Du 18 au 24 août, UdT d’Academia Christiana à Sées (Orne), interview du président de l'association

Du 18 au 24 août, UdT d’Academia Christiana à Sées (Orne), interview du président de l’association

26/05/2014 – PARIS (NOVOpress)
Du 18 au 24 août, UdT d’Academia Christiana à Sées (Orne), interview du président de l'associationVictor Auber a 25 ans et suit un Master de Philosophie à Paris IV Sorbonne. Il est le président de l’association Academia Christiana – qui organise en août une UdT que Novopress a déjà présentée -, dévouée à la formation intellectuelle et à la promotion de l’engagement politique chez les jeunes catholiques.

Bonjour Victor, pouvez-vous présenter votre association ?

Créée en 2013 avec un groupe d’amis, elle a pour but exclusif la formation des jeunes générations. Nous avions constaté que beaucoup de jeunes autour de nous n’étant pas de mauvaise volonté manquaient beaucoup de culture (religieuse, philosophique). Ayant pour notre part reçu beaucoup par nos études, nos lectures et des personnes auxquelles nous devons beaucoup, nous voulions essayer de mettre les trésors qui nous avaient été transmis à la disponibilité de tous en essayant de les présenter dans une formation synthétique qui puisse donner une véritable colonne vertébrale à ceux qui se sentaient intuitivement attachés à ce patrimoine, mais sans vraiment pouvoir l’appréhender de manière structurée avec une vue d’ensemble parce qu’ils leur manquaient des connaissances ou des principes hiérarchisés qui permettent de saisir les choses avec cohérence.

Pourquoi une formation « spirituelle, philosophique et politique » comme l’indique l’affiche sur votre site ?

Spirituelle, car l’homme n’est pas qu’un animal dont les besoins le réduisent à être un consommateur égoïste.

Philosophique, car nous avons besoin d’ordonner nos connaissances, d’appréhender le réel sans être perturbé par toutes les idéologies ambiantes par lesquelles nous avons été formatés, d’être capable de raisonner avec cohérence, d’argumenter en déjouant certains pièges intellectuels, et surtout parce que la culture européenne est éminemment une culture de l’esprit avec laquelle nous devons nous (re-)familiariser.

Enfin politique, car nous vivons au cœur de la Cité : ne se préoccuper que de philosophie reviendrait à une forme d’individualisme. J’aime beaucoup cette citation du Pape François à ce sujet :

« S’impliquer dans la politique est une obligation pour un chrétien, nous ne pouvons pas « jouer à Ponce Pilate », nous en laver les mains : nous ne pouvons pas ! Nous devons nous impliquer dans la politique, parce que la politique est l’une des formes les plus élevées de la charité, parce qu’elle recherche le bien commun. »

À qui s’adresse votre université d’été ?

L’an dernier nous avons accueilli une quarantaine de jeunes entre 18 et 30 ans avec des profils assez variés, nous nous adressons vraiment à tous les jeunes qui désirent se former, catholiques ou non. Notre réseau de communication, malheureusement, est assez restreint car beaucoup dans l’Église voient d’un mauvais œil le fait que des catholiques questionnent le thème de l’identité, mais nous sommes convaincus que l’identité sera le problème majeur du XXIème siècle comme en témoignent de façon récurrente les débats d’aujourd’hui.

Le niveau de formation est accessible à tous car nous proposons des ateliers au choix pour débutants et initiés.

Nous sommes parrainés par la Fraternité Saint Pierre qui est une communauté de prêtres traditionalistes en plein accord avec Rome. Certains pensent que nous sommes sectaires : bien au contraire, les jeunes prêtres et séminaristes qui accompagnent notre université d’été ont des parcours très variés ainsi qu’un véritable soucis d’accueil vis à vis de ceux qui découvrent ce patrimoine traditionnel vivant de l’Église.

Quel regard portez-vous sur la Manif Pour Tous et les initiatives parallèles ?

