Montebourg bientôt au FN ? Patriotisme, protectionnisme ou électoralisme

Montebourg bientôt au FN ? Patriotisme et protectionnisme, ou… électoralisme ?

Montebourg bientôt au FN ? Patriotisme, protectionnisme ou électoralismeMontebourg est-il sincère ? Difficile à dire. Sa ligne de conduite est de toute façon intenable. Il prône officiellement un patriotisme industriel proche du retour au protectionnisme. Il est sur une ligne plus bleue marine que rose. Comment pourrait-il rester longtemps dans un gouvernement mondialiste à la botte de Bruxelles ? Sauf si ses coups de menton sont purement de circonstances et électoralistes. Montrer que la France défend ses intérêts nationaux stratégiques face aux américains et à Bruxelles à 10 jours des européennes, cela est tout de même troublant. Finalement dans le décret Montebourg, rien de choquant.

Le gouvernement français brandit l’étendard du patriotisme économique en se dotant d’une nouvelle arme qui pourrait lui permettre de bloquer les visées étrangères sur Alstom, et notamment celles de General Electric qui veut racheter le pôle énergie du fleuron industriel français. Un décret, publié jeudi dans le Journal officiel, étend notamment à l’énergie et aux transports le mécanisme de protection des entreprises stratégiques contre les appétits étrangers, faisant de l’Etat français l’arbitre des négociations entre Alstom et les prétendants à un rachat partiel du groupe. « Le choix que nous avons fait, avec le Premier ministre, est un choix de patriotisme économique », a déclaré le ministre de l’Economie, Arnaud Montebourg, dans un entretien au Monde. « Ces mesures de protection des intérêts stratégiques de la France sont une reconquête de notre puissance » ajoute-t-il.

« La puissance publique doit avoir son mot à dire », a affirmé Matignon. « Pourquoi est-ce que seule la France serait dépourvue de capacité de peser, non pas d’interdire, mais d’être dans le dialogue avec les grandes entreprises internationales lorsqu’il s’agit de l’armement, de l’énergie, de l’eau, de secteur qui sont évidemment stratégiques pour un pays comme le nôtre ? », a ainsi interrogé Michel Sapin. Le dispositif, qui étend un décret de 2005 à cinq nouveaux secteurs (énergie, transport, eau, télécoms et santé), n’a rien d’inédit en Europe. Cette mesure « existe déjà par ailleurs, comme en Allemagne, en Italie, en Espagne, de même qu’aux Etats-Unis », a fait valoir Matignon. Rien de choquant sauf que c’est en contradiction avec les directives Hollande pour doper les investissements internationaux en France. Rien de choquant et pourtant cela inquiète déjà Bruxelles.

Bruxelles met Paris en garde contre toute tentation protectionniste, après la publication de ce décret. « L’objectif de protéger les intérêts essentiels stratégiques dans chaque État membre est essentiel dès qu’il s’agit de sécurité ou d’ordre public. C’est clairement prévu dans le traité. Mais nous devons vérifier si [cet objectif] est appliqué de manière proportionnée sinon cela reviendrait à du protectionnisme », selon le commissaire chargé du Marché intérieur, le Français Michel Barnier. « On n’assurera pas une bonne protection de l’industrie européenne, son développement, avec du protectionnisme », a insisté le commissaire européen. La Commission européenne « devra vérifier si ces mesures entrent bien dans le champ de la défense légitime de l’intérêt public », a prévenu Michel Barnier, de plus en plus l’archétype français du politicien prêt a tout pour plaire à Bruxelles, y faire carrière même contre les intérêts légitimes de son pays.

Marine Le Pen, présidente du Front national, a qualifié d’enfumage électoraliste le décret pris par le gouvernement français pour permettre à l’Etat d’arbitrer un dossier de rachat industriel comme celui d’Alstom : « Ça arrive une semaine avant les élections européennes, donc je pense qu’on est en plein enfumage électoraliste », a-t-elle tranché. Marine Le Pen a prédit que ce décret serait « probablement retoqué par l’Union européenne puisque l’UE interdit le patriotisme économique. De surcroît, très objectivement, ce n’est pas du patriotisme économique, ça, parce que écarter un Américain pour vendre Alstom à un Allemand, moi je n’appelle pas ça du patriotisme », a insisté la candidate aux Européennes. « Le patriotisme, ça consiste à conserver Alstom en France avec la maîtrise française de cette société absolument stratégique », selon elle.

Un petit clash entre  Bruxelles et Paris ce ne sera pas suffisant cependant pour éviter au PS une raclée européenne.

Raoul Fougax

Source : Metamag.

Photo en Une : Arnaud Montebourg (à droite) avec Aquilino Morelle ; crédit photo : Steven Dutartre, via Flickr, (cc). Photo dans le texte : montage, DR.