« Dé-dollarisation » : la Russie veut attaquer la toute puissance du pétrodollar

« Dé-dollarisation » : la Russie veut attaquer la toute puissance du pétrodollar

23/05/2014 – PARIS (NOVOpress) – Le monopole du pétrodollar est-il sur le point de voler en éclats ? Pendant des décennies, les États-Unis ont bénéficié d’un crédit gratuit de milliers de milliards de dollars en tant que monnaie de réserve mondiale et la quasi-totalité du pétrole et du gaz naturel dans le monde a été acheté et vendu en dollars US. Quand l’économie mondiale a tremblé devant la perspective d’un blocage monétaire des États-Unis, seulement évité lorsque Washington a conclu un accord pour relever le plafond de la dette, l’agence officielle chinoise Xinhua a appelé à un monde « des-américanisé ». Et lorsque le gouvernement américain a initié ses sanctions économiques contre la Russie, il n’a probablement jamais imaginé les graves conséquences que cela pourrait avoir pour les États-Unis. Désormais, les médias russes rapportent que le ministère russe des Finances s’apprête à lancer un plan de « dé-dollarisation ».


Au cours de ces dernières années, des pays tels comme la Chine ont ainsi évoqué la nécessité de passer à un nouveau système monétaire sans que personne n’ait vraiment eu une de raisons de bouleverser le statu quo. La Libye et l’Irak l’ont fait, en vendant leur pétrole en Euro pour des raisons politiques, avec les conséquences que nous connaissons, et les interventions militaires américaines visant à récupérer le contrôle des ventes de pétrole. Mais en dix ans, la donne a changé. La lutte pour l’Ukraine a incité la Russie à réévaluer complètement sa relation financière avec les États-Unis. Si la Russie négocie maintenant ses ventes de pétrole et de gaz naturel dans des monnaies autres que le dollar américain, ce sera un coup de massue pour le pétrodollar, et cela pourrait finir par changer radicalement le paysage économique mondial.

Le fait que le gouvernement russe ait récemment tenu une réunion pour « se débarrasser du dollar américain dans les opérations d’exportation russes » devrait être en première page des sites d’information grand public aux États-Unis. Mais nous n’avons rien vu sur les grands réseaux d’information à ce sujet jusqu’à présent. Seul le site francophone « Voix de la Russie » mentionne ce retournement russe.

La presse russe rapporte ainsi que le ministère des Finances du pays est prêt à donner son feu vert à un plan visant à augmenter radicalement le rôle du rouble russe dans les opérations d’exportation, tout en réduisant la part des transactions libellées en dollars. Les sources gouvernementales estiment que le secteur bancaire russe est « prêt à gérer l’augmentation du nombre de transactions libellées en roubles ».

Selon l’agence Prime, le gouvernement a organisé le 24 avril une réunion spéciale consacrée à la recherche d’une solution pour se débarrasser du dollar américain dans les opérations d’exportation russes. Les meilleurs experts du secteur de l’énergie, des banques et les agences gouvernementales ont été convoqués et un certain nombre de mesures ont été proposées en réponse aux sanctions américaines contre la Russie.

La « réunion dé-dollarisation » a été présidée par le premier vice-Premier ministre de la Fédération de Russie, Igor Chouvalov, ce qui montre que Moscou est sérieux dans son intention de cesser d’utiliser le dollar. La Russie a déjà par exemple commencé à mettre en place un système de paiement national permettant de se passer de MasterCard et Visa.

La Chine, prête à s’éloigner de la devise américaine

La Russie va-t-elle vraiment aller jusqu’au bout de son plan ? Il s’agit du plus grand exportateur de gaz naturel et du deuxième plus grand exportateur de pétrole dans le monde. Si la Russie veut mettre fin au monopole du pétrodollar, elle aura besoin de partenaires commerciaux prêts à la suivre dans cette nouvelle révolution. Dans l’article cité ci-dessus de « La Voix de la Russie », sont mentionnés l’Iran et la Chine, deux pays qui pourraient être prêts à faire la transition. Et la visite de Vladimir Poutine à Pékin ce 20 mai laisse supposer que les prochains contrats de gaz et de pétrole qui vont être signés entre la Russie et la Chine seront libellés en roubles ou yuans, et non en dollars.

Pourquoi le pétrodollar est-il si important ?

Tout simplement parce qu’il crée une énorme demande pour le dollar américain dans le monde entier, puisque tout le monde en a besoin pour commercer avec les autres pays. Cela a créé un appétit mondial sans fin pour cette devise. Et plus les échanges internationaux augmenteront comme le souhaitent les États-Unis, plus il y aura de besoins dans une devise de référence.

Voila aussi pourquoi ce dollar artificiellement élevé permet d’importer des milliards de dollars de produits bon marché d’autres pays. Si ces pays cessaient d’utiliser le dollar dans leurs transactions, le niveau de vie Américain s’effondrerait du jour au lendemain : finis les Iphone et produits high-tech peu chers et fini les gigantesques profits pour les distributeurs américains.

En outre, depuis que le dollar américain est de facto la monnaie mondiale, cela génère une demande accrue de leur dette. Les principaux pays exportateurs comme la Chine et l’Arabie saoudite se retrouvent avec des piles géantes de dollars. Au lieu de simplement les laisser dormir ces pays ont tendance à réinvestir leurs dollars en titres facilement négociables comme des bons du Trésor américains. Cela a entraîné une baisse des taux d’intérêt sur ​​la dette des États-Unis au cours des décennies et a permis au gouvernement américain d’emprunter des milliards de dollars pour presque rien.

Toutefois, si le reste du monde commence à s’éloigner de la devise américaine, alors les États-Unis se retrouveraient dans la même situation que l’Espagne ou l’Italie… ce qui est tout simplement impossible car il s’agit bien qu’une question de vie ou de mort.

Face à cette menace de « dé-dollarisation », les États-Unis ont déjà reculé en Ukraine et laissent l’Europe en récupérer les morceaux.

Sources : Zero Hedge / Investment watchblog

Crédit photo : 401(K) 2012 via Flickr (cc)