Ukraine : on a bombardé Tripoli, pourquoi pas Kiev ? Tribune de Jean Bonnevey

Ukraine : on a bombardé Tripoli, pourquoi pas Kiev ? Tribune de Jean Bonnevey

Ci-dessus : L’opération militaire alliée en Libye, lancement d’un missile Tomahawk par le destroyer USS Barry en 2011.

Certaines populations n’intéressent pas la communauté internationale !

Décidément démocratie rime de plus en plus souvent avec hypocrisie. Les civils ukrainiens de l’est du pays n’ont-ils pas la même valeur que les civils libyens de l’est de leur pays ? Il faut tout de même rappeler le prétexte qui a permis le bombardement de Tripoli, l’intervention militaire puis l’élimination physique de Kadhafi. Il s’agissait de protéger des populations civiles qui ne reconnaissaient plus le pouvoir de Tripoli face à l’intervention d’une armée très supérieure aux milices armées de l’est.

Les similitudes avec ce qui se passe depuis quelques jours en Ukraine sont tout de même assez frappantes. Il est évident qu’on laisse faire l’oligarque mis en place avec la complicité des Usa et de l’Europe car les civils menacés par la répression de l’armée sont des méchants qui préfèrent Moscou à Bruxelles. Notre droit d’ingérence au nom des grandes valeurs et des immenses principes est bien à géométrie variable.

Ukraine : on a bombardé Tripoli, pourquoi pas Kiev ? Tribune de Jean Bonnevey

Des habitants de Donetsk (Ukraine) affichent leur soutien aux séparatistes

Le nouveau président élu par l’ouest du pays n’a pas le profil d’« un grand démocrate ». Patron d’un grand groupe chocolatier, déjà deux fois ministre dans des gouvernements précédents, Petro Porochenko, âgé de 48 ans, est un président oligarque, un homme des marchés. Il  doit absolument renouer avec Moscou pour apaiser l’est de l’Ukraine, c’est son  devoir et sa responsabilité. Pour l’heure, il a choisi de lancer l’armée à l’assaut de l’aéroport international de Donetsk, la grande cité de l’Est industriel aux mains des séparatistes. Ce n’est pas pour ça qu’il a été élu.

M. Porochenko ne doit pas se tromper non plus sur le mandat qui lui est confié. Certes, les électeurs approuvent ses orientations européennes mais le mouvement de Maïdan, avant d’être pro-européen, était d’abord une immense protestation contre un système de gouvernement. Or Petro Porochenko vient de ce monde-là, même s’il l’a, par opportunité et calcul, combattu ces derniers mois. C’est un bien étrange président que l’ouest soutient contre les populations pro-russes.

L’attitude de la Russie apparaît aujourd’hui comme bien plus responsable.

La Russie appelle à l’arrêt immédiat des violences en Ukraine, alors que les combats, opposant l’armée aux insurgés pro-russes pour le contrôle de l’aéroport de Donetsk, dans l’Est du pays, ont fait au moins une quarantaine de morts supplémentaires du côté des forces de Kiev et une trentaine du côté des pro-russes. Lors d’une conversation téléphonique avec le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, « Vladimir Poutine a souligné la nécessité d’arrêter immédiat l’opération punitive de l’armée dans les régions du Sud-est et de mettre en œuvre un dialogue pacifique entre Kiev et les représentants des régions ukrainiennes », a indiqué le Kremlin dans un communiqué.

« La tâche numéro un et le test de la solidité des autorités à Kiev, vu le résultat de l’élection présidentielle, est l’arrêt immédiat de l’emploi de l’armée contre la population et l’arrêt par toutes les parties de toute violence », avait déclaré plus tôt le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov lors d’une conférence de presse.

Qu’en pensent les démocraties qui soutiennent l’oligarque du chocolat qui venait du froid ?

Jean Bonnevey

Source : Metamag.

Crédit photo en Une : Mass Communication Specialist 3rd Class Jonathan Sunderman, via Wikipédia, domaine public. Crédit photo dans le texte : DR.