Pouce levé vers l'Autriche, un voyage européen - par Louise d'Espagnac

Pouce levé vers l’Autriche, un voyage européen – par Louise d’Espagnac

30/08/2014 – LYON (NOVOPress)
C’est un défi que nous nous sommes lancé : rejoindre l’Autriche en 48 heures depuis Lyon. 1.000km pouce levé. Cette idée nous est venue au cours de l’Université d’été de Génération Identitaire à laquelle nous participions, dans les montagnes de Savoie. De nombreux Européens s’étaient joints à nous, et parmi eux deux jeunes Allemands qui avaient ceci d’original de faire le tour d’Europe en stop, pendant un an et sans argent. Si nous nous moquions d’eux au début à cause de leurs pieds nus, leur exemple m’a pour ma part vite fascinée. Aussi quand l’un de mes amis m’a dit qu’il comptait se rendre au Sommerfest organisé la semaine suivante en Carinthie (Autriche du Sud), j’ai sauté sur l’occasion, lui déclarant que je voulais me joindre au voyage.
Nous en avons décidé le dimanche. Lundi nous préparions nos sacs et mardi matin nous partions de Lyon, direction l’Italie.

Notre itinéraire était simple : passer la frontière par le tunnel du Fréjus, puis traverser tout le nord de l’Italie, Turin, Milan, Venise, et enfin remonter vers l’Autriche et notre lieu d’arrivée.

La pratique ne fut pas aussi simple… Il est en effet quelque peu compliqué de sortir d’une ville pour rejoindre l’autoroute, surtout lorsque l’on débute en stop et que l’on se place dans des endroits fort peu propices à l’arrêt d’une voiture. Cependant, après une longue demi-heure, une voiture s’arrête, escaladant à moitié le trottoir. Nous courons vers elle : c’est une gentille dame (catholique) qui « d’habitude ne prend jamais d’auto-stoppeurs », mais nous avions des bonnes frimousses. Elle nous dépose au péage d’où nous repartons 30 minutes plus tard dans un minibus conduit par une charmante Anaïs. Nous nous approchons de la frontière puisqu’elle nous laisse à proximité de Saint-Jean de Mauriennes. A peine descendus – je n’avais pas fini d’écrire notre nouvelle destination sur mon carnet -, un fourgon s’arrête sur le bas-côté et un garçon tout bronzé en sort en nous faisant signe. Ce fou furieux du volant, fort sympathique au demeurant, était étudiant en pharmacie la journée, livreur en pharmacie le reste du temps. Il nous a confié qu’il effectuait ses 35 heures hebdomadaires de trajets en 25 heures. Autant vous dire que les feux rouges et les lignes blanches, il ne connaissait pas trop…

Après une course mouvementée, il nous laisse à l’embranchement du Tunnel du Fréjus, nous assurant que dans 45mn, nous serions en Italie. Et nous y croyions… Nous avons attendu 4h à l’orée de ce tunnel, maudissant l’humanité et particulièrement les automobilistes, enchaînant les blagues bêtes, avant de voir un poids lourd s’arrêter, que dis-je, déraper à notre hauteur. Nous croyions à une blague et étions prêts à insulter le chauffeur, mais celui nous fait signe de monter. O joie !

C’était un chauffeur turc, qui devait se rendre en Sicile, ou très loin au Sud. Il nous prit donc, et nous fîmes avec lui une grande partie du trajet. Il faut savoir que les camions n’ont la plupart du temps que deux places, aussi s’arrêtent-ils rarement pour prendre des auto-stoppeurs. Mais celui-ci nous a offert de s’asseoir sur la banquette-lit, à l’arrière de sa cabine. De là, nous regardions défiler la route, discutions avec lui dans un mélange d’allemand, français et espagnol, faisions chauffer du café sur un réchaud (oui ,oui), jusqu’à arriver au niveau de Milan.

Il s’arrêta dans une station-service où il nous laissa, nous souhaitant bonne chance. Il faisait nuit, et nous n’avions pas très envie de dormir sous un camion, alors après avoir vainement cherché une voiture au départ, nous décidions de quitter la station et de planter la tente dans les champs environnants.

L’endroit idéal trouvé, il fallait dîner. Prévoyants, nous avions apporté réchaud, pâtes, casseroles et tutti quanti. L’eau frémissait, il était temps d’y plonger les coquillettes. Mais là, manque de chance : plus de gaz dans la bouteille… Il fallut donc finir une casserole de pâtes mi-cuites, encore loin de l’al dente. Ah, les joies du camping.

Mais il est l’heure d’aller dormir. Je tiens à préciser que mon ami est straight edge et que mon cœur est déjà pris, nous voyagions donc seulement en camarades.

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Le lendemain matin, à peine de retour à la station, une sympathique vieille dame que j’aborde avec mon plus grand sourire accepte de nous conduire jusqu’à Venise, où elle se rend avec son mari. Nouvelle station, nouvelle recherche de voitures. L e sourire aux lèvres, le panneau Österreich à la main, je vais de voiture en voiture. Une fille, ça passe toujours mieux… Deux bons Italiens acceptent de nous prendre, ils allaient tout près de notre destination. Après avoir bien ri, ils nous laissent à Arnoldstein, petit village d’Autriche, dont, m’assure mon ami, est originaire Arnold Schwarzenegger, ce que je crois bien évidemment. (Il est en fait originaire de Graz, qui n’est pas si loin).

