Insécurité au Japon : Domenach débloque

Insécurité au Japon : Domenach débloque

13/05/2014 – PARIS (NOVOpress)
Le vendredi 9 mai, dans Ça se dispute, Nicolas Domenach a prétendu que le Japon pouvait être aussi dangereux que la France, parlant du « métro du saké à 20 h du soir où […] on se fait agresser autant qu’en France, où la violence urbaine, la nuit, est terrible ».

On se demande d’où le journaliste de Marianne a pu tirer de telles informations. Certainement pas d’un guide de voyage, ceux-ci indiquant qu’il « n’y a pas (ou très peu) de délinquance au Japon : très peu de cas de vols (hormis les parapluies, et parfois les vélos), peu d’agressions. » Certainement pas de la part de Français expatriés au Japon, ceux-ci témoignant qu’il est possible au Japon de laisser son sac à main sur une chaise au fast food pour réserver une place avant d’aller faire la queue.

Mais ce ne sont que des témoignages isolés, répondra Domenach, qui ne reflètent en rien la réalité statistique de la délinquance japonaise. Soit. Que disent donc ces statistiques ?

Il est assez compliqué de trouver les statistiques de la délinquance au Japon. La barrière de la langue est probablement un facteur important, mais on ne nous ôtera pas l’idée que s’ils sont compliqués à trouver, c’est parce qu’elles sont tellement faibles que tout le monde s’en moque… En cherchant bien, il est néanmoins possible de trouver des éléments.

Un article de La Croix datant du 10 janvier 2014 nous informe qu’en 2013, les services de police japonais ont enregistrés 1,3 millions de violation du Code pénal, les trois quarts étant constitués de vols. Avec une population de 127,6 millions d’habitants, cela représente 10,2 faits de délinquance pour 1 000 habitants.

Qu’en est-il de la France ? Si l’on en croit le bulletin annuel de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), il y a eu en France en 2013 :

  1. – 2.098.133 atteintes aux biens(1) (1.429.276 faits pour la police et 668.857 faits pour la gendarmerie) ;
  2. – 497.098 atteintes volontaires à l’intégrité physique (374.214 pour la police et 120.084 pour la gendarmerie) ;
  3. – 331.551 escroqueries et infractions économiques et financières (215.362 faits constatés par la police, 116.189 par la gendarmerie).

Enfin, la police nationale a relevée d’initiative 232.970 IRAS (Infractions relevées par l’activité des services, qui comprennent notamment les infractions à la législation sur les stupéfiants), quand la gendarmerie en a constaté 94 966, ce qui fait un total de 327.936 faits relevés par les forces de l’ordre en 2013. (Nous laisserons de coté les infractions n’appartenant pas à un indicateur de l’ONDRP, celles-ci étant d’un nombre très faible.)

En 2013, les services de police et de gendarmerie ont donc relevés un total de 3.254.718 crimes et délits (dont 2.926.782 ont été directement victimes les Français). Avec une population inférieure de moitié à celle du Japon, la France a connu presque trois fois plus d’infractions ! Rapporté à la population de 65,7 millions d’habitants, il y a eu en France 49,5 crimes et délits pour mille habitants, soit le quintuple du taux japonais !

Sans doute sera-t-il possible de nous répondre que le taux – extrêmement bas – de la délinquance japonaise cache de grandes disparités, que certains quartiers peuvent être de véritables coupe-gorges quand le reste du pays est extrêmement calme. Est-il possible d’avoir des données plus précises ?

Le livre Police et contrôle social au Japon, publié aux éditions L’Harmattan en 2010 et écrit par le jeune chercheur en sciences politiques Chikao Uranaka, nous permet de disposer du nombre d’infractions relevées par la Préfecture de police de Tokyo entre 1997 et 2007. Les données publiées par l’ONDRP commençant en 2007, nous allons comparer les faits de délinquances relevés à Paris et ceux relevés à Tokyo.

En 2007, à Paris, l’ONDRP a relevé 139.559 atteintes aux biens(2), 33.670 atteintes aux personnes, 26.250 escroqueries et infractions économiques et financières et 31.947 IRAS (ainsi que 13.934 infractions n’appartenant pas à un indicateur de l’ONDRP). Cela aboutit à un total de 245.360 faits de délinquance enregistrés par les forces de l’ordre, soit, pour une population de 2.193.000 habitants en 2007, un taux de 111,9 crimes et délits pour 1.000 habitants.

La même année, la Préfecture de police de Tokyo a relevé un total de 228 805 infractions. Ce qui représente, pour une population de 12 790 000 habitants, un taux de 17,9 infractions pour 1 000 habitants, soit six fois moins qu’à Paris.

Cela fait rêver…

Bien sûr, il sera possible de nous objecter que nous comparons des faits qui ne sont pas comparables. Comment placer sur le même plan un viol et une bagarre dans un bar, un vol à la tire et un braquage de banque ? Bien sûr, nous aurions aimé pouvoir étudier plus en détail la délinquance japonaise, notamment en isolant les atteintes aux biens des atteintes aux personnes. Bien sûr, il sera possible de nous répondre qu’il eut mieux fallu comparer Tokyo avec l’Île-de-France dans son ensemble plutôt qu’avec Paris seule.

Mais la vérité, c’est que le taux de délinquance entre la France et le Japon est tellement différent qu’il n’est pas possible de se cacher derrière une interprétation des chiffres : le Japon est un pays beaucoup plus sûr que la France.

Il n’est pas question ici de présenter un tableau idyllique du Japon. Ce pays est touché par ses propres problèmes, notamment les Yakuza (une mafia bien plus puissante que la criminalité organisée française) ou un vieillissement de sa population. Le Japon, comme tous les pays du monde, a sa part de faits-divers sordides ou de meurtres gratuits. Mais, à la différence de la France, et de la totalité des pays multiculturels, le Japon n’est pas touché par une délinquance endémique ou une violence de masse.

Quant à Nicolas Domenach, eh bien, nous ne l’accuserons pas de mensonge délibéré. Simplement de raconter n’importe quoi…

Photo Une : Voiture de police japonaise Toyota Crown. Crédit : Gnsin via Wikipédia(cc).

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Notes:
1)  Afin de ne pas faire de doublon, nous avons ôtés les vols avec violences des atteintes aux biens pour ne les comptabiliser que parmi les atteintes aux personnes.

2)  Là encore, nous avons exclu les vols avec violence pour éviter de les compter deux fois.