Sarkozy viserait-il la présidence européenne ? Sa stratégie de retour devient irritante et intrigante

Sarkozy viserait-il la présidence européenne ? Sa stratégie de retour devient irritante et intrigante

Sarkozy, c’est le plat trop long à être servi au restaurant. On le commande car on en a très envie et on est tenaillé par une faim d’enfer. Mais ça tarde trop, alors on sert, pour faire patienter, des amuses gueules et quand le plat arrive, on n’en veut plus, on a plus faim. Il y a dans une partie de la droite une forte attente du retour de Sarkozy présenté comme un président incomparable vis-à-vis de la nullité Hollandaise. Mais même cette droite de nostalgie et d’espérance commence à trouver le temps long et la tactique des petites déclarations présentées comme majeures peu adaptée à un retour gagnant.

Franchement personne n’attendait une déclaration à 4 jours des élections européennes pour nous dire quelle Europe il faut conserver, défendre et faire évoluer. Quel électeur, parmi ceux qui iront (minoritaires) voter a besoin de Sarkozy pour juger Bruxelles ? Mais le but de Sarkozy n’est pas de sauver l’Europe des méchants eurosceptiques, c’est de sauver Sarkozy du mauvais score que son camp va faire au scrutin de Dimanche et peut-être de sauver ses vraies ambitions.

Le pointL’ancien président signe le jeudi 22 mai, une tribune de cinq pages dans l’hebdomadaire Le Point (également publiée dans le quotidien allemand Die Welt), qui marque d’après des commentateurs, un retour dans le débat politique. Encore un. Jusqu’à présent il avait, certes, surtout  parlé de lui, des affaires et de l’acharnement de juges politisés. Maintenant il parle de l’Europe. Se verrait-il président élu d’une Europe réformée, faute de pouvoir être réélu en France ? C’est une hypothèse qui progresse. Car de la France il ne parle pas et c’est pourtant le pays où il voudrait faire son retour.

Y-a-t-il un message caché ? Sarkozy, pour certains proches, se rêve en premier président européen élu au suffrage universel. Ceci expliquerait cela. Cette fois, il est intervenu trois jours avant les européennes mais la forme reste la même : une tribune qu’il a écrite lui-même. «Cela fait plusieurs semaines qu’il l’a rédigée », confie son entourage. L’ancien chef de l’Etat a décidé de parler avant le scrutin du 25 mai, sans suivre les appels à la prudence de son entourage, qui semblent pourtant raisonnables par rapport au paysage politique français. Beaucoup jugeaient risqué de s’engager, alors que le Front national est donné favori du scrutin.  Si l’UMP est devancé par le FN, cela montrera qu’il pèse peu», s’inquiète l’un. «Si le FN finit premier, ce sera un choc. Marine Le Pen pourra dire : « On est plus fort que Sarko », grimace un autre  selon le journal Le Monde. Mais Nicolas Sarkozy n’a pas écouté les proches qui lui conseillaient d’intervenir après l’élection. « Il ne voulait pas donner l’impression d’être dans le calcul et dans la facilité, explique un de ses conseillers. Pour lui, l’enjeu européen est bien plus important que l’ordre d’arrivée de dimanche. » L’enjeu européen pour la France ou l’enjeu personnel pour Nicolas ?

En tout cas, il défini son modèle européen. Il le défini contre les populismes sans convaincre cependant de son utilité pour les peuples tout particulièrement les Français. « Ne laissons ni aujourd’hui ni demain détruire ce trésor ! » Pas question pour autant de se transformer en eurobéat. S’il juge que le projet européen «doit être préservé », l’ex-président estime que «ses dérives doivent être corrigées». C’est pourquoi il appelle à une rénovation en profondeur de l’Union. «Il faut suspendre immédiatement Schengen I et le remplacer par un Schengen II auquel les pays membres ne pourraient adhérer qu’après avoir préalablement adopté une même politique d’immigration », écrit-il. Il investit même le thème de l’assistanat, sensible dans l’électorat de droite, en affirmant qu’une réforme de Schengen permettrait de mettre fin «au détournement de procédure qui permet à un étranger de pénétrer dans cet espace pour y choisir le pays où les prestations sociales sont les plus généreuses». Décidément c’est toujours la même tactique et le FN a beau jeu de la dénoncer.

Marine Le Pen brocarde le «comique de répétition» que constitue à ses yeux la tribune pour l’Europe de Nicolas Sarkozy qui «tous les six mois depuis des années, vient refaire les mêmes promesses aux Français.» «Durcir Schengen ? Nicolas Sarkozy a fait cette promesse quand il était ministre de l’Intérieur entre 2002 et 2007, puis pendant la campagne présidentielle de 2007, puis encore durant son quinquennat à plusieurs reprises, et enfin en 2012 pendant sa seconde campagne présidentielle. Il n’en a bien sûr jamais rien fait, laissant l’Europe devenir une passoire de plus en plus trouée et organisant vers la France une immigration aussi massive qu’avec le PS», dénonce la présidente du FN dans un communiqué.

Nicolas Sarkozy ne veut pas qu’on l’oublie. Il vient au secours d’une armée divisée et en difficulté. Il risque, comme pour les municipales, de démontrer que son  influence est plus médiatique qu’électorale. Une erreur de stratégie… si son but est la reconquête de la présidence française… mais si son objectif est européen, pas étonnant qu’il s’exprime sur l’Europe et si peu sur la France.

Raoul Fougax

Source : Metamag.

Crédit photo : World Economic Forum, via Flickr, (cc).