Dominique Venner : « Un guide »

Dominique Venner : « Un guide »

Novopress vous propose en exclusivité des textes du Livr’Arbitre Hors-série consacré à Dominique Venner. Vous pourrez vous procurer l’exemplaire complet lors du colloque qui aura lieu samedi 17 mai à La Maison de la chimie.


Dominique Venner vu d'ItalieG. Halbin d’Yvet – « — Qu’est-ce que tu lis ?
Histoire et traditions des Européens, de Dominique Venner, réponds-je avec la conviction d’intéresser mon collègue, comme on peut, à 18 ans et en prépa Lettres, l’imaginer naïvement.
— C’est un livre à thèse ? Ça prouve quoi ? demande-t-il avec suspicion.
— Ça met en perspective l’originalité et les fondements de l’identité européenne.
— Ah, c’est un bouquin raciste. »
J’avais entamé ce premier livre de Dominique Venner fin août, à l’aube de la vie étudiante. Alors qu’il traçait dans mon esprit le cadre de toutes mes considérations historiques à venir, mes camarades d’étude le condamnaient d’office au pavillon des cancéreux : tant pis pour eux. J’avais déjà lu qu’être rebelle, c’est préférer se mettre tout le monde sur le dos plutôt qu’à plat ventre.

Très vite, le portrait du Che dans la salle de cours et les intrigues de « Sex and the City » à la pause-déjeuner avaient ruiné l’Abbaye de Thélème où je me croyais tombée. J’étais seul, comme au lycée l’année précédente, et comme au retour de ces marches en montagne, belles et ardues, où tombent nos oripeaux de petits bourgeois. Mais le goût de convaincre me tenaillait. Il me semblait absurde qu’une aussi belle et puissante mystique de l’Europe ne parle pas à mes frères de France. Leurs ancêtres avaient bâti avec les miens la civilisation dont nous sommes également dépositaires. De même qu’ils assimilaient l’apprentissage méthodique de la prépa à la sagesse pure, des opinions leur tenaient lieu d’idées et une sensiblerie de gauche de vision du monde.

Cette année ne fut que conflit infructueux. En cœur rebelle convaincu, j’assenais mes certitudes avec l’arrogance et l’impétuosité de l’adolescence. Mais pourquoi ces personnes intelligentes, bien plus que la moyenne intéressées aux sciences humaines et à la culture, se vautraient-elles ainsi dans le nihilisme occidental et les lieux communs d’une modernité à l’agonie ? Pourquoi ne les faisais-je pas même douter ?

Les livres de Dominique Venner ne sont pas un flot de dates et de raisonnements touffus, mais des traits limpides d’érudition et de sagesse, portés par un élan spirituel. Il partage avec Michelet ce feu sacré des historiens aiguillonnés par l’histoire elle-même et non par sa perception savante. Après l’avoir lu, j’appris à le méditer. Le conflit de l’Europe et de l’Orient, de Rome et de Jérusalem, de l’Iliade et de la Bible m’apparut dans sa flagrante et tragique réalité. J’apprenais à distinguer autour de moi cette Europe que j’ai promis de servir et cette idiosyncrasie chrétienne de l’Europe, creuset de nos générations perdues et insensibles à nos dieux.

Je prenais surtout la mesure des efforts et les sacrifices prodigués durant des siècles par nos peuples, les hauts faits de nos ancêtres, leurs victoires toujours précaires, leurs défaites jamais définitives. D’appartenir à cette trame incorruptible permet de tenir et d’avancer, de soutenir la haine et les attaques de cette anti-Europe qu’on nomme l’Occident. Enfin, l’œuvre et le geste du Samouraï d’Occident m’engage dans la tragédie de l’histoire le sourire aux lèvres, car c’est par le grand « oui » à la vie et au destin que l’acier du canon en vint à l’ivoire de ses dents.

G. Halbin d’Yvet