De l’identité… Par Renaud Camus

De l’identité… Par Renaud Camus

26/11/2014 – PARIS (via Boulevard Voltaire)

“La question de l’identité ne peut plus être posée sans que surgisse aussitôt celle de la survie.”

À quelques jours du congrès du Front national, la presse remplaciste, c’est-à-dire la presse (car il n’y en a pour ainsi dire pas d’autre), parle unanimement de nos amis identitaires comme constituant au sein du FN une sorte de lobby — le mot apparaît fréquemment (lobby identitaire, ce n’est pas du tout une expression suspecte, idéologiquement : au contraire). Les mêmes, d’autre part, sont couramment dépeints comme étant situés à la droite du FN : ce qui, vu des Inrockuptibles, du Figaro ou du Monde, est évidemment très très très à droite.

Je crois ce tableau complètement erroné, et même absurde. D’abord les identitaires sont beaucoup plus qu’un lobby. Et surtout leurs convictions sont beaucoup trop répandues dans le corps social, à défaut du corps politique, pour qu’elles et eux puissent être cantonnés sans ridicule et sans mésinterprétation sérieuse à la droite de la droite. Ce n’est d’ailleurs pas les désobliger, j’espère, que d’observer que leurs idées (qui pour l’essentiel sont les miennes) dépassent très largement leur présence et leur force objectives, numériquement. Disons, pour tourner les choses autrement, et avec la grande sympathie que j’ai pour eux, que l’identité est une chose trop importante pour être laissée aux seuls identitaires.

C’est d’autant plus vrai que la question de l’identité ne peut plus être posée sans que surgisse aussitôt celle de la survie. S’agissant de l’Europe comme de la France, « le pronostic vital est engagé », comme disent si drôlement les journalistes remplacistes (il n’y en a pour ainsi dire pas d’autres). Ma conviction est qu’il y a dans tous les partis des identitaires, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui ne peuvent pas se résigner à voir mourir si bêtement, si salement, une des plus hautes civilisations que la terre ait portées. Or, jusqu’à présent, ce grand refus n’affleure pas politiquement. La peur, l’hébétude, l’endoctrinement sans relâche l’empêchent de se manifester. On voit, à sa place, s’agiter creusement un théâtre d’ombres : parti remplaciste de gauche, socialiste ; parti remplaciste de droite, partagé entre l’hyperremplacisme de conviction d’un Alain Juppé et le remplacisme opportuniste de Nicolas Sarkozy, qui passera dans l’autre camp comme il l’a déjà fait, au moins en paroles, s’il se convainc qu’il y a pour lui plus à y gagner — c’est-à-dire le pouvoir, le pouvoir d’assister bras ballants, comme un Hollande avec effets de menton, au changement de peuple.

Fasse le ciel à présent que le remplacisme anti-identitaire (c’est un pléonasme) ne l’emporte pas aussi au Front national, comme on en voit poindre, et plus que poindre, la tentation cynique et résignée. Il ne resterait aux identitaires (je l’entends cette fois au sens large), aux patriotes, aux indigènes révoltés par le sort fait à leur patrie, qu’à mener leur combat anticolonialiste hors de tout cadre existant, quitte à créer en marchant, en luttant, en refusant, cette grande force libératrice, indépendantiste, remigrationniste, que pour ma part j’appelle de mes vœux depuis des années.

Le pape, pendant ce temps, exhorte l’Europe à un sursaut de l’âme, auquel on ne saurait que souscrire d’enthousiasme, d’autant qu’il a été question d’identité, là aussi. Las, c’était trop beau : car aussitôt après il est question d’accueil, d’immigration, de plus d’immigration, donc, comme si l’identité de l’Europe, c’était l’auto-effacement, le consentement à la submersion, l’amour du Grand Remplacement.

Je crois plus aux sévères leçons des faits, à leurs gifles, à leurs attentats. Après tout, l’islam a joué un rôle capital, c’est vrai, dans la formation de l’identité européenne. Par son antagonisme constant, par sa volonté de conquête, par sa nocence polymorphe, il a forcé le continent à se connaître et à s’armer. Nos adversaires savent ce qu’ils sont, eux. Ils n’ont pas le moindre doute sur leur identité et nous l’envoient dans le visage à tout instant. La nôtre, faudra-t-il que nous l’apprenions d’eux ?

Renaud Camus

Photo en Une : Renaud Camus. Crédit photo : Renaud Camus, via Flickr, (cc).