Compostelle et notre chanson de geste - par Nicolas Bonnal

Compostelle et notre chanson de geste – par Nicolas Bonnal

03/01/2014 – SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE (via Boulevard Voltaire)
Certains font mine de critiquer Internet mais on peut se procurer grâce à ce champ d’énergies de nombreux classiques insaisissables, sur le site américain archive.org. Je parle, bien sûr, de classiques français.

Réécrivant un livre sur le Graal publié il y a vingt ans, je découvre avec délice Edmond Faral et ses sources gréco-latines de la littérature arthurienne, Bréhier, Bédier, Gaston Paris et tout un cortège sacerdotal de pieux érudits qui célébraient le passé littéraire de notre grand pays. Je constate d’ailleurs que beaucoup de ces maîtres étaient des chartistes et non des universitaires : voyez d’Arbois de Jubainville et ses études celtiques.

Joseph Bédier est connu pour sa splendide traduction de la chanson de Roland. Il étudia dans un très beau livre les liens entre la chanson de geste et le chemin de Compostelle. Cette étude pourrait relancer l’intérêt d’un « voyageur éveillé » pour le chemin de Compostelle. Pour Bédier, les chansons de geste – qui concernaient surtout le Sud-Ouest de la France – avaient pour but de nous préparer à la reconquête de l’Espagne et au pèlerinage de Compostelle, lié on le sait à cette belle reconquête qui prit quelque temps mais s’acheva en bon ordre tout de même ! Aujourd’hui, le bon Bédier finirait devant les tribunaux – et nous ne pouvons que nous féliciter des progrès de notre liberté…

C’est dans la Chronique de Turpinque l’on peut aussi lire en PDF sur archive.org – que Bédier voit poindre ce guide de voyage, cet appel du large pour nos chevaliers. Il faut aller vers l’ouest, suivre le chemin des étoiles (relisez Vincenot ou l’amusant Louis Charpentier), entendre le message du saint, enfin dévorer des galettes… de Sarrazin avec le chenu empereur ! Voltaire pouvait se moquer, mais c’est ainsi que cela a marché durant des siècles ; et qui niera que nous étions moins malheureux ?

Le saint parle ainsi à Charles le Grand :

La voie d’étoiles que tu as vue dans le ciel signifie que tu iras en Galice à la tête d’une grande armée et qu’après toi tous les peuples y viendront en pèlerinage jusqu’à la fin des temps. Va, je serai ton auxiliaire, et en récompense de tes travaux, j’obtiendrai pour toi de Dieu la gloire céleste, et ton nom restera dans la mémoire des hommes tant que le siècle durera.

Un autre érudit de cette Belle Époque, Camille Jullian, se demandait dans sa belle histoire de Bordeaux :

On peut suivre Charlemagne aux stations de repos ou de prière sur la grande route suivie par les pèlerins de saint Jacques ; qui sait si les pèlerins n’ont pas été les artisans principaux de ces légendes, les vrais rhapsodes de ces épopées, les attachant pour ainsi dire, le long de la voie qu’ils parcouraient, aux sanctuaires où ils s’arrêtaient ?

Et de rappeler pour finir – ou pour entamer un autre périple – que l’Énéide unissait par la chaîne continue de l’épopée d’Énée les différents temples où les initiés des routes maritimes allaient adorer le mystère d’Aphrodite.

Nicolas Bonnal

Crédit photo : Kimdime69 via Wikipédia (cc).