Lettre ouverte de Philippe Vardon aux rapatriés : "Non, le 19 mars il n'y a rien à commémorer !"

Lettre ouverte de Philippe Vardon aux rapatriés : “Non, le 19 mars il n’y a rien à commémorer !”

Ce 19 mars, je n’ai participé à aucune des funestes commémorations officielles organisées par une République amnésique.

Je considère que ces commémorations sont une insulte à la mémoire des 10 000 pieds-noirs et des 100 000 harkis disparus. Je n’oublie pas non plus, moi, que c’est après la signature des accords du 19 mars 1962 qu’eurent lieu les massacres de la rue d’Isly à Alger et du Petit Lac à Oran.

Ma mère est née à Alger, encore ville française, peu avant l’exode. La liste que j’ai l’honneur de mener aux élections municipales de Nice comprend de nombreux rapatriés et enfants de rapatriés qui, comme moi, sont aussi porteurs de cette mémoire de nos anciens départements d’outre-Méditerranée. Et donc aussi de la mémoire de l’abandon, de la mémoire des massacres d’Européens.

Nice, pour laquelle vous connaissez mon engagement, a été – sous l’impulsion de Jean Médecin – la ville de notre pays ayant réservé le meilleur accueil aux déracinés qui affluaient par milliers. Je crois que cela doit aussi être une fierté, et que cela fait partie de notre histoire collective.

Jean-Yves Casalonga, ancien journaliste à l’Écho d’Alger, victime de la cour de sûreté de l’État en 1962 pour son engagement en faveur de l’unité française et personnalité bien connue au sein des associations de rapatriés, figure en 69ème place, la place d’honneur, sur notre liste.

J’ai aussi reçu le soutien de Bernard Mamy. Il participa à l’équipe entourant Léon Delbecque au sein du Comité de Salut Public, avant de devenir le commandant en second de l’Unité Territoriale de Choc d’Alger, fer de lance des barricades. Le 29 mai 1960, il fut élu Conseiller général d’Alger sur la liste de Pierre Lagaillarde ! En 61, il participa au putsch d’Alger, puis rejoint les mouvements clandestins luttant pour les Français d’Algérie.

Je ne crois pas que l’abandon de milliers de Français mérite une commémoration. Non, vraiment, le 19 mars il n’y a rien à célébrer.

En revanche, ce dimanche 23 mars, parce que mieux que quiconque vous savez ce que signifie être chassé de son pays et devoir abandonner les tombes de ses parents, je vous invite à un vote de résistance. Un vote de souvenir aussi, pour que demain, ceux qui aujourd’hui – en France ! – se sentent davantage Algériens que Français ne nous laissent pas à nouveau le choix qu’entre la valise et le cercueil.