Dans notre logique nous essayons de voir les choses comme un puzzle, chaque initiative correspond à une pièce, elles peuvent en apparence avoir des buts différents, mais nous pensons plutôt que chacune vise le même but avec des moyens distincts et qui ne sont pas contradictoires, chacun apporte ce qu’il peut dans le grand mouvement de reconstruction sociale, politique, culturelle et spirituelle de l’Occident.

Notre souci, c’est l’unité. Jamais nous n’irons tirer dans les pattes d’associations sous prétexte qu’elles ne sont pas exactement conformes à ce que nous présentons. D’autre part, nous nous considérons comme une œuvre de formation, et donc conscients de nos limites, n’ayant pas les reins assez solides pour porter des actions de terrain, nous voulons encourager les participants de l’UDT à se diriger vers des projets d’action qui leur conviennent, et là dessus nous avons l’esprit assez ouvert (création d’écoles, projets culturels, journalisme, militantisme hors champ électoral, engagements politiques…).

Nous essayons, en dehors des conférences données lors de l’UDT, de maintenir une sorte d’effervescence d’idées et de discussions entre les participants, afin d’entretenir une atmosphère de laboratoire d’initiatives. Nous pourrions faire nôtre la célèbre devise : « Ils s’instruisent pour vaincre».

Les catholiques peuvent-ils « gagner » en politique ?

Je n’aime pas trop ce genre de formules, je préférerai plutôt dire que les catholiques peuvent et doivent participer en tant que catholiques (en cohérence avec leur foi) à la politique. « Gagner en tant que catholique », je ne vois pas vraiment ce que ça voudrait dire.

Bien sur nous espérons qu’un jour, après peut-être plusieurs siècles de combat, la société se rechristianisera, mais cela ne se fera pas que par le haut. Les catholiques doivent se battre pour le bien commun, c’est à dire le bien de toute leur société, cela comprend des dimensions profanes à commencer par exemple comme la lutte contre la pauvreté. Bien évidemment, il faut aussi que les catholiques insufflent en politique une élévation morale et spirituelle, mais ils peuvent le faire avec l’aide d’autres forces qui opèrent peut-être sans le savoir avec les même principes civilisationnels, je pense ici aux nombreuses mouvances patriotiques.

Du 18 au 24 août, UdT d’Academia Christiana à Sées (Orne), interview du président de l'associationVous publiez sur les réseaux sociaux des visuels siglés « ça c’est l’Europe », qu’est-ce que cela signifie ?

Qu’on le veuille ou non, nous vivons tous dans un certain cosmopolitisme, la mondialisation a détruit toutes les frontières qui existaient encore il y a un siècle, les repères culturels sautent, et les générations d’aujourd’hui grandissent dans des univers complètement flou ; ce mouvement risque probablement de s’accélérer. À partir de là ? il y a plusieurs scénarios possibles : l’humanité convergera vers une forme de culture globale, sorte de grand brassage reposant sur une éthique de la consommation et de l’hédonisme, ou bien la mondialisation aura pour effet de réactiver avec encore plus d’ardeur qu’au XXème siècle des crispations identitaires qui déboucheront sur un choc des civilisations.

Peut-être que le seul moyen pour éviter le pire est de reprendre conscience de notre identité car elle nous permet de « calmer le jeu : comprendre » que l’identité européenne est avant tout le souci de l’âme, le souci d’être… Cette identité n’est pas un mythe, elle est le fruit de plus de deux mille ans de civilisation, et cette civilisation est particulière. Cela implique donc de saisir les limites de l’Europe et de maintenir ces limites car elles seules garantissent la paix.

On veut nous faire croire aujourd’hui qu’en étant des « identitaires », nous sommes des partisans féroces du choc des civilisation. Bien au contraire, l’universalisme abstrait qui ne tient pas compte du particularisme des identités en prétendant construire un paradis sur terre nous conduit en réalité au pire des affrontements.

