Démondialisation ? La « dé-dollarisation » du monde s’accélère

Démondialisation ? La « dé-dollarisation » du monde s’accélère

12/07/2014 – PARIS (NOVOpress) – Peut-on parler de démondialisation ? Alors que l’administration Obama continue à s’aliéner de nombreux pays amis autour de la planète, un nombre croissant de voix remettent en question la toute-puissance du dollar américain dans le commerce mondial. Il y a quelque temps, nous avions décrit comment la Russie s’est lancée dans sa stratégie de « dé-dollarisation », avec en particulier Gazprom qui demande maintenant à ses grands clients de payer dans des monnaies autres que le dollar. Mais ceci ne concerne plus seulement la Russie. Comme vous lirez de ci-dessous, la Chine et la Corée du Sud viennent de signer un accord majeur pour faciliter leurs échanges commerciaux en utilisant entre eux leurs propres monnaies nationales, et les Français évoquent maintenant leur besoin d’utiliser « moins de dollar et plus d’euro ».

John Williams, de « shadowstats », un site de compilation de statistiques, a récemment souligné que la situation n’a « jamais été plus sombre » pour le dollar américain et sa vision semble se confirmer. La puissance du dollar avait jusqu’à présent permis aux États-Unis de jouir artificiellement d’un niveau de vie extrêmement élevé pendant des décennies : à partir du moment où cette puissance est remise en question, des risques majeurs pour l’économie américaine vont faire surface. Dans des années futures, la valeur du dollar risque ainsi de baisser considérablement et toutes les marchandises et matières premières importées remplissant les magasins deviendront beaucoup plus onéreuses, entrainant de ce fait une hausse des coûts de productions. Emprunter reviendra également beaucoup plus cher au gouvernement fédéral. Malheureusement, avec la bourse américaine atteignant de nouveaux records historiques, et des médias vantant les succès infinis d’un rétablissement économique, la plupart des Américains ne prêtent aucune attention à ces problèmes monétaires.

Le géant pétrolier français Total, une des plus grandes entreprises d’énergie dans le monde, a déclaré récemment, selon Reuters, qu’il « n’y a aucune raison de payer le pétrole en dollars ». « Se passer entièrement du dollar ne serait pas réaliste, mais ce serait bon si l’euro était davantage utilisé », a précisé aux journalistes le PDG du groupe. « Le fait que les prix du pétrole soient cotés en dollars ne signifie par que les paiements doivent être effectués dans cette devise ».

Si le PDG de Gazprom avait fait une telle déclaration cela n’aurait étonné personne. Mais venant d’un haut PDG de français, cela aurait été impensable il y a encore une décennie. Rappelons que les guerres en Libye et en Irak ont commencé comme cela. Rappelons aussi que tout le pétrole et le gaz naturel de la planète sont achetés et vendus en dollar américain depuis les années 1970 et ceci est un arrangement que le gouvernement américain a traditionnellement défendu par tous les moyens possibles. Maintenant que la Russie a cassé le monopole du pétrodollar, la crainte de remettre en question la toute-puissance du dollar semble se dissiper, à ce point que même des représentants gouvernementaux français (Michel Sapin, Ministre des finances et des comptes publics) ne se privent plus d’en discuter ouvertement : « nous vendons nos avions en dollars : est-ce vraiment nécessaire ? Je ne le pense pas. » Restant prudent afin d’éviter de brusquer ses alliés, Michel Sapin a précisé que « Ceci n’est pas un combat contre l’impérialisme du dollar… ». C’est pourtant exactement de quoi il s’agit.

Pourquoi les responsables politiques français sont-ils soudainement si agressifs ?

Peut-être parce les États-Unis viennent d’infliger à notre plus grande banque une amende de 9 milliards de dollars ? S’ajoutant au scandale récent des écoutes et des agents doubles américains, dévoilés par Edward Snowden. S’ajoutant à la stratégie de la tension menée vis-à-vis de la Russie, les relations américano-russes étant sans doutes les plus mauvaises depuis la fin de la guerre froide…

« Nous avons beaucoup travaillé sur un accord d’échange rouble-yuan pour faciliter les financements commerciaux. J’ai une réunion la semaine prochaine à Pékin… » a négligemment déclaré le chef de la banque de Russie la semaine dernière et avant de laisser tomber une autre bombe : « nous discutons avec la Chine et nos partenaires sur l’établissement d’un système d’échanges multilatéraux qui permettront de transférer des réserves monétaires d’un pays à un autre si nécessaire. »

Il semble que le Kremlin ait choisi l’approche tout-en-un pour établir son alliance anti-dollar. Les échanges de devises entre les banques centrales des BRICS faciliteront le financement des échanges commerciaux en contournant totalement le dollar. En même temps le nouveau système agira aussi comme un remplacement de facto du FMI, car il permettra à ses membres de financer les pays plus faibles. Et en bonus induit par ce système “de quasi-FMI”, les BRICS pourront utiliser une partie (très probablement “la partie de dollar”) de leurs réserves monétaires pour soutenir le cours de leur monnaie.

Pour sa part, la Chine vient d’annoncer qu’un accord a été signé avec la Corée du Sud, accord qui permettra des échanges commerciaux plus directs entre les deux nations, en utilisant leurs propres monnaies nationales.

La Banque centrale Chinoise a autorisé la Banque de Communications, le cinquième plus grand prêteur du pays, a convertir du Yuan dans la capitale de la Corée de Sud, suite à la visite du Président Chinois, Xi Jinping vendredi dernier.

Sources : Bloomberg / Le Figaro / Shadowstats

Crédit photo : Tddy via Flickr (cc)