[Tribune libre] Le multiculturalisme dévore ses grands-pères, par Flavien Blanchon

[Tribune libre] Le multiculturalisme dévore ses grands-pères, par Flavien Blanchon

De mortuis nil nisi bonum. Des morts, on ne doit dire que du bien. La vieille maxime est admirable, dans l’ordre privé. Mais quand une gigantesque opération politico-médiatique érige la pleurnicherie en devoir civique pour éviter, surtout, que l’on ne pense et garantir que tout continue juste comme avant ? Quand il s’agit de faire santi subito, non seulement des hommes, mais un journal, son « esprit » et toute son idéologie ? Quand les chefs de gouvernement de toute l’Europe se déplacent à grand fracas pour célébrer, selon le mot du Premier ministre britannique David Cameron, « les valeurs qui sont derrière Charlie Hebdo » ? Lorsque, à la campagne, mon maire, qui est du reste un brave homme, organise un rassemblement « Je suis Charlie » au monument aux morts, où sont inscrits mon oncle et mon grand-oncle, ai-je le droit, et peut-être le devoir, de dire qu’ils ne sont pas morts pour « les valeurs de Charlie Hebdo » ?

La vérité est que Charlie Hebdo n’a cessé, des décennies durant, de déverser des flots d’ordure sur tout ce qui était français : français de sang, français de culture, français d’abord. La haine sénile qui s’y ressassait inlassablement contre la religion catholique – et qui avait quelque chose de satanique, au moins au sens où Guénon qualifie de satanique toute action antitraditionnelle –, était en même temps une haine antifrançaise. C’est au catholicisme comme religion de nos pères qu’en voulait Charlie Hebdo, à preuve son acharnement à traîner dans la merde les soutanes et les cornettes, disparues depuis des lustres, mais qui sont des vignettes de l’ancienne France.

Tous ceux qui s’alarmaient du déferlement migratoire, qui mettaient en garde contre la bombe à retardement de la société multiculturelle et multiethnique, étaient travestis en hideuses et grotesques caricatures.

Il n’y a pas trois mois, la sortie de L’Intégrale Beauf avait été exaltée par la presse du système comme « un bras d’honneur à la France de Zemmour ». Cabu lui-même dénonçait en Éric Zemmour l’archétype de « la mentalité beauf », à savoir la croyance que « c’était mieux avant ». Et si l’on croit que « c’était mieux avant », « on va reculer au Moyen Âge ». Toute l’idéologie de Charlie Hebdo tient dans cette formule.

Le programme de Charlie Hebdo, c’était au fond celui que Jules Ferry se défendait de mettre en œuvre pour la jeunesse française : « chasser la vieille France de sa mémoire et chasser Dieu de son âme. Nous serions ainsi tout à la fois les iconoclastes du passé et les bourreaux de l’idéal ! » Que ce programme ait été de fait, malgré les dénégations de Ferry, celui de l’enseignement républicain, qu’il le soit plus que jamais aujourd’hui, que Charlie Hebdo, dès lors, ne soit pas le seul ni même le principal coupable, c’est bien certain. On n’oubliera pas non plus que, parmi ceux qui, depuis quarante ans, ont organisé le remplacement en même temps que le décervellement du peuple français, figurent beaucoup de bourgeois respectables et décorés, « de droite », élevant leurs propres enfants de manière « traditionnelle », allant même à la messe. Mais Charlie Hebdo a accompagné ce processus et a donné à la soumission une fausse couleur de rébellion. C’est ce qui s’appelle la collaboration de plume.

Charlie Hebdo a été assassiné par la société multiculturelle que Charlie Hebdo, dans son ordre et avec ses moyens, avait travaillé à installer sur la terre de France.

Je ne parlerai pas, à propos des rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo, de justice immanente. Bien d’autres, et de plus grands, coupables sont morts dans leur lit, d’autres vivent encore, comblés d’honneurs, dans les beaux quartiers de Paris. Les personnes, de toute manière, si elles doivent être jugées, l’ont déjà été par Celui qui sonde seul les reins et les cœurs. Il n’est pas question de justice ou d’injustice, mais de causes et de conséquences. Nos actes nous suivent. Rien de plus fréquent dans l’histoire que des gens dévorés par les monstres qu’ils avaient déchaînés. Charlie Hebdo a été assassiné par la société multiculturelle que Charlie Hebdo, dans son ordre et avec ses moyens, avait travaillé à installer sur la terre de France.

Flavien Blanchon