[Art/Non art] Le Pérugin, maître de Raphaël - Musée Jacquemart-André (jusqu'au 1er janvier 2015)

[Art/Non Art] Le Pérugin, maître de Raphaël – Musée Jacquemart-André (jusqu’au 1er janvier 2015)

25/09/2014 – PARIS (NOVOpress)
S’il est un lieu qui symbolise à lui seul la passion de toute une vie pour les arts et particulièrement pour le Quattrocento, c’est bien le splendide hôtel particulier des collectionneurs acharnés qu’étaient Nélie Jacquemart et Édouard André.

L’une des plus belles façades du boulevard Haussmann accueille donc tout naturellement une rétrospective époustouflante du grand maître de la Renaissance italienne, le peintre de l’école ombrienne Pietro Vannucci, dit le Pérugin.

Une scénographie sobre et élégante met en lumière les points forts de la vie du maître : ses premières années d’apprentissage à Pérouse et Florence dans les ateliers de Verrocchio où il côtoya Léonard de Vinci et Botticelli, ses travaux à la chapelle Sixtine, commande du pape Sixte IV littéralement conquis, ses sujets dit profanes et ses portraits dont l’intensité suscita la plus grande admiration de ses contemporains.

Séduire son public par une cinquantaine d’œuvres venues tout autant de musées florentins, romains, napolitains, viennois, mais aussi de la National Gallery of Art de Washington ne suffisait pas au Jacquemart-André qui nous permet de découvrir également une fresque détachée représentant saint Romain et saint Roch prêtée à titre exceptionnel par la Pinacoteca Comunale de Deruta. L’exposition s’achève avec plaisir par une pièce consacrée au plus célèbre apprenti du maître, le peintre et poète Raphaël.

Apaisé par l’harmonie des teintes, rassasié par la dextérité des traits et touché par la grâce des madones on ne peut cependant s’empêcher de sortir nostalgique face à ce savoir-faire aujourd’hui perdu, à une époque où les carrés blancs sur fond blanc agenouillent les critiques, enorgueillissent les éminents spécialistes, et trônent fièrement dans les galeries boboïstes.

C’est cette même époque qui a été témoin il y a quelques jours d’un spectacle des plus désolants. Le Monde, non content de nous offrir quotidiennement ses qualités rédactionnelles et ses réflexions efficaces, a jugé bon de nous gratifier d’un trait de génie de son éclatant service “Culture”. Ce dernier, insérant dans ses colonnes un papier sur le Pérugin, n’a pas trouvé mieux que de titrer de la sorte : “Le père Ugin et la mère Ugin sont heureux de vous annoncer la naissance du petit Raphaël.” Fantastique victoire de l’esprit sur la matière… Si audacieuse et spirituelle que soit cette accroche, la direction l’a supprimée. Même Le Monde a ses limites…

Pour preuve flagrante que le “journaleux” d’aujourd’hui a été martelé et modelé depuis les bancs de la faculté à grands coups d’ouvrages gauchisants, nous rappellerons les paroles d’Elie Faure disant du Pérugin “qu’il travaillait dans la religion pour s’enrichir”.  L’Université n’a de cesse, depuis, de se repaître de la formule. Monsieur Elie Faure, qui est mort en 1937, est l’historien d’art incontournable des Forces du progrès, et les étudiants en cette matière sont, en conséquence, gavés de ses écrits.

Celui qui écrivit que “l’homme ne peut choisir qu’entre le suicide et l’effort” était le neveu des Reclus, anarchistes militants qu’il admirait, et toujours déifiés par l’Education nationale.

Que le Pérugin sorte de l’ombre, aujourd’hui, à Paris, est un signe. Peu importent les gaudrioles et les ricanements en vogue face à l’Art Sacré, le Jacquemart-André lui, superbe, n’a rien entendu.

Giovane Pittore