Abbé Guy Pagès : "Je vois se lever une jeunesse qui dit 'Non ! Ça suffit !'" (2/2)

Abbé Guy Pagès : “Je vois se lever une jeunesse qui dit ‘Non ! Ça suffit !'” (2/2)

17/05/2014 – PARIS (NOVOpress)
Prêtre catholique, l’abbé Guy Pagès conduit un apostolat sur Internet par l’intermédiaire de vidéos de formation. Spécialiste de l’islam, ancien missionnaire à Djibouti, nous avons souhaité l’interroger sur son itinéraire et sur les problématiques soulevées par la présence et la diffusion de l’Islam en France. 


De nombreux catholiques, sincères dans leur foi mais profondément attachés à la défense de leur identité, se sentent de plus en plus éloignés d’une partie de l’Église (souvent la plus visible d’ailleurs). Celle-ci est volontiers immigrationniste, ethno-masochiste et islamophile. Quel message adressez-vous à ces croyants qui se sentent “exilés” ?

Si douloureuse que soit la présente situation de l’Église, chacun doit se rappeler qu’il ne sera pas jugé sur ce que font les autres, mais sur ce que lui-même aura fait (Ap 20.12-13). « Qu’il en tombe mille à tes côtés et dix mille à ta droite, toi, tu restes hors d’atteinte. » (Ps 91.7) Au lieu donc de fuir le bateau comme le font les rats, il faut préférer couler avec son capitaine, et en attendant, se conduire de telle sorte que l’Église apparaisse telle que Jésus la veut : sainte, généreuse, pieuse, humble et fidèle. A chacun de donner sa vie là où il est pour que l’Église existe et que la société entende la Voix du Seigneur. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12.24) Apprenons à imiter le Seigneur en nous supportant les uns les autres, et en travaillant pour que les choses changent, de l’intérieur.

A ces catholiques comme à ceux qui se sont éloignés de l’Eglise, écoeurés par cette complicité dans le Grand Remplacement, n’est-il pas de maîtres utiles à suggérer ?  Saint Bernard de Clairvaux par exemple …

Saint Bernard de Clairvaux, certes, mais encore saint Dominique, saint Euloge, sainte Jeanne d’Arc, saint Jean de Capistran, saint Jean de Matha, sainte Josefina Bakita, Saint Joseph de Leonessa, saint Laurent de Brindes, saint Louis, saint Thomas More, saint Pie V, Saint Pierre Mavimène, bienheureux Charles de Foucauld, bienheureux Marc d’Aviano, bienheureux Urbain II… les Cristeros…

Peut-on finalement être identitaire et catholique cohérent ?

Tout dépend de ce que l’on entend par identitaire. Si être identitaire c’est faire de l’appartenance à une race ou à un peuple l’essentiel de l’identité personnelle, son origine et sa fin, alors il est clair que ce ne serait pas possible, aussi vrai qu’être catholique postule de reconnaître son origine et sa fin en Dieu Trinité.

Le Mouvement identitaire, qui a l’immense mérite de voir dans l’islam un danger mortel aussi massif et déterminé qu’imminent, n’atteindra donc pas ses objectifs s’il fait d’une réalité terrestre, qu’elle soit la race, le pays, la nation ou n’importe quoi d’autre, son absolu. Je souhaite qu’il évite toujours la conception jacobine de la nation, celle d’un état centralisateur et dominateur qui a fait de la nationalité, et non de l’amour de Jésus-Christ, la base de sa force d’expansion. « On eut alors l’État nationaliste, germe de rivalités et source de discordes… » (Pie XII, Message de Noël 1954). Je souhaite qu’il médite les enseignements de sainte Jeanne d’Arc, imite son exemple, et se range sous sa bannière. Sa devise, qui était « Iesus Maria », l’a conduite à répondre aux juges lui demandant si Dieu n’aimait pas les Anglais qu’Il l’ait requise pour les bouter hors du royaume de France : « Oui, Dieu aime les Anglais, mais chez eux ! » Que dirait-elle aujourd’hui de notre pays s’islamisant à grand train ? Et puisque vous m’interrogiez au sujet de l’attitude présente de nombreux ecclésiastiques islamophiles, voyez ce qu’elle eût à souffrir elle-même de la part de ceux de son temps acoquinés à l’ennemi… Pour autant, jusqu’à la fin de sa courte vie, elle s’est reconnue Fille de l’Église : « Je m’en rapporte à l’Église militante, pourvu qu’elle ne me commande chose impossible à faire »

Vous venez de faire paraître aux éditions DMM votre dernier ouvrage “Interroger l’islam”. Dans quel but et dans quel esprit l’avez-vous écrit ?

