Trump : l’esprit d’entreprise

Comme il est difficile d’être socialiste et gauchiste, aujourd’hui ! Bien évidemment la victoire de Trump est désespérante, si on considère qu’elle consacre la victoire démocratique du racisme, de l’homophobie, de l’antiféminisme, malgré un « front républicain » rassemblant le ban et l’arrière-ban de la gauche, mais aussi des chefs d’entreprise, des milliardaires, des artistes, de la droite « éclairée » », et ceci aux Etats-Unis comme en Europe… Mais au moins pouvait-on espérer, comme l’annonçaient, d’une même sinistre voix, Wall Street, les libéraux américains et la gauche européenne, un effondrement immédiat de la bourse, de la rentabilité des entreprises, du commerce international, et son corollaire : une explosion des mécontentements sociaux, du chômage, et un retour à la bonne vieille lutte des classes, le peuple regagnant enfin, dépité et repentant, les rangs de la gauche.

Mais depuis une semaine, rien ne se passe comme prévu. Après un très court passage à vide (l’incertitude est l’ennemie du business), voici que tous les indicateurs économiques repassent au vert, un vert des plus flashy ! Voici que Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches des Etats-Unis et du monde, celui que l’on surnomme « l’oracle d’Omaha » tant sa prescience est exceptionnelle dans le domaine économique, vient nous expliquer, à rebours de tout ce que ses confrères nous prédisaient depuis des semaines, que Donald Trump pourrait bien réussir là où les présidents successifs ont échoué depuis la fin de l’ère Reagan : redonner aux Américains confiance en eux, et faire ainsi repartir une croissance mondiale, en panne ou au ralenti depuis une dizaine d’années. Retrouver l’esprit de conquête, retrouver les valeurs de l’Occident chrétien, qui ont assuré quelques siècles de progrès et de croissance.

Les gourous de Wall Street sont estomaqués

Donald Trump « pourrait bien finalement être ce dont l’économie mondiale a besoin », écrivent, estomaqués, les gourous de Wall Street (par exemple Citibank), les mêmes qui avaient joué le tout-Clinton.

Si Trump est capable de faire voter simultanément, par un Congrès libéré des pressions du politiquement et économiquement correct, des baisses d’impôts, des dépenses d’infrastructures et des programmes ambitieux, capables de redonner une fierté d’appartenance et une cohérence, l’Amérique sera bel et bien de retour, après une éclipse de vingt ans.

Oui, mais l’Europe ? Trump, c’est le repli, nous prédisent, lugubres, gauche et droite. Que va devenir l’Europe ? Comme si l’Europe de l’après-communisme avait encore besoin de l’Otan. Comme si l’Europe de la désertification industrielle avait encore besoin d’accroître les traités de libre-échange.

Non seulement Trump se définit comme favorable aux entreprises (ce qui a fini par devenir un consensus quasi universel, à quelques tyrannies communistes près), mais son programme – enfin sérieusement décortiqué par ceux qui rejetaient tout en bloc de l’homme et de ses idées – est d’abord favorable à l’esprit d’entreprise. L’allégement annoncé des contraintes environnementales, engendrées par la sacro-sainte lutte contre le réchauffement de la planète et par le terrorisme intellectuel écologiste, favorise déjà une redynamisation, qui se propage actuellement à un niveau planétaire et avec une rapidité inattendue.

Les banques et les assurances, le secteur des infrastructures (BTP, ingénierie, routes, transports aériens, ferroviaires et routiers), la pharmacie et le secteur de l’énergie, surtout, connaissent un formidable rebond. Aux Etats-Unis, comme en Europe et même en France, où le CAC 40 profite déjà de l’élection de Trump.

Et si la bonne recette, c’était moins de libéralisme mondialisé et plus de liberté pour les entreprises ? En tout cas ça paraît bien parti, même si quelques milliardaires dépités ont choisi de fuir l’Amérique de Trump pour se réfugier… au Canada !

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 17 novembre 2016