Les « identitaires » sortent de l’ombre, un article censuré du Dauphiné Libéré

Les « identitaires » sortent de l’ombre, un article censuré du Dauphiné Libéré

Source (article supprimé) : ledauphine.com / version en cache : webcache.googleusercontent.com – Génération identitaire, mouvement d’ultra-droite, surfe sur les incidents consécutifs aux matchs de l’Algérie. Qui sont ses militants ?

Une campagne « anti-racailles » en gilet jaune pour « sécuriser le métro » à Paris, Lyon, Lille… Un rassemblement « anti-racailles » le soir du match Algérie-Russie à Lyon, mais interdit par la préfecture. En quelques actions visibles, savamment orchestrées via les réseaux sociaux, le mouvement d’extrême droite Génération identitaire, version jeunesse du Bloc identitaire, a réussi à faire parler de lui. Le groupe d’ultra-droite est un habitué des opérations chocs. Fin 2012, 60 militants avaient occupé le toit d’une mosquée à Poitiers afin de « protester contre l’islamisation de la France ». Ces derniers mois, Génération identitaire semble chercher une forme de respectabilité pour élargir sa base sans faiblir sur ses « fondamentaux » (lutte contre l’islam et l’immigration, combat contre l’insécurité et le mariage pour tous, défense de la nation française). « Ils laissent tomber les références racistes, nazies, antisionistes, et communiquent sur le modèle Greenpeace du happening. Ils sont faibles numériquement, mais ont compris qu’à dix gars en blouson jaune, on peut faire une action relayée dans le monde entier », explique l’historien Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites et coauteur de « Dans l’ombre des Le Pen » (Éd. Nouveau Monde).

« Ils provoquent, divisent »

Créé en 2002, le mouvement connaît « un essor depuis 2007 », décrit Pierre Larti, responsable des jeunes identitaires parisiens (surnommés « Apaches »). Rasé de près, sportif, il cite comme références culturelles le trio Audiard-Piaf-Blondin. Ils seraient, d’après ses chiffres, entre 800 et 1 000 membres recensés dans l’Hexagone plus des « milliers de fans sur Facebook ». Leur page connaît, ces jours-ci, des pics de fréquentation « avec les matchs de l’Algérie ». Génération identitaire revendique ce côté « sulfureux, inné et acquis », selon Pierre Larti. Pas d’improvisation. Rigueur quasi-militaire : « On n’est pas là pour s’amuser ». Un rassemblement anti-racailles ? Le mouvement flirte avec la loi, il en joue.

Le ministre Bernard Cazeneuve avertissait le 3 juin dernier : « En démocratie, le maintien de l’ordre appartient à ceux qui ont des prérogatives de puissance publique. Ces groupes d’extrême droite sont là pour provoquer, pour diviser ». Juridiquement néanmoins, il est impossible de les dissoudre ou même d’interdire leurs patrouilles du moment qu’il n’y a pas de voie de fait.

Ces identitaires sont-ils le côté obscur du FN ? C’est le parti dont il se sent le plus proche, mais « les relations sont en dents de scie ». Il existe en tout cas une porosité : des élus locaux du FN sont des ex-identitaires. Pierre Larti estime que le parti d’extrême droite manque de cadres, contrairement à son mouvement. Le FN est utilisé comme « un outil, une marque, et dans le même temps, tire les fruits de nos actions. Mais, dans une logique électoraliste, le FN est trop timoré et doit être plus clair sur les thèmes sociétaux ».

Ce soir, après le match Allemagne-Algérie il se rendra sur les Champs-Élysées, avec des militants. Sans doute pas pour « s’amuser ».