Alexis de Tocqueville : de l’individualisme dans les pays démocratiques

Alexis de Tocqueville : de l’individualisme dans les pays démocratiques

Source : occidentaldissent.com À l’heure où chaque communauté revendique un “droit” spécifique, au logement, au travail, aux papiers, à l’adoption, au mariage, au halal, au voile, à la GPA, à l’avortement, à l’adoption… il serait bon de relire ce que le grand penseur Français Alexis de Tocqueville écrivait en 1835 à propos de la plus grande démocratie du moment, l’Amérique. De toutes les tares qui déjà menaçaient cette société naissante, conformité, peur, apathie, désorganisation, lâcheté, le plus dangereux était l’individualisme naissant.

« J’ai fait voir comment, dans les siècles d’égalité chaque homme cherchait en lui-même ses croyances ; je veux montrer comment, dans les mêmes siècles, il tourne tous ses sentiments vers lui seul.
L’individualisme est une expression récente qu’une idée nouvelle a fait naître. Nos pères ne connaissaient que l’égoïsme.
L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même.
L’égoïsme est un vice aussi ancien que le monde, il n’appartient guère plus à une forme de société qu’à une autre.
L’individualisme est d’origine démocratique, et il menace de se développer à mesure que les conditions s’égalisent. »

Cet individualisme embryonnaire est aujourd’hui à son apogée narcissique avec la « Moi Génération » qui est la racine de tant d’autres problèmes qui se reflètent dans notre société.

Il y a maintenant des millions de Français absorbés dans leurs vies pour qui les autres ne sont que des « likes » sur leurs murs Facebook. Ce vide émotionnel n’est pas seulement mental mais aussi temporel, le passé, le futur, leur descendance, n’ont plus d’importance si cela n’a pas de prise sur l’immédiat. Nous sommes désormais bien loin des bases du système démocratique décrites par Tocqueville.

 « Chez les peuples aristocratiques, les familles restent pendant des siècles dans le même état, et souvent dans le même lieu. Cela rend, pour ainsi dire, toutes les générations contemporaines. Un homme connaît presque toujours ses aïeux et les respecte ; il croit déjà apercevoir ses arrière-petits-fils, et il les aime. Il se fait volontiers des devoirs envers les uns et les autres, et il lui arrive fréquemment de sacrifier ses jouissances personnelles à ces êtres qui ne sont plus ou qui ne sont pas encore. »

Seule cette prise sur l’espace et le temps peut donner une vision globale de la société, de ses devoirs et de ses droits qui sont de la responsabilité de chaque individu. Une fois cette conscience perdue que reste-t-il ?

« Chez les peuples démocratiques, de nouvelles familles sortent sans cesse du néant, d’autres y retombent sans cesse, et toutes celles qui demeurent changent de face ; la trame des temps se rompt à tout moment, et le vestige des générations s’efface. On oublie aisément ceux qui vous ont précédé, et l’on n’a aucune idée de ceux qui vous suivront. Les plus proches seuls intéressent. … Ceux-là ne doivent rien à personne, ils n’attendent pour ainsi dire rien de personne ; ils s’habituent à se considérer toujours isolément, ils se figurent volontiers que leur destinée tout entière est entre leurs mains. Ainsi, non seulement la démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux, mais elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains ; elle le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer enfin tout entier dans la solitude de son propre cœur. »

N’est-ce pas ce qui définit nos peuples occidentaux actuels où seule la consommation peut nous apporter une forme d’échange acceptée et reconnue par nos contemporains. La destruction orchestrée par les systèmes politiques en place de toute valeur non marchande, telles que la famille, la nation ou l’enseignement, n’est que le processus logique d’une démocratie à bout de souffle.

Et face à cette déliquescence spirituelle déjà anticipée par cet auteur il y a 200 ans voilà ce que Tocqueville imaginait comme image finale d’une société démocratique :

 « Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul, et s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie.

Au-dessus s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance…

C’est ainsi que tous les jours il rend moins utile et plus rare l’emploi du libre arbitre… il couvre la société d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse; il ne détruit point, il empêche de naître; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »

N’est-ce pas là une parfaite description de notre merveilleux régime Ultra Libéral stade suprême de la Démocratie ? Un monde sans frontière réduit à un marché de consommateurs avides et capricieux dont les hauts commissaires Européens seront les modernes bergers.