Déjà, en 2003 Jean-Paul II lançait cet appel : « Il est nécessaire de préparer convenablement les chrétiens qui vivent au contact quotidien des musulmans (et pour qui n’est-ce pas aujourd’hui peu ou prou le cas ?) à connaître l’islam de manière objective (autrement dit, il y a des manières de connaître l’islam qui ne sont pas objectives…) et à savoir s’y confronter. » (Ecclesia in Europa, n°57) S’y confronter ? La confrontation avec l’islam à laquelle le Pape somme les chrétiens de se préparer, demande non seulement de bien connaître l’islam, mais surtout de se bien connaître eux-mêmes… C’est donc à une réappropriation de leur identité qu’ils sont appelés, en ces temps d’indifférentisme et d’apostasie dénoncés par cette même exhortation apostolique. Pour répondre à cette demande de l’Église, j’ai donc rédigé cet ouvrage.

Mgr Bernardini, archevêque émérite de Smyrne, dans la Préface qu’il daigna lui écrire, présente ainsi mon ouvrage : « Cette belle étude de l’abbé Guy Pagès nous donne des éléments pour un vrai dialogue islamo-chrétien et offre aux fidèles chrétiens les armes d’une exacte connaissance de la doctrine chrétienne et un exposé tout aussi exact de l’islam, par la référence constante aux textes fondateurs eux-mêmes. »

Et enfin, M. Bernard Dumont, dans la recension qu’il a bien voulu en faire dans la revue Catholica écrit : « Ce livre doit être considéré comme un manuel extrêmement utile à la (ré)formation des esprits obnubilés par la propagande (islamique et non islamique) et la veule complaisance ou l’ignorance crasse de nombreux responsables ou supposés tels dans le monde religieux catholique. »

Selon le mot de sainte Jeanne d’Arc, “les hommes d’arment batailleront et Dieu donnera la victoire”. Pensez-vous que les hommes d’armes se lèvent dans notre “doux royaume de France” ? Comment voyez-vous – à vue humaine – l’avenir se dessiner ?

Comme tout un chacun, je vois se lever dans notre pays une jeunesse qui de différentes façons dit « Non ! Ça suffit ! », qui ne veut pas se laisser pervertir, ni elle, si ses enfants, ni notre pays, par les pervers, les lâches, les irresponsables et les renégats qui ont en main les différents pouvoirs, politique, médiatique, culturel, économique, judiciaire… Une jeunesse qui a compris que les différentes idéologies après lesquelles ont couru leurs pères sont des impasses, tragiques, qu’une profonde conversion personnelle est donc nécessaire, et qu’elle implique un retour à nos racines.

Face à l’ennemi, sainte Jeanne d’Arc a bataillé spirituellement et militairement, et de même devons-nous préparer l’avenir de notre pays par la prière et l’action. C’est l’union des deux qui nous donnera la victoire, aussi vrai que pour Jeanne pureté et victoire sont synonymes : « C’est le péché qui fait perdre la guerre », disait-elle à ses soldats… mais aussi : « La paix, nous ne l’aurons qu’au bout de la lance » ! Si, toute jeune fille inexpérimentée qu’elle fut, Jeanne était une incomparable chef de guerre, c’est qu’elle faisait non sa volonté, mais la Volonté de Dieu : « N’était la grâce de Dieu, je ne saurais rien faire ; Si je n’avais l’assurance que Dieu conduit mon œuvre, j’aimerais mieux garder les brebis que de m’exposer à de si grands périls ; J’aimerais mieux avoir été tirée à quatre chevaux qu’être venue en France sans la permission de Dieu »… Aussi, était-elle pleine d’assurance : « Les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire ; D’amour ou de haine que Dieu a pour les Anglais, je ne sais rien, mais ce que je sais, c’est qu’avant sept ans ils seront boutés hors de France et qu’il n’en restera pas un excepté les morts ; Dieu les a mis en notre main pour qu’ils soient châtiés » !