Il y a 20 ans, le massacre des para-commandos belges au Rwanda

Il y a 20 ans, le massacre des para-commandos belges au Rwanda

08/04/2014 – BRUXELLES (NOVOpress) – Les 6 et 7 avril 1994, dix para-commandos belges étaient lâchement massacrés par la soldatesque rwandaise. À cet acte odieux, les politiques belges et l’ONU n’opposèrent qu’ergotage et inaction.


Présente en effectif réduit, la force de maintien de la paix des Nations-Unies (MINUAR), sous le commandement du général canadien Roméo Dallaire, tenta de stabiliser la situation.

Dans la nuit du 6 au 7 avril, l’état-major des FAR (Forces armées rwandaises) s’opposa verbalement au général Dallaire, commandant de la MINUAR, qui rappella l’autorité légale du premier ministre pour prendre le contrôle de la situation. Le Colonel Bagosora contesta son autorité. Le général Roméo Dallaire décida de donner une escorte de casques bleus à Madame Agathe Uwilingiyimana pour la protéger et lui permettre de lancer un appel au calme à la radio dès le lendemain matin.

Le 7 avril à 2h00, dix paras belges (Caporal Bruno Bassine, Caporal Alain Debatty, Caporal Christophe Dupont, Caporal Stéphane Lhoir, Caporal Bruno Meaux, Caporal Louis Plescia, Caporal Christophe Renwa, Caporal Marc Uyttebroeck, Sergent Yannick Leroy et Lieutenant Thierry Lotin), partirent du centre de Kigali, à bord de deux jeeps, afin de rejoindre le domicile du Premier ministre. Vu la présence de plusieurs barrages, les Belges n’atteignirent leur but qu’à 5h30, où il rejoignirent cinq soldats ghanéens, également affectés à la sécurité du Premier ministre à son domicile.
À 05 h 37, le Lieutenant Lotin indiqua qu’il n’était plus question, vu les barrages établis, de se rendre à Radio-Rwanda. Ordre lui fut donné de prendre une position défensive
À 06 h 55, le Lieutenant Lotin signala qu’il était encerclé par une vingtaine de militaires rwandais, armés de fusils et de grenades, et que des membres de la garde présidentielle lui demandaient de déposer les armes. Ses supérieurs lui enjoignirent de ne pas rendre les armes et de maintenir le dialogue.
À 8h34, le Premier ministre tenta de fuir son domicile en compagnie de gendarmes, affectés à sa sécurité, qui la cachèrent dans la maison d’un voisin. Elle y fut découverte par des membres de la garde présidentielle qui la ramenèrent à son domicile où elle fut tuée vers 11 h 45 ainsi que son mari.
À 08 h 43, le groupe Lotin fut déchargé de sa mission de protection du Premier ministre par le commandement mais prié de ne pas se laisser désarmer et de négocier. Le Lieutenant Lotin rétorqua qu’il était trop tard, ayant déjà quatre hommes désarmés à terre. L’officier, dans ces circonstances, fut autorisé à rendre les armes s’il le jugeait nécessaire: “Tu es sur place, c’est à toi d’apprécier la situation”.
Les cinq Ghanéens et les dix Belges furent désarmés sans résistance possible et conduits, sous la menace des armes, vers un minibus VW qui attendait à l’extérieur.

En arrivant à destination, au camp militaire de Kigali, les quinze militaires furent obligés de quitter le véhicule et de s’asseoir sur le tarmac situé à l’entrée du camp.
Rapidement la rumeur circula parmi les militaires FAR rassemblés dans le camp que les soldats belges avaient abattu l’avion présidentiel. Ceci engendra vite un soulèvement général en faveur du lynchage des militaires belges.

À 9h06, le Lieutenant Lotin, utilisant la radio d’un observateur ONU togolais, informa sa hiérarchie que son équipe avait été emmenée dans un endroit inconnu et que deux de ses hommes se faisaient tabasser et lyncher. Des soldats rwandais se ruèrent sur les militaires de l’ONU et les frappèrent à coups de crosses, béquilles, pierres, râteaux et baïonnettes jusqu’au moment où quatre militaires belges succombèrent des suites de leurs blessures. Inexplicablement, le général Dallaire passa alors devant le Camp Kigali et aperçu, au sol, plusieurs militaires belges. Si les circonstances ne lui permirent pas d’intervenir immédiatement, il reste incompréhensible, qu’une fois en sécurité, il ne prit aucune mesure afin d’envoyer des secours aux Belges en difficulté.

Les magasins d’armement du camp, dont la Minuar avait la responsabilité, furent entre-temps fracturés. Le Colonel Nubaha, commandant du camp, accouru sur les lieux en compagnie d’autres officiers, tenta d’empêcher les Rwandais de pénétrer dans un local de permanence ONU où le Lieutenant Lotin s’était finalement réfugié avec quatre militaires belges qui l’avaient rejoint en profitant d’un moment de confusion.
Un cinquième militaire belge parvint bientôt à rejoindre le groupe Lotin en rampant sous un véhicule. Le groupe Lotin était alors composé de six militaires belges et des cinq ghanéens. Quelques instants plus tard, un militaire belge fut tué par un tir d’arme à feu provenant de l’extérieur.

Le local où s’étaient réfugiés les militaires ONU fut pris sous le tir des armes des Rwandais. Les Belges et les Ghanéens furent contraints de se jeter sous les lits qui s’y trouvaient et de se protéger derrière le cadavre du soldat belge décédé.

Ayant arrêté les tirs un moment, les Rwandais ordonnèrent aux Ghanéens de quitter le local par une fenêtre cassée. Sous escorte, les cinq Ghanéens furent ainsi expulsés du camp. Vers 12h30, un caporal rwandais, voulant pénétrer dans le local des Belges, se fait arracher son fusil Kalachnikov par le Lieutenant Lotin qui le tua à l’aide de son pistolet GP35, seule arme qui avait pu être dissimulée lors de l’arrestation et du désarmement des Belges. L’attaque redoubla de violence. Des bombes lacrymogènes furent lancées dans le local tandis que les Belges ripostaient avec la Kalachnikov.

Une fois les 45 cartouches contenues dans l’AK47 et le GP épuisées, ce fut la curée. Un Rwandais escalada le toit du local pour y lancer, d’un trou pratiqué, des grenades défensives. D’après des témoins, la résistance belge s’arrêta entre 12 h 30 et 13 h 30 (14h00??). Les cadavres furent retirés du local de l’ONU et dévalisés (uniformes, chaussures) avant d’être mutilés… Cet épisode dramatique plongea la Belgique dans la consternation et entraîna son désengagement de la MINUAR. Dans la foulée, la Belgique entraîna à son tour l’ONU dans une spirale de désengagement.

Source : medaillesdutournaisis.skynetblogs.be