Réorganisation territoriale : un absurde puzzle (Présent 8118)

Réorganisation territoriale : un absurde puzzleJusqu’à dimanche dernier François Hollande annonçait la création d’une douzaine de « super-régions », pour remplacer les vingt-deux existants actuellement. Foin des récalcitrants – pour la plupart présidents de conseils socialistes, puisque le PS détient 21 régions sur 22 – qui parlaient de mariages forcés et menaçaient de dire non le jour des noces. Finalement les fusions ont été revues à la baisse. Le « grand acte administratif du quinquennat, destiné à moderniser le pays et dégager des économies » a rapetissé en quelques heures, au cours d’un « ultime sommet » improvisé dans l’urgence lundi soir : il se limitera, tous comptes faits, à quatorze régions métropolitaines. Toujours ce syndrome de l’acte manqué…

Des maquignonnages ont eu lieu jusqu’à la dernière minute. Avec notamment les présidents de région les plus influents. Ou les plus proches de l’actuel président de la République. Ainsi, après maintes tergiversations, Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, ancien président de région et « ardent défenseur de la spécificité bretonne » a réussi à sauvegarder l’autonomie de la Bretagne. Celle-ci demeurera célibataire. De même que la région Nord-Pas-de-Calais dont Martine Aubry refusait obstinément qu’elle soit « fusionnée avec aucune autre ». Pas le moment, quand on ne pèse plus que 3 % d’électeurs satisfaits, de fâcher celle « qui reste une grande voix chez les militants socialistes », certains au PS considérant même la « dame des trente-cinq heures » comme « porteuse d’une alternative à la politique socialo-libérale de l’actuel gouvernement ». Et tant pis si la « petitesse » du Pas-de-Calais, ridiculement disproportionnée au gigantisme du Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, donne à cette réforme sans cohérence un côté Laurel et Hardy, où de grosses et opulentes régions côtoieront des toutes malingres.

« Grand Bazar » et « petits arrangements »

Ségolène Royal, avec la vaste fusion entre le Centre, le Poitou-Charentes et le Limousin n’est pas trop mal servie. Même si Mme le ministre de l’Ecologie n’a pas obtenu – il s’en est fallu de peu – les Pays de la Loire comme elle le désirait. Jean-Marc Ayrault y était opposé. Selon le président socialiste de cette région, Jacques Auxiette, le débat a viré chez lui à la « pantalonnade ».

Pantalonnade, incohérence, arbitraire, bazar… Ce redécoupage de régions à la va vite, exécuté dans la précipitation et agrémenté par des tractations orientales de marchands de tapis est en somme à l’image de François Hollande et de la politique désordonnée et incompréhensible qu’il conduit depuis deux ans. Ces fusions artificielles et fantaisistes, sans cohérence historique, relevant pour la plupart d’entre elles du fait accompli, fédèrent contre le chef de l’Etat, à droite comme à gauche, une majorité d’élus mécontents.

Résumons : les pays de la Loire, la Bretagne, l’Aquitaine, le Nord-Pas-de-Calais, la Corse, l’Ile-de-France et Provence-Alpes-Côte d’Azur « conserveront leurs frontières actuelles ». En revanche fusionneront, pour le pire et le meilleur : le Poitou-Charentes avec le Centre et le Limousin, la Basse et la Haute-Normandie, l’Alsace et la Lorraine, la Picardie et la Champagne-Ardennes, l’Auvergne et Rhône-Alpes, la Bourgogne et la Franche-Comté, Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon. On croirait assister à l’un de ses mariages collectifs qu’organise, au cours de grands spectacles médiatiques, la secte Moon.

Ce remodelage des régions par le révérend pépère marque l’échec de la décentralisation réalisée il y a trente ans par François Mitterrand et Gaston Defferre. Contrairement à son ministre de l’Intérieur, le président Mitterrand n’y croyait guère. Mais l’idée de la régionalisation, née sous Giscard, était alors à la mode. En bon démagogue, François Mitterrand avait donc consentie à cette lubie, dans une perspective de calculs politiciens. Dans les faits, les régions ont créé avec les conseils généraux de nombreux, d’inutiles et dispendieux doublons, contribuant à dégrader les finances publiques et à épaissir de manière toujours plus indigeste le millefeuille administratif.

Le gouvernement a également programmé la disparition « progressive » mais définitive, – fin 2020, – des conseils généraux, qui constituaient eux, en quelque sorte, depuis Bonaparte, l’armature administrative de la nation jacobine. Un anéantissement logique d’ailleurs de la part de sociaux démocrates pro-européens souhaitant la fin des Etats-Nations. Avec la chimère des « mégarégions » le pouvoir s’éloigne un peu plus des citoyens mais se rapproche toujours davantage des structures souhaitées par l’Union Européenne. Les Français n’aiment pas cette dernière ? Hollande va peut-être réussir à leur faire détester tout autant leurs propres régions.

Petit détail non négligeable : ce redécoupage permettra tout de même à la gauche d’atténuer aux élections régionales de 2015 un nouveau recul électoral. Du moins le croit-elle. Dans tout projet de François Hollande, cherchez la magouille politicienne : elle n’est jamais bien loin !

Jean Cochet

Crédit image : Gtaf, via Wikipédia, (cc).


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