[Art/Non-Art] Quand le Maroc médiéval efface le 800ème anniversaire de saint Louis

[Art/Non-Art] Quand le Maroc médiéval efface le 800ème anniversaire de saint Louis

19/11/2014 – PARIS (NOVOpress)
Le marcheur qui, se réfugiant dans le calme dominical, remonte la Seine par l’élégant quai Conti, ne peut qu’être interpellé par la flèche de plomb brisant la brume du matin naissant. Elle montre que là est la Sainte Chapelle.

Commandée par saint Louis afin d’y abriter un morceau de la vraie Croix, ainsi que la Couronne d’épines, la Sainte Chapelle, spoliée de ses reliques par la Révolution, transformée en dépôt d’archives, « violletleducquisée » jusqu’à n’avoir plus grand chose du XIIIème siècle, n’a cependant rien perdu de sa noblesse. Depuis huit siècles, la croix du Christ domine les temples de la justice des hommes. C’était donc presque naturellement que la voisine de la chapelle palatiale, la fameuse Conciergerie, serve d’écrin à l’exposition commémorant le 800ème anniversaire du quarante-quatrième Roi de France.

Mais que peut bien contenir, et surtout, à quoi peut bien ressembler une exposition sur l’un des plus grands capétiens, avec, pour seule fenêtre, le huit centième anniversaire ? Réponse : une vente à Drouot. A moins qu’il s’agisse d’un inventaire à la Prévert.

Tableau XXème de Tunis à gauche, vitraux et clefs de voûte à droite, gravures par ci, morceaux de jubé par là, le tout autour d’une vitrine bizarrement cloisonnée par des photographes amateurs, étalant la chemise de saint Louis, le sceau de saint Louis, la bible de saint Louis…

Ce genre de manifestation façon « best of » a incontestablement le pouvoir de goinfrer maximum maximorum le badaud en un temps record. Mais bien malheureux qui désirerait en savoir davantage sur les septième et huitième croisades. Sans parler du fou cherchant un paragraphe sur la rouelle ou le procès du Talmud. Certaines de ces pièces sont bien sûr d’une très grande finesse, mais il n’y a en réalité ni début, ni fin, ni milieu, seulement quelques belles choses à picorer, d’ailleurs visibles à Carnavalet ou à Cluny, mais surement pas une ligne directrice sur l’univers du Prudhomme.

Se renseignant sur l’auteur de cet impraticable fourre-tout nébuleux, l’on s’aperçoit que la Conciergerie, n’étant pas estampillé musée national mais monument national, n’avait donc pas de conservateur et a demandé des renforts aux équipes du Louvre qui ont envoyé leur spécialiste du département médiéval. Qu’a-t-il bien pu se passer pour que le bonhomme néglige et bâcle à ce point le 800ème anniversaire du Roi canonisé, qui fit tout pour emmener ses sujets vers le Salut.

Une priorité, et non pas des moindres dans son calendrier.

A la même date, le Louvre présentait une exposition nécessitant également les compétences de Monsieur le Conservateur et intitulé Le Maroc médiéval, un empire de l’Afrique à l’Espagne.

En voilà une belle raison !

Et dire que vous autres réactionnaires étiez prêt à occulter sans concession l’une des plus importantes pages de notre Histoire (et du nouveau département des Arts de l’islam) pour mettre à l’honneur un croisé sanguinaire…

Giovane Pittore


Date : du 8 octobre 2014 au 11 janvier 2015
Billetterie : achetez vos billets à l’avance sur ticket.monuments-nationaux.fr
Tarifs : Droits d’entrée habituels du monument ou billet jumelé (Infos : 01 53 40 60 80)
Horaires : de 9h30 à 18h – dernier accès à 17h.
NOUVEAU ! Ouverture en nocturne tous les mercredis jusqu’à 20h (dernier accès 1h avant la fermeture)