[Revue de presse] Vu de gauche numéro 1 : Jaurès, sport, décroissance, théorie du genre

[Revue de presse] Vu de gauche numéro 1 : Jaurès, sport, décroissance, théorie du genre

19/08/2014 – PARIS (NOVOpress)
Dans le droit fil des travaux entrepris par le Grece pendant plusieurs décennies, il nous semble toujours aussi important d’envisager le réel sans œillères idéologiques. Notre vision du monde doit pouvoir se nourrir de positions en apparence antagonistes et s’affiner en se confrontant à elles. C’est un fait : les questions de fond ont déserté l’arène politique. Loin des (trop) superficielles querelles politiciennes, qui emploient le plus souvent l’invective et la reductio ad hitlerum (y compris dans notre propre famille), nous tranchons pour un travail des idées dans la sérénité et le sérieux. Ce travail d’actualisation des concepts et analyses qui sont nôtres a pour principal souci de pouvoir s’inscrire dans le réel. Nous rejetterons donc, autant que faire se peut, les réflexions absconses et les jargons en tous genres. Le crayon en main, disséquant et annotant, mâchonnant et méditant, nous préparons les victoires sémantiques, idéologiques et politiques de demain.

Chaque mois, Novopress vous propose une courte synthèse du meilleur et du pire de la presse de gauche. Pas la gauche caviar, amie de la finance, façon Nouvel Obs. Pas la gauche Beaubourg ou Télérama. Bienvenue dans cette gauche où soufflent encore l’espérance révolutionnaire et la défense d’un peuple encore vivant. Bonne découverte de ses richesses … et de ses contradictions.

Revue de presse réalisée par Pierre Saint-Servant


Quand la gauche cherche ses racines et retourne à Jaurès

politis-jauresLes deux dernières échéances électorales ont vu l’effondrement du pouvoir socialiste, pourtant solidement implanté et malgré le soutien conjoint de l’Education nationale et du pouvoir médiatique. Cette débâcle n’a pas touché que le Parti socialiste (ramené à moins de 14 %) mais toute la gauche, du Front de Gauche (6,61 %) au Nouveau Parti anticapitaliste (0,39 %). Etourdie par ce choc électoral, la gauche doit également composer avec une équipe au pouvoir qui développe une politique clairement libérale-libertaire, bien loin des aspirations des classes populaires et moyennes (fonctionnaires compris). Comment ne pas s’interroger alors sur l’identité de la gauche ? « La notion est fragile, en plus d’être relative. Etre à la gauche de Sarkozy – ce qu’on peut à la rigueur concéder au gouvernement actuel – suffit-il à être “de gauche” ? », s’interroge Denis Sieffert dans son édito du hors-série de Politis consacré aux « Grands Débats de la gauche depuis Jaurès ». On comprend facilement son interrogation !

Il n’est pas inintéressant de revenir à Jaurès. Quoique l’on pense du personnage, il fait partie de ces intellectuels qui, à l’égal de Maurras ont façonné en profondeur les luttes politiques françaises. Et le Jaurès qui constate en 1893 que « la puissance de l’argent [a] réussi à s’emparer des organes de l’opinion et à fausser à sa source, c’est-à-dire dans l’information publique, la conscience nationale (…) qu’un Etat nouveau, l’Etat financier, a surgi dans l’Etat démocratique, avec sa puissance à lui, ses ressorts à lui, ses organises à lui » sonne encore juste en 2014. Nous ne partageons pas cependant l’analyse de Jérôme Pellissier qui dans son article “Jaurès et la République sociale” évoque à propos de la Révolution française, la puissance « d’un grand peuple voulant se diriger lui-même ». Là où nous voyons une insurrection organisée et pilotée par une partie de la bourgeoisie, œuvrant à une véritable transformation anthropologique, avec le soutien actif de puissances étrangères(1).

