Il faut sauver (avec ou sans réserves) le soldat Onfray - par Pierre Saint-Servant

Il faut sauver (avec ou sans réserves) le soldat Onfray – par Pierre Saint-Servant

18/09/2014 – PARIS (NOVOpress)
Michel Onfray peut irriter, c’est certain, mais il est impossible de lui reprocher ce que l’on reproche aux habituels philosophes “médiatiques” : soit une facile afidation aux pouvoirs du moment, un manque de sincérité dans l’expression de leur pensée ou une posture systématiquement politiquement correcte.

Libertaire depuis sa jeunesse, le philosophe normand est resté fidèle à cet idéal. Fuyant les séductions des cercles de pouvoir, qu’ils soient politiques, culturels ou universitaires, il s’est pendant deux décennies contenté d’un emploi de professeur de philosophie en lycée professionnel. Lorsqu’il a fondé l’Université populaire, il a eu le panache et la cohérence d’en prendre la présidence à titre bénévole.

Travailleur acharné, qui a percé médiatiquement grâce à son Traité d’athéologie (beaucoup plus subtil que ce que le titre en laisse apercevoir), il poursuit depuis de nombreuses années ce qu’il appelle lui-même une Contre-Histoire de la Philosophie. Non content de réaliser un colossal travail de mise à disposition de savoirs philosophiques auprès d’un large public, il a à de multiples reprises eu le courage de s’attaquer à certains monstres sacrés du progressisme de gauche. Ce fut le cas de Sartre et Beauvoir puis celui de Freud, entre autres. Luttant contre l’hémiplégie de gauche comme Alain de Benoist sut lutter contre une hémiplégie de droite, il sait aujourd’hui encore rendre hommage à des figures essentielles telles qu’Ernst Jünger, Oswald Spengler ou encore Julien Freund.

Ne s’étant rangé derrière aucune bannière politicienne, Onfray assume avec un sourire narquois sa position d’intellectuel populiste, s’étant encore fait remarquer récemment par ses charges contre l’oligarchie en place et par une solide défense du souverainisme.

Ce qui nous plaît chez le bonhomme ? Son parler franc qui est aussi un parler simple. Cela change du jargon de caste des universitaires autorisés. Et puis un homme de la pensée qui se soucie du réel, et du réel des plus modestes, de la majorité silencieuse, n’est-ce pas devenu bien rare ?

Ce qui nous déplaît encore ? Certaines mimiques qui rappellent BHL (avec lequel il ne partage pourtant rien), une appréhension encore vive vis-à-vis de “l’extrême droaaate” qui ne fut longtemps rien de plus qu’un anti-lepénisme brut, son manque d’intérêt pour la philosophie chrétienne médiévale (qui l’aurait peut-être réconcilié avec un catholicisme charnel, viril et absolument anti-puritain) et donc son anti-christianisme que l’on se garderait toutefois de qualifier de primaire. Et si l’homme est favorable à l’euthanasie (poussant même le vice jusqu’à être membre du comité d’honneur de la bien mal nommée Association pour le droit de mourir dans la dignité), il n’a pas hésité à s’attaquer à la théorie du genre, entre autres mythes contemporains.

Quelques soient les griefs que vous conservez contre celui qui est parfois surnommé le “Zarathoustra du bocage”, vous aurez toujours une bonne raison de voler à son secours (et de découvrir son oeuvre) : la caste culturo-médiatique dans un grand élan d’unanimité a décidé de le flinguer, qu’aurions-nous à ajouter ?

Pierre Saint-Servant

Crédit photo : Perline via Wikipédia (cc).