Entretien avec l'universitaire Anatole Livry autour de « l’agonie psychique française »

Entretien avec l’universitaire Anatoly Livry autour de « l’agonie psychique française »

17/04/2014 – GENÈVE (NOVOpress) – L’universitaire franco-suisse Anatoly Livry, dont nous avons récemment parlé suite à son initiative en faveur de la non-reconnaissance des diplômes et titres universitaires en Suisse, nous a accordé ce jour un long entretien. L’occasion de revenir sur un parcours d’exception, saboté en France car idéologiquement non-conforme à la doxa marxiste qui prévaut encore dans de nombreuses facultés françaises, et sur la situation de l’université, où se forgent les “élites” de demain. Photo en Une : crédit saneboy via Flickr (cc)


Entretien avec l'universitaire Anatole Livry autour de « l’agonie psychique française »

Entretien avec l’universitaire Anatole Livry autour de « l’agonie psychique française »

Novopress – Anatole Livry bonjour, comment vous présenter ?

Anatoly Livry – Pour une meilleure présentation de ma personne, je recourrais à l’avis d’un collègue français récemment intervenu dans l’Université d’État de Russie Moscou-Lomonossov, lors d’un colloque, intervention parue en version bilingue dans les actes de ce même colloque :

Sauver Nabokov : la thèse de doctorat d’Anatoly Livry

Le doctorat d’Anatoly Livry, « Nabokov et Nietzsche », est à ma connaissance l’unique thèse reproduisant totalement la Weltanschauung de Vladimir Nabokov, et ce, depuis que l’Université s’intéresse à cet écrivain. La soutenance de cette thèse s’est déroulée, avec ma participation, il y a deux ans à l’Université de Nice – Sophia Antipolis. Le fait que l’auteur de ces découvertes haïes par l’establishment (dont le gourou était incontestablement feu Dimitri Nabokov qui a purement et simplement commercialisé l’œuvre de son père !) soit lauréat du Prix Littéraire Mark Aldanov (New York, 2010, pour le roman Les Yeux), créateur d’un nouveau style littéraire russe et enseignant de l’université de Nice – ville où Nietzsche avait rédigé la troisième partie d’Also sprach Zarathustra et où Mark Aldanov est mort –, a apporté un peu plus de piment à ce plat idéologico-institutionnel que, durant les décennies à venir, l’Université française devra ingurgiter, sous l’œil scrutateur de la slavistique mondiale.

Anatoly Livry a raison : Nabokov est non seulement un fin connaisseur de Nietzsche, mais aussi un écrivain méprisant le socialisme et toutes ses facettes meurtrières pour le corps et l’âme. Le vrai Nabokov, sauvé de l’emprise non seulement de ces carriéristes trotskisants poussant l’homme de lettres dans les bras de Sartre et de sa Grande Sartreuse, mais aussi de ceux qui s’efforcent de stériliser l’aversion de Nabokov pour le socialisme – socialisme auquel ces fonctionnaires protocommunistes sont charnellement liés –, est enfin apparu, dans l’Université française, grâce à la plume de l’écrivain russe Anatoly Livry ! Comment cela pouvait-il être supportable pour ces quatre membres du syndicat SNESUP – qui est resté officiellement lié au parti communiste français quinze ans après la chute de l’URSS ! – parachutés dans le jury de thèse d’Anatoly Livry par des intérêts syndicaux – bassesse carriériste et couardise professorale – et qui ont tout fait pour discréditer les découvertes d’Anatoly Livry !?

Le ridicule ne connaît pas de limite ! L’accusation principale des néostaliniens made in France est la suivante : Anatoly Livry a osé publier une partie de sa thèse en France, dans la maison d’édition parisienne « Hermann ». Je crains fort que l’Université française ne fasse tout pour écarter M. Anatoly Livry auteur d’une remarquable thèse sur Nabokov et Nietzsche, helléniste publié dans « Guillaume Budé » depuis 2003, germaniste édité par des professeurs de la Humboldt-Universität depuis 2006, auteur d’un roman nuancé Apostat, paru en 2012 chez l’éditeur russe de Nietzsche « Koultournaia revoluzia » où il reproduit des éléments métriques de Homère et de Callimaque.

René Guerra, Agrégé de l’Université, Ancien Directeur du Département de russe à l’Université de Nice – Sophia Antipolis, Maître de Conférences honoraire, HDR, Docteur en Slavistique de l’Université de Paris, Membre du CTEL, Chevalier de l’Ordre National de Mérite, Chevalier des Arts et des Lettres

Publié dans : René Guerra, Douzièmes Lectures en l’honneur du Professeur Andreev, Université d’État de Russie Moscou-Lomonossov, Actes du colloque du 1er février 2014, Moscou, EKON-Info, 2014.


Novopress – Vous agissez donc à la fois en tant qu’écrivain et scientifique ?