Le dossier poursuit l’étude de l’héritage jaurésien : « La synthèse jaurésienne » ; « Jaurès, la gauche et la question coloniale » ; « Jaurès et la nation ». La totale implication de la gauche et du camp dit « progressiste » dans l’entreprise coloniale, au nom d’une mission civilisatrice est mise en lumière avec une grande franchise par Pascal Blanchard, dans l’un des articles les plus intéressants de ce numéro. Terminons avec une belle citation de Jaurès qui a trait à la place du travail dans le quotidien de l’homo economicus. Jaurès appelle de ses vœux un « travail, mieux rémunéré, laissant place dans la vie de tous aux loisirs, où l’esprit de famille s’épanouit, où l’âme respire, où l’intelligence se refait, où l’idéale et consolatrice beauté de l’art rayonne ». Qu’y aurait-il à redire à cela sinon que la gauche actuelle porte les assauts les plus violents à « l’esprit de famille », jugé réactionnaire et finalement discriminant pour toutes les marginalités, de plus en plus portées en exemple ? Que la gauche ne s’intéresse plus depuis longtemps à « l’âme », fut-ce l’âme d’un peuple. Que la beauté de l’art ne pénètre plus les foyers des classes populaires et moyennes depuis que l’école, par refus de l’élitisme, ne fournit plus le socle d’humanités nécessaire à la compréhension artistique et, enfin, l’abrutissement des divertissements ayant tué toute sensibilité au beau.

La critique du sport, mécanisation du corps et foot business

monde-libertaire-sportLa coupe du monde de balle aux pieds et l’hystérie collective qui l’entoure, ont fortement inspiré la presse de gauche. Le Monde libertaire y consacre son hors-série, et le mensuel CQFD un dossier spécial dédié à l’opposition « Foot populaire VS Foot business ».

Dans un entretien intitulé « L’aliénation sportive planétaire », Fabien Ollier, directeur de la revue Quel Sport ?, déroule le fil de sa violente critique du sport considéré comme outil du capital (pour inscrire sa logique du rendement, de la compétition, de la discipline). Si nous souscrivons à son analyse quant à l’arraisonnement du sport au service du capital, nous ne voyons aucune fatalité à cela. Déconnecté du règne de l’argent, le sport n’est nullement suspect, alors même qu’il prône le dépassement, la confrontation à l’autre et la maîtrise de soi. Il peut alors être au service d’un idéal philosophique, de la recherche de la beauté physique ou d’un équilibre intérieur. Alors que Fabien Ollier voit dans la devise olympique « citius, altius, fortius »(2) un insupportable credo capitaliste, nous y apercevons la trace de l’idéal européen, qu’Henry de Montherlant a su admirablement mettre en scène dans ses Olympiques.

Les institutions sportives, « petite poignée de gérontocrates auto-cooptés », sont cependant assez justement mises au pilori et l’analyse du sport-spectacle, « opium du peuple absolument planétaire », rejoint de très près les récentes tribunes de Michel Geffroy(3) et Guillaume Faye(4) publiées à l’occasion de la Coupe du Monde de balle au pied.

Quand une certaine gauche anti-progressiste ose s’attaquer aux « gender studies »

decrfoissance-genderSi La Décroissance évoque également le sport et sa mise au pas par le système du fric-roi, nous retiendrons surtout du numéro de juin de ce – presque – toujours merveilleux canard une bande-dessinée à la fois drôle et percutante sur la théorie du genre. Peut-être parce qu’ils abordent le sujet sans autocensure, nos chers « décroissants » vont bien plus loin que Béatrice Bourges dans leur dénonciation des folies sociétales de la gauche progressiste. Ayant parfaitement compris que ce à quoi l’on s’attaque ici, à savoir la famille, la filiation et l’équilibre psychologique et émotionnel des générations futures, constitue les dernières barrières face au rouleau-compresseur de la dictature de marché. Séparer l’individu de toutes ses racines, détruire toute valeur de référence en relativisant toute chose, déconstruire les caractères, ne laisser subsister aucun attachement qui ne soit monétisable, voilà de solides objectifs ! Il est heureux de trouver ici la rencontre de la lutte contre l’illimitation et de la défense des valeurs traditionnelles, forcément et heureusement discriminantes. La différence face au nivellement du Même, l’autolimitation de chacun face aux chimères de l’illimité.

Crédit photo Une : JLPC via Wikipédia (cc).

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Notes :

1)  A ce sujet, lire La Révolution Française, du Pr Pichot-Bravard aux Editions Via Romana (2014).
2)  Plus vite, plus haut, plus fort (en latin).
3)  Le football, opium des peuples, Polemia.com, 25 juin 2014.
4)  Le football ou l’opium du peuple, gfaye.com, 24 juin 2014.