Ferguson : légitime défense pour le policier blanc (Présent 8239)

26/11/2014 – FERGUSON (NOVOpress)
Du correspondant permanent de Présent aux Etats-Unis

Sur un décor lugubre de guerre civile où les nuages de fumée montaient en volutes, où les sirènes de pompiers mugissaient à chaque carrefour, où les appels au calme paraissaient dérisoires, près de 2 000 Noirs, semblables à des fantômes dans une ville subitement sans éclairage, ont labouré toute la nuit de lundi à mardi les rues de Ferguson, ville de 21 000 habitants dans l’Etat du Missouri, multipliant les incendies, jetant des cocktails Molotov, brandissant des barres de fer, transportant des bidons d’essence et, pour quelques-uns, agitant des pancartes où l’on pouvait lire : « Mort aux Whitey » – mort aux Blancs.

Ferguson : légitime défense pour le policier blanc (Présent 8239)Le bilan est très lourd : une quinzaine d’immeubles partis en fumée, une vingtaine de voitures brûlées, des magasins pillés, saccagés puis réduits en cendres, 61 arrestations, 14 blessés, des centaines de millions de dollars de dégâts. Un coup de sang, une crise de folie, l’expression d’une rage meurtrière : ce fut tout cela à la fois qui surgit comme une explosion dans le centre de Ferguson quelques minutes après le verdict rendu par un grand jury chargé de juger un policier blanc qui avait, début août, tué un jeune noir. Tous les Noirs, ou presque, souhaitaient un verdict de culpabilité. Or, c’est un acquittement que prononça le grand jury. Le policier blanc sortit libre du tribunal. Ce fut l’étincelle de la violence.

Les faits

Les faits remontent au 9 août. Ce jour-là, un peu avant midi, le policier blanc Darren Wilson, 28 ans, roule seul dans sa voiture de patrouille. Alors qu’il traverse une large avenue du centre-ville, il aperçoit un excité au milieu de la chaussée qui exécute, entre deux files d’automobilistes ahuris, des séries de pas de danse suicidaires et provocants. Vitesse réduite, Wilson s’approche de lui et, par la portière, conseille, pour ce genre de gesticulations, le trottoir plus sécurisant. Pour toute réponse, il encaisse une bordée d’injures et reçoit dans la mâchoire deux formidables directs qui auraient pu assommer un bœuf. Conscient d’un danger auquel il ne s’attendait pas, le policier, toujours assis derrière son volant, tente de calmer l’excité qui, du haut de son mètre 80, en profite pour lui tordre le cou et pour glisser une main vers son ceinturon afin de lui arracher son pistolet. La situation devenant de plus en plus sérieuse, Wilson rassemble ses forces, se dégage de l’étreinte de son assaillant, parvient à atteindre son arme qu’il libère de son étui. Coup de semonce : une balle atteint l’enragé au bras, ce qui permet au policier de sortir de son véhicule et d’affronter les événements avec plus de marge de manœuvre. Sommations et menaces, rien n’y fait : l’agresseur renouvelle ses injures et, de ses 135 kilos, fonce comme un taureau sur Wilson qui l’abat de deux balles dans la tête.

Intoxication continue

Le drame, qui pourrait ressembler à une bavure, s’envenime aussitôt car si le policier est blanc, sa victime est noire. Michael Brown avait 18 ans. Non seulement il n’était pas armé au moment des faits, mais il n’avait pas de casier judiciaire. Pour Wilson, le plus défavorable des scénarios : celui qui permet habituellement d’enfoncer le Blanc jusqu’aux charges les plus lourdes. Il suffit pour cela d’orchestrer pendant assez longtemps les ressources vénéneuses de la désinformation et les outils empoisonnés de l’intoxication.

Pendant des mois, Ferguson fut placée sous le signe de cette double manœuvre. Pas une manifestation qui ne soit l’occasion de réclamer la peau du « coupable ». Pas un discours qui ne soit prétexte à un « déblanchissement » des forces de police. D’un côté, on présentait Brown comme un bon gars, hostile à la violence, respectueux des lois, alors que c’était un voleur, un membre de gang, un fumeur de drogue, un amateur de jeux vidéos cruels – rien d’un ange odieusement assassiné. De l’autre, on s’efforçait d’accumuler les témoignages suggérant que Wilson était un maniaque de la gâchette assoiffé de sang noir et qu’au moment où il utilisa une dernière fois son arme, sa victime avait les bras levés en signe de reddition et criait : « Ne tirez pas ! Ne tirez pas ! »

Les réponses du grand jury

Regrettable bavure ou crime glacial ? Carton magistral ou légitime défense ? Questions auxquelles ont dû répondre les douze membres du grand jury – neuf Blancs, trois Noirs – rassemblés depuis le 20 août dernier. Un grand jury qui a entendu près de 80 heures de témoignages, examiné les résultats de trois autopsies différentes pratiquées par des spécialistes, écouté les rapports de plusieurs experts en toxicologie et en balistique. Bref, rien ne fut négligé pour étayer le verdict, qu’il soit favorable ou hostile au prévenu.

Ce souci d’aller au fond des choses fut particulièrement net en ce qui concerne les témoignages. Beaucoup allaient dans le même sens : Brown se rendait. Il exprimait sa soumission à l’autorité. Il leva même les bras en signe de paix. Alors, pourquoi le tuer ? Or, tous ces détails émanaient de Noirs dont le principal souci était d’accabler le policier. Ils n’avaient rien vu, rien entendu de précis, de concluant, mais s’efforçaient d’orienter l’affaire dans le sens voulu par la rumeur publique – celle de la communauté noire, bien sûr.

C’est ainsi que pendant des mois, Ferguson pataugea dans une épouvantable démagogie entretenue par l’establishment et surtout par le président Barack Obama lui-même, qui ne cessait de répéter : « La police a un problème. » Sous entendu : « Cette police qui est aux mains des Blancs. » Comme si les Noirs – surtout les jeunes Noirs – n’avaient pas de problèmes. Problèmes familiaux, d’autorité, de discipline, d’encadrement. Un jeune homme noir a, statistiquement, six fois plus de chances de se retrouver en prison aux Etats-Unis qu’un jeune homme blanc. C’est tout cela qui a dû compter pour le grand jury. Avec, en plus, le témoignage de Wilson, qui a réussi à convaincre le tribunal que, pendant quelques fractions de secondes, sa vie – sa propre vie – fut suspendue à une seule question : tirer ou ne pas tirer.

Christian Daisug


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