Municipales : François Hollande aurait dû engager Erdogan, par Jean Bonnevey

Municipales : François Hollande aurait dû engager Erdogan

Un premier ministre turc triomphant et menaçant

Les affaires, les révélations d’écoutes illégales et les règlements de compte qui l’opposent à la confrérie de l’imam Fethullah Gülen, ne semblent pas avoir affaibli celui qui domine la scène politique turque depuis 2002.

Comment un premier ministre, empêtré depuis 3 mois dans les plus grosses affaires de corruption que la Turquie ait jamais connues – chaque jour éclate un nouveau scandale impliquant ses ministres, ses proches, sa famille et lui-même – comment Recep Tayep Erdogan (photo), a-t-il pu remporter les élections municipales qui étaient clairement un référendum sur sa personne ?

Comment malgré ces scandales et la dérive autoritaire dénoncée à maintes reprises par la Communauté européenne et la Commission des droits de l’Homme – 6000 officiers de police déplacés, des centaines de juges et d’avocats dessaisis des dossiers gênants, renvoyés dans les provinces et remplacés par d’autres plus dociles, la main mise de l’exécutif sur le judiciaire et sur les médias, l’interdiction de Twitter et de Youtube, derniers espaces de liberté, les menaces contre les organisations patronales qui osent le critiquer – comment Recep Tayep Erdogan reste-t-il l’homme politique le plus populaire du pays ?

A Istanbul, le maire sortant Kadir Topbas (membre de l’AKP, le parti d’Erdogan), 69 ans, a été reconduit avec 47,8 % des voix, selon des résultats non définitifs, contre 40,1 % à son principal adversaire Mustafa Sarigül (CHP), dans ce qui était le principal enjeu local de ces municipales.

L’AKP (parti de la justice et du développement) est resté maître de la mégapole de 15 millions d’habitants, où vote un Turc sur cinq. Et il a de nouveau balayé les doutes sur l’état de sa popularité au niveau national, recueillant un large succès. Mais c’est surtout par le score national que se mesure cette victoire pour Recep Tayyip Erdogan qui avait donné à ces municipales des allures de référendum. Avec 45,2 % des votes, en légère baisse par rapport aux dernières élections législatives (49,9 % en 2011), sa popularité s’est à peine érodée. Il améliore même son résultat de 2009 (38,8 %). L’affrontement entre les partisans et les adversaires d‘Erdogan est moins un affrontement entre religieux et laïcs qu’un affrontement entre l’ancienne et la nouvelle bourgeoisie qui se disputent le pouvoir, et entre une population européanisée et une population traditionnelle.

Au balcon du siège de l’AKP, à Ankara, tard dans la nuit, Recep Tayep Erdogan  a célébré sa « grande victoire » contre le « statu quo » et « la défaite de la politique du montage » menée par ses adversaires. Il a promis de « faire payer » ceux qui, affirme-t-il, ont ourdi cette machination pour le faire tomber. « Nous les poursuivrons jusque dans leur repaire. L’heure est venu de les nettoyer devant la justice », a lancé le premier ministre. Au matin de sa victoire il a promis d’« éliminer tous les traitres ».

La Turquie risque de se polariser de plus en plus avec de sérieuses conséquences sur sa stabilité économique et sociale, mais aussi sur l’équilibre d’un pays déjà fragilisé par la guerre en Syrie.

Jean Bonnevey

Source : Metamag.

Crédit photo en Une : Serdar Kilic, via Flickr, (cc).