Il nous paraît donc particulièrement important qu’aujourd’hui notre jeune génération vienne se former. Academia Christiana propose une initiation qui, à défaut d’être exhaustive, donne une bonne vue d’ensemble afin de servir de base à d’autres engagements !

Sur le teaser de votre UDT, vous appelez les jeunes Français à « devenir les Cristeros du 3e millénaire ». Qu’entendez-vous par là ?

Si l’on regarde dans un passé proche l’action politique des catholiques français, on est forcé de constater que, pour la plupart d’entre eux, elle s’est concrétisée en une succession d’abandons au profit de la droite libérale ou républicaine. Il y a eu des tentatives intéressantes sur le plan intellectuel telle que la Cité catholique mais qui en sont restées à un niveau théorique.

En donnant une formation politique consistant principalement dans un apprentissage philosophique éclairant les notions de Bien commun, de loi, de régime politique, nous donnons simplement une armature intellectuelle, nécessaire pour toute personne, catholique ou non, désirant faire de la politique, mais insuffisante en ce sens qu’elle reste silencieuse sur les moyens à prendre.

Nous voulons donc que les jeunes conscients de l’insuffisance qu’il y a dans le fait d’être bien formé passent à l’action en s’engageant dans des projets concrets qui visent vraiment le Bien commun : cela peut prendre des formes variées mais cela doit toujours se concrétiser dans l’action.

Aujourd’hui, beaucoup de catholiques sont ou de bons théoriciens de salon, ou engagés dans projets qui ne servent pas réellement, ou alors de façon très éloignée, le bien de la France.

Être un Cristeros du IIIème millénaire, pour moi, cela voudrait donc dire que le fait d’être catholique implique d’être conscient de ses devoirs politiques, et si cela peut se faire de manière intelligente, tant mieux !

 Craignez-vous qu’un jour les catholiques n’aient plus d’autre choix que de prendre les armes pour défendre leur foi, leurs familles et leur(s) Eglise(s) ?

Oui je le crains. Et j’espère que ce jour, s’il doit arriver, arrivera le plus tard possible, nous ne devons pas espérer un tel jour, ce serait horrible, mais ce ne serait pas la première fois dans l’histoire que cela arrive (Vendée, Cristiada mexicaine, Liban…).

Je ne vais pas reprendre ici ce que dit la doctrine catholique sur l’usage de la force, je vous renvoie pour cela au catéchisme de l’Église Catholique ou à St Thomas d’Aquin. Mais pour lever les objections courantes sur ce sujet, comprenons que l’usage de la force a toujours été un devoir lorsque des plus faibles étaient menacés. Autrement dit, dans certains cas, ne pas prendre les armes revient à laisser faire des massacres, et il est aussi possible que dans certaines situations la prudence nous incite à anticiper de manière lointaine une catastrophe par une réaction musclée ayant toujours pour but d’éviter un mal plus grand.

Nous pressentons dès aujourd’hui des tensions qui pourraient se transformer demain en guerre civile. Nous avons vu l’an dernier en France comment la police d’un pays de tradition chrétienne était capable, par obéissance à des ordres idéologiques, de violenter des manifestants pacifiques. Nous voyons dans les pays musulmans comment des communautés chrétiennes historiques sont exterminées dans une violence inouïe.

Même si, aujourd’hui, tout le monde, y compris dans l’Église, s’aveugle devant la montée de l’Islam en Europe, il ne faudra pas s’étonner si dans quelques années ces conflits larvés se transforment en guerres de religions. Je ne veux surtout pas attiser la haine, mais rappelons nous de l’adage «si vis pacem para bellum ».

La formation d’une nouvelle élite politique catholique pourrait participer à la prise de conscience de cette dérive du multiculturalisme et de l’hypermondialisation en prenant le relais de notre élite politique actuelle, et ainsi aider la société à réagir pour éviter autant que possible les terribles conséquences du Grand remplacement.