"Yann Fouéré, infatigable éveilleur de peuple" – Entretien avec Erwan Fouéré – 2/2

“Yann Fouéré, infatigable éveilleur de peuple” – Entretien avec Erwan Fouéré – 2/2

11/04/2014 – GUINGAMP (NOVOpress)
Militant infatigable de la cause bretonne, défenseur des minorités nationales et promoteur d’un véritable fédéralisme européen, Yann Fouéré (photo) est un des hommes politiques les plus atypiques de la deuxième partie du XXème siècle. Son maître-ouvrage “L’Europe aux cent drapeaux” est incontournable pour tout Européen enraciné. Qu’il suscite l’adhésion ou au contraire la répulsion, son fédéralisme européen s’articule parfaitement avec sa défense des patries charnelles. Nous avons rencontré son fils Erwan Fouéré, ancien ambassadeur européen et très impliqué dans la Fondation Yann Fouéré.

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant.


En parcourant ses éditoriaux dans « l’Avenir de la Bretagne » – que vous avez rassemblés dans un ouvrage paru en 2008 – on est étonné par le ton très “technique” qui est employé. Yann Fouéré semble beaucoup plus préoccupé par les questions économiques et institutionnelles que culturelles et identitaires. Cela vient-il de sa formation de “serviteur de l’Etat” ?

Si les principes de base du fédéralisme sont relativement accessibles pour les non-initiés, il n’en est pas de même lorsque l’on compare les différents systèmes constitutionnels, ou les effets néfastes des systèmes centralisateurs et des conceptions unitaristes sur le citoyen, non seulement du point de vue politique, mais aussi du point de vue économique et social.

Yann Fouéré l’a lui-même reconnu  lorsqu’il évoquait la difficulté de convaincre, non seulement à cause de l’aridité et de la technicité du sujet, mais également à cause de l’enseignement contrôlé par l’Etat centralisateur : « Comment le traiter , afin qu’il soit non seulement clair, mais encore accessible aux non-spécialistes, à tous ceux qui n’ont pas étudié le droit public et constitutionnel, et encore moins le droit comparé, à tous ceux qui ne connaissent de l’histoire des institutions et du droit que des très rares, très partielles et très partiales notions qu’un enseignement étroitement dirigé a pu leur dispenser? »


Lui est-il arrivé d’exprimer son attachement breton de manière plus littéraire ou poétique ? Nous pensons ici à Jean Mabire et à son combat normand. Existe-t-il un Fouéré réenchanteur et poète ?

C’est aux chercheurs qui se pencheront sur l’oeuvre de Yann Fouéré qu’il incombera de répondre à cette question. Mais une simple lecture de ces écrits, que ça soit “En Prison pour le FLB”, ou “La Maison du Connemara”, ou ses nombreuses articles dans l’Avenir de la Bretagne”,  l’on s’apercevra du caractère très poétique de son approche.  C’était sa manière, avec une plume poétique,  de faire face aux vicissitudes de la vie et de maintenir le moral haut quelles que soient les circonstances. C’était aussi une approche de la vie profondément influencé par la civilisation et l’esprit celtique : « Je ne suis pas de ceux qui croient que la Celtie est morte, que la civilisation celtique est à jamais enfouie dans les brumes du passé, et que nous devons nous borner désormais à regarder en arrière » ou encore « la Celtie me parait seule dans un monde en furie, incarner l’idéal, l’attachement à l’esprit, à tout ce qui est désintéressement et noblesse. »

Le premier titre publié par Yann Fouéré était intitulé “Les Saints Bretons et leur œuvre nationale”. Quelle place tenait le catholicisme dans sa vie personnelle et dans sa vision de l’identité bretonne ?

Pour Yann Fouéré, la pratique de la religion relevait de la sphère privée. Son approche de la religion et du rôle qu’elle devait jouer consistait surtout en l’importance de faire valoir les valeurs éthique, la responsabilité de chaque individu de démontrer par son action le respect de son voisin, aussi différent qu’il soit. Dans ce sens, par sa conduite dans la vie, il était tout à fait l’incarnation des croyances et principes de l’ordre de Sain-Jean de Jérusalem, dont il était devenu chevalier.

Ce sont d’ailleurs les idées reprises dans “Les Saints bretons et leurs œuvres nationales “, qui reflète bien sa pensée et sa foi profonde. Il parlait des origines communes du monde celte, à travers « la merveilleuse épopée de nos vieux saints nationaux ».  Il continue « Leur histoire, sans doute, se rapproche bien souvent de la légende. Le merveilleux y tient souvent la place des traditions exactes. Mais n’y a t-il pas de vérités légendaires, comme il y a des vérités historiques, à plus de quinze siècles de distance ? »

Erwan Fouéré, merci d’avoir répondu à nos questions.

Crédit photo : DR

La première partie de l’entretien