Pour Pascal Bruckner, l’attentat contre Charlie Hebdo “doit nous ouvrir les yeux”

08/01/2015 – PARIS (NOVOpress via FigaroVox)
Pascal Bruckner voit dans le massacre perpétré dans les locaux de Charlie hebdo, une nouvelle étape de la guerre que l’islamisme radical mène contre les démocraties occidentales.

Ces gens sont morts parce que le journal dans lequel ils travaillent a été déclaré coupable de «blasphème» par des islamistes. Tout cela, en vérité, a commencé avec la révolution iranienne de l’ayatollah Khomeyni. Derrière la guerre chiite-sunnite, la lutte contre «l’infidèle» a continué. La première victime de cette fatwa a été Salman Rushdie, qui, en 1988, après avoir publié Les Versets sataniques, a été désigné comme personne à abattre. En 2006, des journalistes danois ont subi le même sort. Charlie Hebdo a «chatouillé la fatwa», selon les mots que l’islamologue Olivier Roy avait appliqués au philosophe Robert Redeker, lui aussi menacé de mort en 2006.

(…)

C’est l’acte d’un commando qui mêle les procédures de liquidation du grand banditisme et celles du terrorisme. Peut-être parlera-t-on de représailles à l’action de la France contre Aqmi? Mais tous ces ennemis sont loin et, ici, l’ennemi reste invisible. Le terrorisme, c’est une métamorphose du statut de l’ennemi.
Désormais, nous savons que le pire est concevable.

(…)

À chaque fois qu’un événement annonciateur a eu lieu, on a essayé de le ramener à une cause rassurante. Un Français égorgé en Algérie? Il fallait y voir un résidu de la guerre civile. Des agressions gratuites au cri d’Allah akbar? Il s’agissait de «loups solitaires» ou de déséquilibrés. Aujourd’hui tout cela peut apparaître comme une stratégie de la tension savamment menée. Cette matinée tragique va sans doute devenir l’acte fondateur d’un nouveau terrorisme qui veut faire plier les genoux à l’Europe devant le drapeau vert de l’islam et le drapeau noir du Califat.