Louis Aliot : "Accueillir les chrétiens d’Irak n’est pas la réponse" (Présent n°8157)

Louis Aliot : “Accueillir les chrétiens d’Irak n’est pas la réponse” (Présent n°8157)

31/07/2014 -PARIS (NOVOpress)
Sa déclaration, reprise en boucle par les médias, a suscité la polémique et l’étonnement. Louis Aliot (au premier rang sur la photo), vice-président du Front national, avait en effet affirmé à l’AFP qu’il n’était pas favorable au fait que la France accueille les chrétiens d’Irak. Contacté par “Présent”, il s’explique.

Etes-vous opposé à ce que la France accueille les chrétiens persécutés en Irak ?

La dépêche publiée par l’AFP a surjoué mes propos. Je ne m’y oppose pas mais, oui, je n’y suis pas favorable. Bien sûr, il y a le droit d’asile et ils peuvent l’invoquer légitimement, car ils sont réellement persécutés dans leur pays. Pourquoi alors prendre cette position ? Si nous acceptons de les accueillir, nous acceptons par là même qu’il n’y ait plus de chrétiens en Orient ; alors que c’est le berceau de notre religion. Les chrétiens y sont depuis 2 000 ans. En outre, si la France se croit le devoir d’accueillir tous les gens qui se trouvent dans la misère cela fera beaucoup de monde. La France doit se protéger, particulièrement en période de crise.

Pourquoi alors le gouvernement a-t-il fait cette proposition de donner asile aux chrétiens d’Irak ?

Tout d’abord à cause de la pression immense dont il commençait à être l’objet : il devait faire quelque chose. Même dans les rangs de la majorité, cela commençait à murmurer. Ensuite, je soupçonne le gouvernement de vouloir, par ce biais, mélanger les différentes émigrations et montrer que la France est accueillante quelle que soit la religion et la nationalité.

Vous soutenez que notre pays est responsable de ces misères actuelles ?

Oui, nous avons une part de responsabilité dans ces persécutions ; tout simplement parce que, en Orient, des régimes ont été renversés avec l’appui de la France. Les personnages qui étaient à la tête de ces Etats étaient certes des dictateurs, mais désormais ce sont des partis islamistes qui ont pris le pouvoir, ce qui n’est pas mieux, vous en conviendrez. D’autant que dans ces cas-là ce sont les populations chrétiennes qui souffrent le plus. Lors d’une intervention au Parlement européen, il y a quelques semaines, j’avais souligné le fait que 4 persécutés sur 5 dans le monde sont chrétiens, et victimes de persécutions à cause de leurs opinions religieuses.

Que peut faire la France ?

Une du n°8157 de "Présent"

Une du n°8157 de “Présent”

Elle pourrait déjà faire pression sur le Qatar et l’Arabie Saoudite. Regardons la réalité en face : ce sont des groupes djihadistes qui oppriment les chrétiens. Ces groupes sont lourdement armés. Qui les finance ? Des pays comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, avec lesquels la France est liée par des intérêts économiques. Pourquoi donc le gouvernement ne fait-il pas pression sur eux, comme il le fait actuellement avec la Russie, pour les inciter à cesser de soutenirs ces groupes sous peine de cesser toute transaction économique ?

Et pourtant accueillir les chrétiens d’Irak n’est pas une solution…

Absolument pas. D’ailleurs les représentants des chrétiens de Mossoul disent eux-mêmes qu’ils ne veulent aucunement venir en France, parce qu’ils sont irakiens et veulent continuer à vivre dans leur pays. Plusieurs évêques, Mgr Barbarin et Mgr Brouwet notamment, ont également souligné le fait que les accueillir tous en France n’est pas la bonne réponse à apporter. Si l’on accepte cette idée que tous doivent émigrer en France, on accepte l’épuration que font en ce moment les islamistes. Mais dire cela ne signifie pas pour autant que je ne sois pas touché et en colère à cause de ce que l’on fait subir aux chrétiens là-bas. On trouve, sur Internet, des vidéos montrant des exécutions sommaires de centaines de chrétiens. Et l’on n’entend pas un mot dans les médias, alors que Gaza est évoqué sans cesse. Que la presse se taise, c’est déjà inadmissible, mais que l’ONU reste silencieuse, c’est incroyable !

Propos recueillis pour “Présent”
par Anne Isabeth

Crédit photo : Gauthier Bouchet via Wikipédia (cc).