La Manif pour tous : “Un combat pour l’hégémonie culturelle”

22/11/2014 – FRANCE (NOVOpress)
Gaël Brustier, qui vient de publier “Le Mai 68 conservateur : que restera-t-il de la Manif pour tous ?”, a accordé un entretien très intéressant à la revue Les Inrocks. D’après le politologue, la Manif pour tous peut apparaître comme “un combat pour l’hégémonie culturelle”.

En voici quelques extraits :

Au début, les tenants de la Manif pour tous ne souhaitaient pas que leur mouvement ait une traduction politique.

La Manif pour tous n’est plus la propriété de l’association qui la porte. Aujourd’hui, ce sont des gens qui ont fait le choix de l’investissement politique : ils se retrouvent à Sens commun à l’UMP, derrière Jean-Christophe Fromantin à l’UDI, ou même autour de Marion Maréchal-Le Pen au FN… Il y a aussi des militants qui ont fait le choix de l’action par l’intellectuel, comme les Veilleurs de Gaultier Bès, qui se tiennent éloignés du pouvoir tout en imposant leurs thématiques. D’autres encore poursuivent leur engagement au niveau associatif. La Manif pour tous a été un mouvement social très vaste qui se traduit aujourd’hui par des stratégies différentes. Le mariage pour tous a permis de cristalliser ces tendances. Maintenant, il y a une lutte pour imposer la vision du monde des Veilleurs. C’est un combat pour l’hégémonie culturelle.

(…)

La Manif pour tous sera donc pérenne ?

Oui, tant que la gauche n’ouvre pas un front culturel. On a une gauche européenne sociale qui préfère parler de politiques publiques (policies) plutôt que de politique (politics). Ce discours-là ne peut pas battre la Manif pour tous. Beaucoup de gens sont heurtés par la société de la rentabilité dans laquelle on vit, une société du chiffre où on évalue les enfants dès 3 ans. Les conservateurs de la nouvelle génération proposent une vision du monde philosophiquement contre-révolutionnaire mais qui répond à ces aspirations-là, en rejetant le productivisme, le consumérisme, et l’économie inféodée à la finance. Ils trouvent écho dans la société.