Une pluie fraîche commençant à tomber, c’est sous un abribus que nous attendons Patrick, l’identitaire autrichien qui doit nous conduire au lieu de camp. A ce moment, nous nous réjouissons du parcours effectué : 1.000km en un plus de 24 heures, il y a de quoi être content.

Patrick arrive, nous sommes tout joyeux de le revoir, et nous nous laissons conduire.

L’endroit dans lequel nous arrivons est paradisiaque. Figurez-vous une route de campagne, entourée de hautes montagnes, serpentant dans une plaine verdoyante. A notre droite s’élevait le flanc des montagnes et sur la gauche s’étendait d’immenses lacs aux eaux sombres, où se miraient des rayons voilés de brume. Ce lieu portait au recueillement, à la contemplation.

Après un si long voyage, je fus heureuse de découvrir ce grand chalet de bois aux volets rouges et blancs, niché aux pieds de la montagne, le jardin donnant sur le lac. Tout était sérénité, loin de la frénésie de la ville. C’est pour cette raison d’ailleurs que je ne souhaite que repartir à chaque retour : l’atmosphère de la ville me paraît irrespirable, la vie semble artificielle, j’ai besoin de retourner à la nature et aux valeurs essentielles.

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Ce Sommerfest dans un cadre idyllique, en compagnie de nos amis autrichiens et allemands m’a donc comblée. Ces trois jours en terre autrichienne furent des instants de camaraderie, des sourires plein les yeux, des chants mélancoliques ou au contraire diablement entraînants lancés autour du feu, accompagnés à la guitare et rythmés par nos cris joyeux. Nous avons ri, dansé, chanté, nous avons parlé. Oh oui, nous avons beaucoup parlé. Je ne comprends pas l’allemand alors ils me parlaient anglais. Mais le rire est universel alors nous n’étions jamais seuls. Une après-midi, nous sommes partis marcher, à la conquête d’un sommet. Sacrée montée, mais une fois là-haut, c’est avec bonheur que nous avons posé nos sacs à l’auberge, où on servait ce dessert délicieux, plus encore après une randonnée, que l’on appelle Kaiserschmarrn ! Le temps se rafraîchissant, nous avons investi l’étage, où la tiède chaleur du poêle nous a saisis. Dans une douce torpeur, je réalisais combien ces instants étaient précieux et uniques. Combien ont-ils la chance d’avoir des camarades un peu partout en Europe, qui les accueillent à bras ouverts, les initiant à leur culture, leurs traditions et leur joie de vivre ?

C’est dans ces moments que je ressens avec le plus d’intensité ma fierté d’appartenir à la grande Europe, dans ces moments que je sens la fraternité qui nous unit tous, au-delà de la barrière de la langue et de la culture. Plus encore, nous avons par-delà les frontière cet idéal qui nous rassemble, l’amour et la défense de notre identité. Et c’est en créant des échanges tels que ceux-ci avec des garçons et des filles d’Europe que nous pourrons faire renaître la lumière dans notre civilisation.

La construction d’un avenir européen passe par ces instants, j’en suis convaincue.

Mais il est déjà temps de repartir, nous devons redescendre. Je m’enivre de nature, mes yeux sont absorbés par la montagne et le ciel.

Le temps s’écoule vite, trop vite, nous devons déjà rentrer en France.

Dans la nuit du dimanche, nous quittons ce lieu de bonheur avec deux Allemands, en route pour Hanovre. C’est le début de longues péripéties, que je résumerai rapidement par un détour de 600 km, une rencontre avec la Polizei parce que nous avions eu la mauvaise idée de faire du stop sur le bord de l’autoroute, 2 fois coincés à l’aéroport (Munich et Lyon), à tel point que la deuxième fois nous avons dû y passer la nuit. Mais nous avons aussi fait la connaissance d’un routier moldave, le cœur sur la main, qui a partagé son repas avec nous ; nous avons dormi dans la forêt, rencontré d’autres Français au même “spot” que nous. Et puis nous sommes arrivés. Il était 6 h du matin quand nos pieds ont foulé les pavés du Vieux-Lyon.

Nos têtes bourdonnaient encore de sonorités allemandes, nos yeux étaient remplis de ciel que cachaient désormais les toits des maisons. Nous sommes de retour, mais bientôt nous repartirons.

Je ne peux me résoudre à m’arrêter là. J’ai poussé la porte du voyage, l’appel de la route se fait trop pressant. Je n’aurai pas assez de temps pour découvrir le monde dans ses moindres recoins. Mais j’en ai bien assez pour vivre, prendre mon sac un matin et partir à l’aventure.

Louise d’Espagnac
militante Rebeyne – GI Lyon

Crédit photos : Louise d’Espagnac


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