Obama perd le Congrès (Présent 8225)

Obama perd le Congrès (Présent 8225)

06/11/2014 – WASHINGTON (NOVOpress)
De notre correspondant permanent aux Etats-Unis.

Coup au but pour le parti républicain. Il voulait transformer le président Barack Obama en lame duck, en canard boiteux, c’est-à-dire en chef de l’exécutif ayant perdu tout lien avec un pouvoir législatif à sa dévotion. C’est fait depuis mardi soir à 23 h 30 – moment crucial où l’on a appris que celui qui va encore occuper la Maison Blanche pendant deux ans devra, lorsqu’il cherchera à présenter un projet de loi, claudiquer, autrement dit passer sous les fourches caudines de l’opposition.

Obama perd le Congrès (Présent 8225)Le parti républicain contrôlait déjà la Chambre des représentants. Il lui manquait le sénat, qui constituait le grand suspense de cette confrontation électorale. Il lui manquait exactement six sièges pour passer de 45 à 51 sur un total de cent. Au milieu de la nuit de mardi, il en décrocha sept : la Virginie occidentale, l’Arkansas, le Colorado, le Dakota du sud, le Montana, l’Iowa et la Caroline du nord. Le parti républicain aura donc 52 sièges – deux de plus que la majorité absolue, ce qui représente un beau succès.

Succès d’autant plus remarquable qu’il est jumelé avec celui qui a pour cadre la Chambre des représentants. Là, le parti républicain détenait 234 sièges, soit une majorité de 17 sièges. Mardi soir, il en a ajouté une douzaine : un record pour l’opposition dans une élection de mi-mandat. Cela ne s’était pas vu depuis la présidence d’Harry Truman dans les années quarante.

La kermesse tourne court

Ce grand moment électoral fut marqué par trois caractéristiques. D’abord, la tonitruante kermesse démocratique que l’on a suivie pendant des semaines abandonna très vite ses allures de pourvoyeuse d’élus devant remplir deux assemblées pour revêtir le manteau infiniment plus grave et solennel du plébiscite. La presse aux ordres et l’establishment aux manettes refusèrent de l’admettre, mais ce fut pourtant la plus stricte réalité : le vote de mardi à travers les différents candidats se transforma en vote pour ou contre Obama. A l’évidence, c’est un non cinglant. Sans surprise : le locataire de la nation n’a la confiance que d’un Américain sur trois.

Ensuite, ces élections se polarisèrent autour d’un nombre très restreint de thèmes et de débats : l’anémie de l’économie avec le chômage comme gangrène ; la nouvelle assurance santé avec ses milliards gaspillés ; les bombardements de l’Etat islamique avec sa menace de troupes au sol. Sombre tableau qui sue l’incompétence et l’aventure.

Enfin, ultime caractéristique : ces élections furent les plus coûteuses de toute la série qui s’inscrit au milieu d’un mandat : près de quatre milliards de dollars ont été dépensés par les deux partis en publicité positive pour lustrer le candidat officiel et – surtout – en publicité négative pour torpiller son adversaire.

Une opposition multicolore

Les démocrates ont abordé ces élections avec un lourd handicap : leur chef de file naturel était plombé. Au cours de la campagne électorale, Obama devint pour les ambitieux de son propre camp un boulet gênant, un personnage à fuir. Mais il existe d’autres raisons à cette défaite démocrate. D’abord, le passif du pouvoir. Non seulement l’incapacité de faire rebondir la croissance, mais aussi l’incapacité de relever le défi des réformes indispensables : l’immigration, l’éducation, l’énergie. Tous ces dossiers sont encore ouverts et rien ne semble vouloir bouger.

Sur ce décor sinistre se sont profilées trois communautés qui ont aggravé la situation. Trois communautés qui ont lâché Obama. Les Noirs d’abord parce qu’ils se sont aperçus que leur allié de la Maison Blanche n’avait tenu que le dixième de ses promesses démagogiques. Les Hispaniques ensuite parce qu’ils attendaient des décisions définitives concernant l’amnistie des illégaux et que rien n’est venu. Les Blancs enfin – la fraction non négligeable qui a voté pour lui en 2008 et 2012 et surtout les femmes – parce qu’ils ont constaté que l’homme qui voulait être le « grand rassembleur » n’avait pas grand-chose à proposer. Quand on les additionne, ces déceptions parviennent souvent à remplir des urnes et à créer l’événement. Ce fut le cas mardi.

Christian Daisug

Crédit photo : NASA HQ PHOTO, via Flickr, (cc).


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