[Tribune ] La nécessité de quitter l’OTAN - Par Vincent Revel

[Tribune ] La nécessité de quitter l’OTAN – Par Vincent Revel

Début mai, je déplorais le manque de lucidité et de courage des dirigeants européens vis-à-vis de la crise ukrainienne. J’expliquais, en reprenant les réflexions de géopoliticiens sérieux et reconnus, que « l’Ukraine, voie historique de la Russie vers la Méditerranée, était devenue à présent l’enjeu d’un bras de fer engagé par les Américains contre les Russes. » Qu’à vouloir faire croire aux Ukrainiens de l’ouest du pays « que l’Union européenne et l’OTAN leur étaient grandes ouvertes, que la Russie était au centre de leurs problèmes, qu’ils pouvaient quitter la sphère russe au profit de celle des Etats-Unis en oubliant et négligeant l’avis des 20% d’Ukrainiens d’origine russe, était juste une véritable erreur stratégique et un monstrueux mensonge. »

Les politiques européens, au nom d’une Union servant docilement les consignes de l’Oncle Sam, affichent leurs incompétences là où leurs actions devraient permettre de construire un continent uni et soudé.

A la suite d’Alfred Sauvy, le professeur Gérald-François Dumont regrettait dans un numéro de La Nouvelle Revue d’Histoire que nos politiciens modernes ne se réfèrent pas mieux aux lois de la géographie des populations « pourtant essentielles à la compréhension du monde et donc aux choix géopolitiques à effectuer. » Les dirigeants de l’Union européenne n’agissent que selon les intérêts et les volontés de Washington. Comment avons-nous pu penser une seule seconde que la Russie allait laisser l’Ukraine devenir un pion de l’OTAN en voyant une région si importante pour son histoire et ses intérêts sortir de sa sphère d’influence ? Comment avons-nous pu jouer à ce point le jeu des Etats-Unis sans chercher en amont à désamorcer la tension entre ces deux peuples européens ? Comment pouvions-nous croire, qu’après deux décennies d’humiliation, voulues par l’Occident, que la Russie allait rester les bras ballants à contempler l’avancée américaine jusqu’à Kiev ? Les politiques européens, au nom d’une Union servant docilement les consignes de l’Oncle Sam, affichent leurs incompétences là où leurs actions devraient permettre de construire un continent uni et soudé.

Au lieu d’être un nain sur la scène internationale, la France devrait être le fer de lance de cette politique européenne qui aujourd’hui est moribonde. Sur simple pression des Etats-Unis, pour donner l’illusion d’être le bon élève « du camp du bien », le soldat Hollande n’hésite pas à saborder la crédibilité internationale de notre nation et à priver notre pays d’une grosse rentrée d’argent en suspendant la livraison des deux portes hélicoptères à la marine russe.

Protéger l’intégrité du territoire ukrainien en s’opposant systématiquement aux Russes sans pointer les responsabilités occidentales dans l’escalade de cette crise revient à nous faire le coup des armes de destruction massive en Irak, de l’opération en Afghanistan après le financement des Talibans par les Etats-Unis contre les mêmes Russes, de la volonté farouche d’abattre le dictateur Bachar El-Assad pour aujourd’hui devoir combattre l’Etat islamique largement financé par nos respectables partenaires du Qatar, de mettre à genoux les Serbes suite à un imaginaire génocide sur les Kosovars musulmans pour finalement reconnaître un Etat mafieux au Kosovo permettant par ce biais l’installation de l’immense camp militaire américain Bondsteel, pour être clair, c’est une nouvelle fois nous prendre pour des abrutis !

Georges Orwell disait dans son roman d’anticipation 1984 : « Si tous les autres acceptaient le mensonge imposé par le Parti – si tous les rapports racontaient la même chose – le mensonge passait dans l’histoire et devenait vérité. Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. » De cette façon, nous simplifions à l’excès les relations internationales avec le bien s’opposant au mal, d’un côté les Etats-Unis et leurs valets européens, de l’autre côté la Russie de Poutine, l’éternel vilain petit canard. Si l’Union européenne veut vraiment devenir un grand de ce monde elle sera dans l’obligation de prendre son indépendance en quittant l’OTAN. Cette crise ukrainienne devrait nous permettre de s’en rendre compte.

Vincent Revel

Crédit carte : Wikipédia, (cc).