A. L. – Toute forme de création véritable doit s’exprimer dans sa totalité, ou se taire. Elle a toujours comme champ d’action un cadre civique traditionnellement séparé en trois couches : prêtres, guerriers-politiciens, population source d’approvisionnement des deux castes supérieures. Naturellement, lorsqu’une nation se meurt, cette répartition nette n’est plus perceptible ; se retrouvant au milieu d’une ethnie agonisante le créateur a le choix de s’adresser soit à un autre peuple doté d’une santé robuste, voire barbare, soit au passé des vieilles nations civilisatrices et à leur éventuel avenir. Voilà la raison pour laquelle citoyen Suisse, né à Moscou, docteur de l’Université française où j’ai fait toute ma carrière académique jusqu’en 2012, j’ai décidé d’écrire en russe, autrement dit dans l’idiome d’une ethnie structurée d’une façon sainement antique qui fait de la Russie actuelle une bulle de puissance national-socialiste pour aujourd’hui mais aussi pour demain. Au bout d’un quart de siècle de travail sur le style de la langue russe – et je connais sa prose du XIXe siècle, sans parler de sa poésie, par cœur –, j’ai reforgé une langue néo-classique à destination de la caste supérieure de ce pays et les dix livres que j’ai fait paraître à Moscou et à Saint-Pétersbourg en tant que philosophe, romancier et poète – ce qui est la même chose – sont effectivement inconnus dans le monde francophone, celui-ci étant devenu un magma car sa base humaine ne génère plus d’élites nationales militaires ou spirituelles. Dès lors, aucune connexion n’est possible entre l’univers slave de l’est et l’univers latin de l’ouest, leurs ethniques volontés de puissance étant dirigées vers des avenirs différents. Compte tenu de cette situation, mes écrits russes demeurent quasi inconnus en France. En effet, pour qu’ils soient tus, il suffit d’un minuscule obstacle, et le voici : les traducteurs issus ou dépendants de la Sorbonne sont mes premiers concurrents dans le monde universitaire. Or, avant que je n’obtienne le Prix Mark Aldanov, leur calomnie s’est exercée ouvertement ex cathedra sorbonica, prenant ensuite la forme d’un mur du silence à partir du moment où mon roman, Les Yeux, rédigé en 1999, fut distingué, enlevant les lauriers à New York après onze ans d’acharnement de l’Université française contre l’œuvre primée. Cette corruption que les fonctionnaires de la slavistique française dressent contre le Verbe russe s’est renforcée avec la sortie en 2002 à Saint-Pétersbourg de mon Convalescent, œuvre russe entièrement consacrée à la France et dont des séquences furent récompensées par des prix internationaux russes. Par ailleurs, la corruption d’une seule slavistique française s’est métamorphosée au fil des années en un acharnement mafieux de tout le système universitaire, exercé au grand jour dans le monde académique français et devenu l’objet de centaines d’articles scientifiques et recherches universitaires dans le la sphère scientifique russe – et ce, jusqu’à des thèses de doctorat consacrées à l’affaire qui posent que si un Soljenitsyne, un Nabokov ou un Mandelstam se retrouvaient à ma place et avaient le malheur d’exercer la création totale (autrement dit : étaient les concurrents scientifiques des traduttore, traditore universitaires actuels), ils subiraient la même calomnie corruptionnelle permanente dans cette Université française qui s’obstine à dresser un barrage entre la Russie et le reste des aristocraties intellectuelles francophones pour qu’aucune étude universitaire issue de l’univers russe et consacrée à l’« Affaire Livry » ne parvienne en France. Nos intrépides professeurs sorbonnagres sont donc des staliniens qui ont fabriqué un rideau de fer virtuel pour des nécessités groupusculaires carriéristes ; nombre d’entre eux n’osent même plus remettre le pied dans une Russie qu’ils sont censés enseigner à la Sorbonne et dans les autres universités françaises car, malgré leurs grimaces d’arrogance, aucune faculté russe ne souhaite accueillir des micros Staline schizophrènes titularisés par la Ve république en dépit de leur pathologie.

Novopress – Quelle partie de vos travaux scientifiques gênerait d’éventuels traducteurs de vos œuvres littéraires ?

