaux de la classe politico-médiatique, « l’insoumis » se soumettant aux calomnies conformistes contre la droite nationale. « Alors moi j’en rajoute pour lui nuire, mon intention est de les mettre mal à l’aise », confesse-t-il. Non pas débattre, argumenter, réfuter, mais « nuire », le degré zéro de la politique du mesquin Mélenchon. Et il croit, en plus, que Marine Le Pen va être saisie de « malaise » en l’entendant, comme si elle redoutait le fondateur du parti de gauche !

La vérité est que le Front national a depuis longtemps sonné le glas des ambitions de Jean-Luc Mélenchon qui voulait rallier sur son nom les ouvriers, les employés, les chômeurs qui, naguère, se reconnaissaient dans le parti communiste. Or tous ceux-là se sont tournés, non pas vers l’ancien ministre de Jospin, mais vers Marine Le Pen. Il restait à Mélenchon les fonctionnaires mais, là aussi, elle le devance largement. Comme disent les sportifs, elle l’enfonce « dans tous les compartiments du jeu ».

On conçoit qu’il en nourrisse amertume, déception et colère, mais ce n’est pas une raison pour substituer l’agression à l’argumentation, la diffamation à la vérité. Cela lui évite de s’interroger sur les raisons qui font que le petit peuple préfère Marine Le Pen à son chantre autoproclamé Mélenchon. La principale étant qu’il approuve l’immigration-invasion que Marine dénonce et dont souffrent en priorité les milieux populaires, sans compter la priorité nationale qu’il récuse et que les ouvriers plébiscitent.

Guy Rouvrais

Article paru dans Présent daté du 17 janvier 2017