Ukraine : règlement impossible sans un compromis avec la Russie, par Aymeric Chauprade

Ukraine : règlement impossible sans un compromis avec la Russie, par Aymeric Chauprade

Discours prononcé à Moscou à la Douma le 25 novembre 2014.

Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, en 1989, les États-Unis ont tenté d’accélérer la formation d’un monde unipolaire qu’ils voudraient dominer.

Ils ont travaillé à étendre l’Otan, à dominer les sources d’énergie au Moyen-Orient pour contrôler la dépendance de l’Asie et affaiblir la Russie sur la scène énergétique mondiale. Partout cette politique n’a produit que chaos, de l’Asie centrale jusqu’au Moyen-Orient en passant par le Maghreb. Le fondamentalisme islamique en est sorti renforcé et les États-nations affaiblis, la sécurité de l’Europe menacée.

Les États-Unis ont amplifié leur contrôle de l’Union européenne grâce aux élargissements qui leur ont donné des gouvernements des pays baltes, d’Europe centrale, d’Europe orientale à la botte, des gouvernements parfois servilement antirusses ; ils ont amplifié leur contrôle de l’UE grâce aussi au contrôle capitalistique des groupes de presse européens qui leur ont donné la capacité de peser sur des élites politiques occidentales faibles, soumises au conformisme intellectuel, aux puissances d’argent, grâce encore à la culpabilisation des nations d’Europe, interdite de puissance comme l’Allemagne, interdite de défense comme la France, dont l’outil nucléaire est progressivement remis en question par les lobbies pro-américains dominants et le courant néo-conservateur pro-américain qui étend son emprise sur le Quai d’Orsay et le Ministère de la Défense français.

Ce contrôle des États-Unis sur l’Union européenne, le vice-président américain Joe Biden en a fait l’aveu récemment en déclarant, à l’Université de Harvard, que c’était bien les États-Unis qui avaient forcé, il a employé le terme forcé, les Européens à prendre des sanctions contre la Russie dans la crise ukrainienne.

Nous savons tous ici que cette crise ukrainienne a été soutenue par Washington dans le but principal d’intégrer l’Ukraine dans l’Otan, parce que l’Ukraine est ce que déjà Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller d’un président américain et d’origine polonaise, écrivait dans les années 1990, à savoir que l’Ukraine est le pays clé dont la prise peut amoindrir l’influence de la Russie sur le continent européen, un pivot essentiel pour les États-Unis dans la géopolitique eurasiatique.

Nous savons tous ici que le coup d’État de Maïdan a été monté de toutes pièces par Washington, malheureusement aussi avec la complicité du gouvernement allemand, dans le but de réussir ce que la tentative de révolution colorée en 2004 n’avait pas réussi à accomplir, le basculement de l’Ukraine dans l’Union européenne, c’est-à-dire in fine dans l’Otan.

La Russie n’avait pas d’autre choix, face à cette offensive géopolitique violente, que de préserver ses intérêts vitaux, que de ne pas laisser la Crimée, dont l’identité et l’histoire sont russes, et qui est d’une haute importance stratégique, devenir une plate-forme stratégique de l’Otan pour contrôler la mer Noire; la Russie ne pouvait pas laisser les droits des minorités russophones et russes de l’Est de l’Ukraine brimés par un gouvernement ukrainien illégal et intégrant des nostalgiques du IIIe Reich allemand sans même que cela ne suscite le moindre scandale dans les gouvernements occidentaux.

Face à ces agressions stratégiques, face aux crimes commis par l’armée envoyée par Kiev, qui bombarde des villages dans l’Est de l’Ukraine, qui tue des civils, la Russie a réagi comme tout État souverain indépendant, comme tout État soucieux de ses intérêts vitaux réagirait. Elle l’a fait avec mesure, avec retenue, et cette attitude de retenue est la bonne attitude qu’il faut conserver face aux provocations de l’Otan.

Les BPC de classe Mistral

Comme Français, attaché à la liberté de mon pays pour laquelle, durant 1.500 ans, des millions de Français sont tombés au combat, comme partisan de la grande politique capétienne de la France face aux empires, et comme 80% des Français aussi, comme le montre un sondage récent, je suis venu vous dire que je veux que la France honore sa parole, que je veux qu’elle livre les bâtiments BPC de classe Mistral, parce qu’il en va de la crédibilité de sa signature, parce qu’il s’agit de nos intérêts à développer une coopération forte avec votre pays, parce qu’il s’agit de la crédibilité de notre industrie de défense dont l’immense majorité des acteurs refuse de céder au diktat américain exercé sur le président Hollande.

L’affaire de la livraison est de la plus haute importance :

– si nous livrons, cela voudra dire, malgré les immenses critiques que je formule contre mon gouvernement qui accélère la décadence de la France, qui précipite la perte de son identité face à l’islamisation, cela voudra dire qu’il reste encore un peu de souveraineté en France.

– Si au contraire nous ne livrons pas, contre l’avis de 80% des Français je le répète, contre l’avis de nos industriels, comme le regretté Christophe de Margerie, disparu à un moment critique de nos relations, auquel je veux rendre hommage ici, car il fut l’un de ces grands patrons qui n’oublia jamais l’intérêt de la France, cela voudra dire que les pressions américaine et allemande, que j’observe sans cesse au Parlement européen, auront été plus fortes que la volonté de liberté des Français.

Je suis venu ici, au nom de Madame Marine Le Pen, Présidente du Front National, lancer un appel à la paix dans la crise ukrainienne. Aucune sortie de crise ne pourra se faire sans un compromis avec la Russie.

La voix de la raison passe par le dialogue entre les grandes nations européennes, et la Russie est un acteur incontournable de la paix et de l’équilibre en Europe. Ce compromis est possible si l’Allemagne ne s’enferme pas dans un réflexe impérialiste qui s’inscrit dans la continuité du rêve pangermaniste allemand, il est possible si les Européens font comprendre aux Américains que l’avenir de la paix, de l’équilibre, de la coopération sur le continent européen passe d’abord par un dialogue bilatéral fort et productif entre Européens et Russes.

La restauration de la confiance en Europe, puisque telle est la question de ce colloque, ne peut résulter que de la sortie de l’hypocrisie européenne et américaine et que du retour à l’esprit de vérité.

Vive la France éternelle et vive la Sainte Russie !

Aymeric Chauprade

Source : Realpolitik.tv via french.ruvr.ru

 

 

Crédit photo en Une : dmokshin via Flickr (cc)