A. L. – Parler de ma thèse de doctorat tant calomniée – soutenue avec Patrick Quillier de Nice–Sophia Antipolis, des trois universités où j’ai enseigné ou des quatre monographies parues en France et en Russie n’évoquerait pas ma valeur scientifique : pas mal de cuistres syndiqués et plagiateurs possèdent de nos jours davantage d’acquis académiques. Il est donc important d’évoquer certaines de mes découvertes qui ont sensiblement révolutionné la perception des fondateurs de notre civilisation. Une de mes découvertes, par exemple, consiste en une approche païenne de ce que nous a laissé Paul Claudel. Sur les quatre générations de claudéliens sévissant en Occident, personne n’a mentionné le nom de l’empereur Julien l’Apostat quant au protagoniste de Tête d’Or, ce Simon destiné à devenir la pierre sur laquelle l’Église du Christ sera fondée, mais revenu à nos racines indo-européennes afin de renaître de cette même pierre tel un néo-Mithra francophone. Je fus donc le premier à avoir nommé Tête d’Or du nom de l’Empereur Apostat, bouleversant par cette action l’univers des claudéliens fonctionnaires – fonctionnaires comme ce Claudel attiédi et tombé dans le gaullisme, et qui, ne l’oublions pas, demanda (après que l’Allemagne devint victime définitive à l’issue de cette longue guerre 1870-1945) à l’Académie la place d’un Maurras toujours vivant mais incarcéré par les vainqueurs. La première publication de cette découverte eut lieu dans le Bulletin de l’Association Guillaume Budé (Anatoly Livry, « Tête d’Or et Hélios Roi, la rupture du Cercle de l’Éternel Retour », Bulletin d’Association Guillaume Budé, Paris, 2008 – 2, p. 167-193.), piloté par l’actuel directeur de la faculté d’études grecques de Paris IV – Sorbonne (revue d’hellénistes français qui a publié mes découvertes depuis 2003), et a trouvé écho dans le Bulletin de la Société Paul Claudel, alors géré, comme tout dans notre France de boutiques familiales, par la petite-fille du dramaturge. En effet, et c’est assez risible, lorsqu’une personne talentueuse apporte une nouveauté, le système soviétoïde, qu’il soit francophone ou russophone, attend qu’elle se courbe et entre dans le rang afin de servir la cause du boutiquier-chef. La quasi-totalité des chercheurs talentueux acceptent la transaction, se courbent et ratent ainsi la métamorphose de leur talent en génie, transformation qui exige inévitablement une atmosphère propice, exempte de toute puanteur humaine. Or, dès qu’à la boutique claudélienne, l’on avait compris que, selon ma thèse, le paganisme initial de Claudel était le Big Bang produit par l’éclat solaire de Mithra ayant propulsé la totalité de son œuvre et que, comme je l’estime, le christianisme n’avait fait qu’amollir son arc créatif, ces « bons chrétiens » ont tout fait pour calomnier ma découverte en utilisant des procédés de dénonciation dignes des seksoty de la NKVD. Dès lors, le développement de ma thèse sur Tête d’Or – Julien l’Apostat n’a pu paraître en français qu’à l’Université de Moscou ou à l’Université de Berlin, comme si les uhlans de Bonaparte occupaient toujours le Kremlin et Sanssouci. Quant aux chercheurs étrangers travaillant sur mon œuvre littéraire, et donc désireux de connaître chacun des événements de ma vie, ils se font un pur délice d’introduire dans leur thèse de doctorat les dénonciations de ces pseudo-catholiques universitaires – aux réflexes de flics – qui commercialisent le christianisme d’un Claudel fonctionnaire (statut leur permettant donc une bassesse soviétoïde tout en se disant « chrétiens »), ce « catholicisme », déchu de ses caractéristiques ethniques, droit-de-l’hommisé donc jusqu’à l’écœurement et admis par la IVe puis par la Ve républiques, qu’ils gèrent avec plus d’impudence et de profit que des bourgeois bloyens devenus rentiers grâce à l’habile administration d’une maison close dans le port de Toulon.

Novopress. – Pensez-vous donc que c’est un courant post-soviétique qui pourrit l’Université française ?

A. L. – Je n’ai aucun grief à exprimer envers les socialistes internationaux ! Cette gÔche française mérite pleinement son nom : elle est par essence senestre, son existence n’étant donc qu’un élan vers la destruction. Sa corporalité n’est qu’un bloc institutionnel déchu de toute humanité. L’on n’a donc pas le droit de s’opposer sérieusement à des guignols issus de l’Invitation au supplice nabokovien, lesquels ont la capacité de se mouvoir, de parler, de vous condamner même dans des rapports du CNU (où, par exemple, la très inculte rapporteuse autoproclamée, professeur de linguistique à la Sorbonne (!), écrit le nom du philosophe sur lequel elle prétend juger ma thèse « Nietzche » !), mais qui n’ont aucune existence psychique. Par exemple, trois professeuses slavistes d’une faculté parisienne tiennent leur place de leurs relations avec de vieux gourous auxquels ces filles de joie académiques, à l’époque toutes plus jeunes d’un quart de siècle que leur client, ont offert leurs services des décennies durant – jusqu’à la titularisation, pas une journée de plus comme l’exigent les règles de la corporation en question. De quelle « Science » peut-on parler dans cette maison de tolérance ?! Séniles, mais fonctionnaires jusqu’au dernier souffle, elles affichent fièrement leur passé et emplissent les facultés de leurs semblables ! Même l’Internet français offre suffisamment d’informations pour savoir ce que l’on pense de ces « russistes » en Russie où, d’ailleurs, elles ne peuvent plus aller.

