Identité et décroissance – par Guillaume le Carbonel

Identité et décroissance – par Guillaume le Carbonel

26/06/2014 – PARIS (NOVOpress)
Il est une évidence qu’on ne martèle guère suffisamment dans les rangs identitaires : notre combat politique est une guerre à mort contre le capital et la société marchande. C’est une chose dont il faut être intimement convaincu. Ceux qui pensent qu’un réformisme de la logique capitaliste est possible se trompent. On ne réforme pas un système viscéralement mortifère.

Certains penseurs radicaux ont très bien défini ces phénomènes. Notre société postmoderne est minée de l’intérieur par une économie de croissance qui ne tourne plus que sur elle-même. Il y a longtemps déjà que la valeur d’usage a laissé place à la valeur d’échange, que le système génère l’accumulation de marchandises non utiles et seulement destinées à être vendues. Ce système, fondé sur la démesure, ne connaît plus aucune limite dans aucun domaine. Nous sommes entrés dans l’ère de la croissance pour la croissance, de l’accumulation illimitée du capital que le phénomène de globalisation ne fait qu’accentuer.

Serge Latouche(1) (photo) a montré que la société de croissance se base sur toute une série d’illimitations : dans la production (destruction des ressources), dans la consommation (créer artificiellement des besoins) ou encore la production de déchets. Il en est une qui pourrait passer pour secondaire et pourtant : l’illimitation politique et culturelle revêt une importance capitale. C’est la destruction méthodique de toutes les cultures, l’arasement des frontières et des barrières qui forment les identités, au nom de l’homogénéité planétaire.

Toutes les coutumes et traditions, nous dit Hervé Juvin(2), toutes les frontières et structures sociales ne sont que des « empêchements à commercer librement ». Le capital allié au progressisme effréné nous entraîne vers un marché mondial des hommes. L’immigration de masse n’est pas un hasard. La croissance repose sur une création anthropologique : l’homo economicus, sorte de consommateur illimité par addiction consumériste. Seuls ses intérêts le portent, il est le fruit de ses seules volontés et désirs. Notre époque est celle de l’avènement d’un homme nouveau, sans racines, sans origines, sans liens communautaires, rappelle Hervé Juvin. C’est tout l’intérêt du capital que de déplacer les individus là où il y a du travail et là où ils seront utiles.

Serge Latouche dénonce ainsi ce qu’il nomme le piège de la mondialisation : sa prétention à se présenter comme une culture de toutes les cultures et à dissimuler ses véritables intentions. La culture universelle n’existe pas. La culture n’existe que si elle est plurielle. De même, l’identité n’existe que dans l’altérité. Comme le dit Alain de Benoist, « l’universel s’atteint à partir de la singularité »(3). La culture mondiale est un leurre. Latouche brocarde la « fureur universaliste », phénomène ethnocidaire qui détruit la réalité d’une société humaine plurielle. Jean-Claude Michéa ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « la métaphysique du progrès et du sens de l’histoire » à l’origine de la gauche historique(4) : c’est le triomphe de l’idéologie de la pure liberté qui égalise tout. C’est aussi tout le problème des nouvelles thèses transhumanistes.

Qu’on ne s’y trompe pas ! L’immigration qui touche tous les pays européens est une immigration de remplacement destinée à redynamiser économiquement les régions vieillissantes et à accueillir le « trop plein » des populations d’Afrique du nord et subsaharienne. Hervé Junin cite à cet égard les mots de Peter Sutherland souhaitant « détruire l’unité interne des nations européennes » afin de faciliter le commerce mondial. Mais cette immigration n’est qu’un symptôme.

Ce que tout militant identitaire doit comprendre c’est que s’opposer à l’immigration massive c’est combattre le système capitaliste et sa logique de l’accumulation illimitée. Une opposition identitaire (éloge de la diversité et maintien des identités) se doit de penser un dépassement du capitalisme. La question du monde dans lequel nous souhaitons vivre reste posée. Le lien social et le principe communautaire ne pourront se retrouver qu’en dehors d’une logique d’exploitation des classes populaires par des minorités contrôlant la richesse, le pouvoir et l’information.

Nous savons depuis le rapport du Club de Rome de 1972, que la poursuite indéfinie de la croissance est incompatible avec les fondamentaux de la planète(5).

Aujourd’hui, le clivage n’est plus entre la gauche et la droite. Michéa a récemment démonter cette mise en scène que les partis du système ont tout intérêt à maintenir. Le clivage se situe désormais entre, comme le dit Alain de Benoist, « les partisans (d’où qu’ils viennent) et les adversaires (d’où qu’ils viennent) du capitalisme mondialisé comme système d’emprise et de déshumanisation totale »(6).

Sortir de la logique de l’accumulation illimitée du capital, destructrice des identités, lutter contre « les drogués du productivisme », c’est sortir de la société de croissance au profit d’une société soutenable, plus humaine, créatrice de lien social et respectueuse de la biosphère. Serge Latouche parle d’une société de « sobriété volontaire ». L’heure est aux objecteurs de croissance, pour reprendre la belle formule de Valéry Giscard d’Estaing, c’est à dire à ceux qui courageusement optent pour un abandon de la religion de la croissance.

Le capitalisme s’est mué en système global. C’est sur tous les fronts que nous devons l’attaquer. C’est à ce prix que nous pourrons recouvrer la plénitude de notre identité que le capital cherche à nous soustraire.

Guillaume le Carbonel

Crédi photo : cinemich via Flickr (cc).

——————–
1) L’âge des limites, Mille et une nuits, 2012
2) La grande séparation, Gallimard 2013
3) « En finir avec le  “racisme” », Eléments N°149 octobre/décembre 2013
4) Les mystères de la gauche, Climats 2013
5) in Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Mille et une nuits, 2007
6) “Le crime de Jean-Claude Michéa”, Elements N°149 octobre/décembre 2013