PS : à La Rochelle, les divisions se ramassent à la pelle… [Présent 8177]

01/09/2014 – PARIS (Novopress)
Vendredi, alors que s’ouvrait à La Rochelle l’Université d’été du PS, Le Monde publiait un appel signé par 200 députés socialistes, intitulé « ni godillots, ni déloyaux ». Mais bonjour l’imbroglio !

PS : à La Rochelle, les divisions se ramassent à la pelle… [Présent 8177]Certains signataires se plaignent aujourd’hui de s’être fait extorquer leurs signatures. Ou que le texte qu’ils avaient signé, quinze jours auparavant, pour allumer un contre-feu à celui des frondeurs, n’avait plus la même résonance après la dissolution du premier gouvernement Valls et sa recomposition sociale libérale affirmée. Les « frondeurs », qui voient dans cet appel « une basse tactique politicienne, un procédé pas très glorieux », fulminent : « On ne va pas laisser le parti de Jaurès et de Blum à cette bande de libéraux. » De libéraux blaireaux, comme disent certains d’entre eux… Pugilat en perspective ? Certains, en tout cas, parlent ouvertement « d’ouvrir la boîte à bourre-pif ».

Lors de leur réunion de samedi matin dans un amphi de la fac de lettres de La Rochelle « bourré à craquer », les « frondeurs » ont réussi à faire le buzz, avec l’arrivée surprise de Christiane Taubira, venue à bicyclette leur rendre une petite visite de sympathie. Et provoquer Valls. Une Taubira muette mais applaudisseuse. Et qui, à la sortie, n’a pas pu s’empêcher de s’adresser à la presse. « Nous avons laissé les Français perdre le moral, c’est-à-dire ne plus penser qu’il y a un espoir… » Quant au moral de François Hollande, Taubira s’en moque comme de sa première trottinette. Elle entre dans « le débat ». « J’en prends ma part et en assume les conséquences », a-t-elle lancé avant de repartir, après cette embardée gouvernementale, sur son vélocipède. Et un défi de plus à Valls et Hollande, dont la « cohérence » politique, hautement proclamée, se trouve déjà, après le sabotage de Montebourg et de Hamon, endommagé par le garde des Sceaux. Alors, quelles conséquences pour Taubira ? Un nouveau départ ?

Un cadre du parti prévoyait la semaine dernière : « Ça va être rock’n’roll ! » (voir Présent de samedi), mais Manuel Valls et Jean-Christophe Cambadélis, s’ils n’ont pas pu cacher les divisions qui lézardent le parti, ont au moins suffisamment caporaliser l’appareil pour empêcher les désaccords d’éclater trop bruyamment.

C’était rock, mais tendance funky (littéralement : « foireux »). Les différentes tendances de la contestation se sont mutuellement étouffées, en s’amalgamant les unes aux autres sans pour autant fusionner. Une contestation sans porte-voix commun, chacun restant dans son coin. Montebourg, présent à La Rochelle dès vendredi soir, a été, après sa gueule de bois de Frangy-en-Bresse, beaucoup plus sobre que prévu, se contentant de s’adresser quelques fleurs. « Les hommes d’Etat n’ont pas toujours vocation à se taire. C’est parfois même leur destin de se faire congédier quand ils ont, parfois, raison. » Sa cuvée du redressement semble déjà faire pschitt !

Aubry défie Valls

Après Christiane Taubira, Martine Aubry… Une bombinette, lancée de sa lointaine mairie de Lille, a atterri samedi à La Rochelle, faisant pour l’instant plus de bruit que de dégâts. Aubry a, en effet, fait savoir « qu’au nom du respect de l’engagement 22 du programme de François Hollande », elle appliquerait dans sa ville l’encadrement des loyers, dont Valls veut sortir. Comme celui-ci, pas plus que le président de la République, ne peut encadrer la dame des 35 heures, cela ne changera pas grand-chose à leurs rapports conflictuels. A propos des 35 heures, Valls, arrivé à La Rochelle sous les huées d’une manifestation organisée par la CGT, a promis de ne pas toucher à la durée du temps de travail. Il a aussi soigneusement évité, entre autres sujets qui fâchent, de prononcer le nom honni d’Emmanuel Macron, préférant faire applaudir (pour contrer Taubira passée aux frondeurs ?) celui de la pasionaria de l’égalité des genres, Najat Vallaud-Belkacem, nouvelle égérie du gouvernement…

Toutes ces concessions n’ont pas empêché Pierre Laurent – T’es rock, coco ? – en tant qu’invité (du style malotru), de cracher dans la soupe, affirmant durant son discours que le contrat passé avec François Hollande en 2012 « venait cette semaine d’être déchiré devant les Français ». Les applaudissements recueillis mercredi par Manuel Valls auprès des patrons du MEDEF devaient encore résonner dans la tête du numéro un communiste. Les divisions s’affichent désormais aussi bien dans la majorité présidentielle qu’à l’intérieur du PS. La preuve par Pierre Laurent et Cécile Duflot.

Valls, sur le terrain miné de La Rochelle où il était très attendu, a tout de même réussi, momentanément, à préserver une image de synthèse du PS passablement brouillée, et derrière laquelle les divisions sont de plus en plus apparentes. Orateur musclé, il a verbalement muselé les « frondeurs ». Et, surtout, il s’est posé, avec ses allures de matamore, en défenseur d’un président de la République déficient et affaibli… Une humiliation de plus pour ce dernier, placé en quelque sorte sous la tutelle de son Premier ministre.

Jean Cochet


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