[Tribune libre] Choisir et suivre une autre voie - par Pierre Saint-Servant

[Tribune libre] Choisir et suivre une autre voie – par Pierre Saint-Servant

20/08/2014 – PARIS (NOVOpress)
Disons-le tout net, l’air est devenu irrespirable au sein de nos tribus gauloises. A la crise ukrainienne s’est ajouté le réveil du vieux conflit israélo-palestinien, en attendant le prochain accrochage lointain qui soulèvera à nouveau les plus violentes passions.

L’arrogance agressive des cyber-guerriers

Il y aurait beaucoup à dire sur le faible niveau des débats aussi bien par leur fond que par la forme qu’ils adoptent. Tant et tant de belligérants virtuels prennent le ton impérieux des grands stratèges ou des universitaires les plus pointus sans avoir une once de connaissance concrète à mettre dans la balance. Leur arrogance souvent agressive ne peut pourtant couvrir la légèreté crasse de leurs positions. D’autres abattent à distance un ennemi qu’ils savent bien ne jamais avoir à affronter, leurs insultes ne portent à aucune conséquence, enfermés qu’ils sont dans leur confortable et anonyme prison virtuelle.

Tout le monde a un avis sur tout

N’est-ce pas la plus terrible maladie démocratique que de vouloir donner son avis sur tout ? Ne peut-on pas revenir à un peu plus de simplicité et de sérieux ? Une ou deux voix “autorisées” (par l’ampleur de leurs connaissances, leur expérience de terrain ou la clarté de leurs démonstrations) ne sont-elles pas suffisantes pour que le commun voie clair ? Qu’il nous soit permis de demander aux bavards de se taire. Tel bourgeois du XVIème arrondissement, piqué de survivalisme qui prétend apprendre au premier venu les bases de l’autonomie alors qu’il n’a jamais daigné salir ses mocassins dans la terre limoneuse de la France des racines. Tel cyberwarrior porno-dépendant qui trouve des combats par procuration et une virilité de substitution dans des luttes qui n’ont strictement aucun lien avec sa vie quotidienne.

Misère des réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ne font qu’aggraver et exacerber ces querelles superficielles. Sur la grande toile de l’illimitation, chacun se sent tout à coup surpuissant. Un courage synthétique pousse sur des corps chétifs et malades. Qui peut sérieusement penser “mener une guerre” – quand bien même rebaptisée guerre de l’information – sur un support aussi superficiel que Twitter ou Facebook ? La plupart des protagonistes de ces chamailleries (peut-on les baptiser autrement ?) qui se parent des habits du sérieux et des “discussions de grandes personnes” n’entretiennent aucun rapport au réel. Peu d’entre eux sont charpentiers, orfèvres ou boulangers, rares sont les bavards ruraux confrontés quotidiennement à la nature qui enseigne l’humilité et la mesure, quasiment aucun ne font “fructifier leurs talents” en servant concrètement les idéaux qu’ils prétendent porter. Le guerrier 2.0 est cadre du tertiaire, chômeur ou étudiant, urbain et procrastinateur. Un semi-oisif qui camoufle sa démission du réel par un flot de paroles ininterrompu.

Choisir et suivre une autre voie

Répétons cependant qu’une autre voie est possible. Celle de l’enracinement, du travail au long court, des semailles militantes. Cette voie est aussi celle du silence. Fuyant les bavards impuissants, les travailleurs silencieux font leur devoir, abattent de l’ouvrage. Et s’ils sont durs et exigeants, c’est d’abord envers eux-mêmes, ce qui suffit à les distinguer. Nous ne les entendons pas mais ils sont là et quand les bavards se seront enfin tus, nous leur devrons beaucoup.

Pierre Saint-Servant

Crédit photo : Suzelfe via Wikipédia (cc).