La Remigration ou la guerre, par Renaud Camus

La remigration ou la guerre – par Renaud Camus

Photo : Renaud Camus (à gauche) et Fabrice Robert. © Bloc identitaire.

21/11/2014 – PARIS (via Boulevard Voltaire)
Une des allocutions les plus intéressantes, aux Assises de la Remigration, fut la dernière, celle de l’hôte, Fabrice Robert, le président du Bloc identitaire. Il s’est colleté à une question majeure, à laquelle je suis soumis fréquemment moi aussi, à propos du Grand Remplacement comme de la Remigration :

« Ce sont là des mots très forts, nous dit-on. Est-ce que vous ne craignez pas d’alarmer les gens, avec des termes aussi abrupts ? »

J’ai tendance à répondre, pour ma part, que c’est de fuir la réalité qui est anxiogène : de se repaître de mensonges, de se laisser bercer d’illusions. Ce n’est pas le syntagme Grand Remplacement qui est effrayant, c’est le phénomène qu’il désigne. On peut souhaiter, bien sûr, ne pas s’aviser de ce qui survient, fermer les yeux, n’écouter rien, sinon le rassurant babil des remplacistes. Mais ce babil est de plus en plus difficile à croire, à mesure que la situation se dégrade. Mieux vaut, ce me semble, être averti d’un danger pressant, serait-ce pour se mettre en état de s’en défendre, que d’en ignorer tout de parti délibéré, au risque d’être emporté par lui sans retour. Au demeurant je n’ai pas peur de faire peur, ni ne me sentirais coupable si c’était le cas : celui qui avertit d’un incendie en criant au feu de toutes ses forces, qui songe à lui reprocher d’affoler tout le quartier ?

L’approche de Fabrice Robert est différente. Il est vrai que le Grand Remplacement est une calamité tandis que la remigration, elle, est un remède, une façon de traiter le mal, une solution — c’est même la seule qui ait été proposée jusqu’à présent. L’une des deux appellations est très négative (sauf pour les remplaçants et leurs complices remplacistes), l’autre se présente comme un objectif à atteindre et comme une espérance, au moins pour les victimes avérées ou potentielles de ce que recouvre la première. Sans doute la perspective de certains traitements peut-elle inquiéter presque autant que la maladie, surtout s’il est question d’opération chirurgicale. Mais, à ce stade, il n’est pas sûr qu’on ne puisse pas éviter l’intervention, et de toute façon on n’a guère le choix : il est impossible de ne rien faire.

Au fond il en va de la remigration comme du choc des civilisations, d’hungtintonienne mémoire. Par un malentendu total, on avait reproché à Huntington de le désirer, ce choc. On le lui reproche encore. Or il avait écrit son livre pour contribuer à l’éviter, au contraire. De la même façon, d’aucuns ne manqueront pas — on les entend déjà — d’incriminer la notion de remigration au motif qu’elle serait un appel à la violence, voire à la guerre. Elle n’a de sens et de mérite que dans la mesure où elle tend à la prévenir, cette guerre, à en épargner à la France et à l’Europe la survenue trop certaine — c’est ce que Robert expliquait très bien.

La remigration ou la guerre : voici les termes du débat. Il y en aurait bien un troisième, mais il est encore plus effrayant qu’eux : la soumission — l’acceptation de la conquête par les conquis, du remplacement par les remplacés, de la colonisation par les colonisés ; la conversion, qui sait ? Faute de ce consentement au statut de dhimmi, la guerre est inévitable. D’ailleurs, même si ce n’est pas encore sur notre sol qu’elle se mène, elle est déjà là, et sous la forme exactement prévue par Huntington ; et sur notre sol il y a déjà la violence, ou du moins cet avatar protéiforme de la violence que j’ai appelé la nocence, cet art de nuire à tout moment, ce contraire de l’in-nocence, omniprésent et qui remplit les prisons.

La remigration c’est le divorce à l’amiable, la séparation in extremis, juste avant le fait-divers. Damien Rieu comparaît les relations de la France et de son ex-Empire à celles d’un couple qui a résidé tantôt chez l’un tantôt chez l’autre et ne peut plus se supporter. Pour éviter l’ambulance, les pompiers, la police et la cour d’Assises, il faut que l’une des parties recouvre son chez-soi, et que l’autre regagne le sien.

Renaud Camus