Offensive djihadiste en Irak : les chrétiens vont‑ils disparaître ?

Offensive djihadiste en Irak : les chrétiens vont‑ils disparaître ?

15/06/2014 – PARIS (NOVOpress via Kiosque courtois)
Après quelques jours d’une attaque extrêmement rapide, les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) sont à moins de 100 km de Bagdad. Ils ont pris plusieurs grandes villes dont Tikrit et Mossoul, deuxième ville du pays avec 1.5 million d’habitants. Les combattants contrôlent une grande partie du nord et de l’est de l’Irak, s’approchant des zones pétrolières de Kirkouk, sans avoir pour le moment attaqué la zone kurde.

Qui sont les combattants de l’EIIL et quel est l’enjeu du conflit ?

L’EIIL (drapeau en Une) est un groupe dissident d’Al‑Qaida connu pour sa sauvagerie et présent d’abord en Syrie avant de se retourner vers l’Irak. La facilité avec laquelle ils s’y déploient révèle la faiblesse de l’Etat irakien laissé en place par les Américains. Le gouvernement irakien a concentré le pouvoir dans les mains des chiites, et écarté les sunnites, notamment en licenciant les cadres de l’armée et de la police, dont certains ont aujourd’hui rejoint les rangs de l’EIIL. L’objectif des djihadistes est d’établir un califat sunnite englobant l’Irak, la Syrie voire plus. Le conflit pourrait donc s’étendre, et même prendre des proportions mondiales si l’Iran entre dans le conflit pour soutenir les chiites.

Quelles sont les réactions ?

Les Etats‑Unis se disent inquiets, mais refusent d’envoyer des troupes au sol ; ils pourraient éventuellement envoyer des drones. La France et les autres pays occidentaux suivent cette ligne pourtant paradoxale : comment ne pas voir que le soutien affiché aux insurgés syriens sous‑traité aux régimes musulmans du golfe a largement alimenté le développement de ces mouvements armés islamistes ?

Quelles sont les conséquences sur la population ?

Elles sont déjà terribles, et on risque une guerre civile sanglante si Bagdad est prise, car les chiites seront massacrés.

Ces derniers jours, 500 000 personnes ont fui Mossoul devant l’avancée des djihadistes. Elles se dirigent vers l’est en direction du Kurdistan, mais la plupart sont refoulées et se trouvent aux alentours de Karakosh. Cette ville chrétienne de la plaine de Ninive n’a pas les moyens de les nourrir et de les défendre, et les ONG redoutent une grave crise sanitaire.

Quelle est la situation des chrétiens ?

Les chrétiens sont présents depuis toujours en Irak, mais depuis la guerre, leur nombre ne cesse de diminuer. A Mossoul, il y avait 35 000 chrétiens, en 2003, 3 000 ces derniers temps ; depuis deux jours, il n’y en a plus un seul. C’est une importante minorité prise entre les deux feux chiite et sunnite, tantôt bouc émissaire, tantôt allié stratégique.

Dans tout le Proche‑Orient, les chrétiens jouent un rôle essentiel dans le dialogue entre les différentes confessions, contribuant au maintien de la paix. Aujourd’hui, la plupart ont quitté le pays ou cherchent à partir, quand ils ne sont pas persécutés par les djihadistes voulant imposer la charia. Leur disparition serait catastrophique, et malheureusement l’Occident se tait, à commencer par la France.

Il faut toutefois saluer l’action de deux jeunes associations françaises qui collectent actuellement des dons pour envoyer des médicaments aux réfugiés : « Fraternité en Irak » et « SOS Chrétiens d’Orient » présidée par notre ami Benjamin Blanchard.