Ce qui est effectivement meurtrier pour la Science française et pour l’Université qui l’incarne administrativement, c’est sa « droite ». C’est cette « droite » qui poursuit avec une efficacité extrême l’œuvre des soixante-huitards, anéantissant les restes de l’antique univers académique français ! Là, il s’agit d’une nuance que j’enseigne fréquemment dans des universités étrangères, et les lecteurs francophones de mon interview doivent absolument comprendre cette particularité qui est le symptôme de la fin de la pensée française, l’âme française s’étant essoufflée au sein de l’Université : cette « droite » est représentée uniquement par des zombies qui ne font que participer instinctivement à l’élan stalino-maoïste imposé par les destructeurs d’il y a 46 ans.

Souvenons-nous que, lorsqu’à l’époque du totalitarisme soviétique, un héritier de l’humanisme ethnocentriste slave de l’est (qu’on appelle trivialement « orthodoxie russe ») était obligé de condamner publiquement un « ennemi du peuple », son compatriote, il le retrouvait, une fois le devoir collectiviste accompli, afin de lui annoncer son regret d’avoir commis cette bassesse pour la survie de sa famille et pour la sienne. En effet, une seule hésitation de quelques secondes dans la décision de suivre le troupeau anthropoïde était passible d’un châtiment mortel, non seulement pour celui qui se permettait cette liberté, mais également pour ses proches. L’on commettait donc des abjections à Moscou ou à Léningrad en étant conscient de l’acte ordurier réalisé et en verbalisant le mea culpa de son avilissement. Mais que font nos membres de l’Institut lorsqu’ils me rencontrent : ils se mettent à piaffer, ils pincent les lèvres, m’offrant en spectacle toutes les grimaces d’arrogance (si appréciées par les chercheurs russes qui enseignent, depuis un an, les usages des professeurs français en parallèle avec le comportement des babouins d’Érythrée, leurs parcours et mimiques étant analogues) en concluant leurs singeries par des phrases telles que « Mais Monsieur Livry, je suis une personne de droite, je suis donc obligé de commettre toutes sortes de bassesses pour me maintenir dans le système ! ». En somme, leur prétendue « dextérité » consiste à recevoir les récompenses offertes par une tyrannie molle à ses valets disciplinés. Leur gamelle est la même que celle des cuistres marxisés. Seulement, nos braves « catholiques » s’en empiffrent en y accédant par la droite. L’intensité de leurs tourments psychiques est telle qu’ils n’osent même pas admettre les actes sordides qu’ils accomplissent en groupe ; en échange de cette servilité (tout comme pour le vieux Claudel !), le système leur offre un mirage de leur propre image de « résistant ». Ils se font alors inviter dans une radio où, en compagnie de leurs « chers confrères » – qui sont souvent leurs cousins, leurs frères ou leurs anciens doctorants –, ils s’adonnent en groupe à la piaffrerie radiophonique et au pincement de lèvres « journalistique » dans le sens nietzschéen du terme. Ce sont des vrais « maquisards » qui se livrent donc frénétiquement à une authentique « résistance » tout en préparant docilement leur retraite de fonctionnaire.

Relativement peu de temps avant la chute de l’URSS, Soljenitsyne disait : « Il suffirait de 500 grands personnages soviétiques qui interviennent publiquement pour que cet empire immonde s’effondre par lui-même ». L’Université française n’a même pas deux grands savants qui s’insurgeraient publiquement contre l’immondice quotidienne ! Ils n’ont pas pour ce faire un capital suffisant de volonté de puissance. La sagesse française se meurt et les bélitres supra-titrés de l’Institut en sont les premiers fossoyeurs. La pétition que j’ai lancée en Suisse afin d’alerter du danger que représente l’Université française pour la Confédération helvétique est donc un acte civique français par excellence : les colonnes qui ne tiennent plus par elles-mêmes doivent être mises à terre, et au plus vite. Or, aujourd’hui déjà, des mécènes suisses avertis par ma pétition cessent de financer des programmes de « recherche » franco-helvétiques. La pétition pour la non-reconnaissance des diplômes et titres universitaires français en Suisse, par sa simple existence, contribue à l’euthanasie accélérée du mammouth enragé, ce bâtard de l’ignoble Siècle des Lumières pré-terroriste. Abattre cette bête putride est la virtù hippocratique de tous les bons Européens, ces citoyens des futurs pays de notre Eurasie dépouillés de la tyrannie en faveur de leur politeia nationale.

Novopress – Anatole Livry, merci.

Propos recueillis par Yves Lejeune