L’Algérie au bord de l’explosion, la candidature de trop de Bouteflika inquiète le pouvoir politico militaire

L’Algérie au bord de l’explosion, la candidature de trop de Bouteflika inquiète le pouvoir politico militaire

Le président Bouteflika ne va pas bien et l’Algérie va de plus en plus mal. Ce régime totalitaire aux mains d’un parti dominant lié à l’armée est au bord de l’explosion. On s’en rend compte à la lecture d’une presse singulièrement indépendante et frondeuse par rapport au pouvoir.

Les manifestations contre la candidature de trop montrent qu’une partie de la population voudrait tourner la page et rêve d’un printemps algérien. Signe du malaise également la multiplication des affrontements inter ethniques entre kabyles et arabes dans certaines régions du pays.

Ce contexte est bien sûr très dangereux dans un pays ou les islamistes, vaincus après une sanglante guerre civile, restent en embuscade. Ils le sont dans les quartiers urbains, dans les régions du sud limitrophes du Maroc mais aussi à l’extérieur, aux frontières avec les pays fragilisés, au sud sahel, par la chute du régime Kadhafi.

Une présidentielle à gros risques

Les noms des six finalistes retenus par le Conseil constitutionnel pour la présidentielle prévue le 17 avril ont été dévoilés ce 13 mars. Il s’agit du président sortant Abdelaziz Bouteflika, de son ancien Premier ministre, Ali Benflis, qui s’était présenté à la présidentielle de 2004 et qui est considéré comme son principal adversaire, de Abdelaziz Belaid du Front El Moustakbal, de Moussa Touati, chef du Front national algérien (FNA), déjà candidat en 2009, de Louisa Hanoune, la dirigeante du parti des travailleurs déjà candidate en 2004 et en 2009, et enfin de Ali Fawzi Rebaine, dirigeant du parti Ahd 54 et déjà candidat en 2004 et 2009.

Six candidats ne sont donc pas autorisés à concourir : l’ancien ministre du Trésor Ali Benouari, l’avocat et député Mohamed Benhamou, à la tête de la formation Karama, le président du Rassemblement algérien (RA) Ali Zaghdoud, ainsi que Mahfoud Adoul, du parti Ennasr El-watani, Sadek Temache (indépendant) et Abdelhakim Hamadi (indépendant).

La contestation de la candidature d’un président très fatigué inquiète les vrais dirigeants, c’est à dire le FLN et l’armée.

Les manifestations se multiplient en Algérie 

Après le rassemblement de plusieurs partis décidés à boycotter l’élection présidentielle du 17 avril à l’appel du collectif « Un autre avenir pour l’Algérie » ou du mouvement Barakat (« Ça suffit ») sont  organisés des sit-in. Ces initiatives ont pour trait commun le rejet d’un quatrième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, 77 ans, malade, au pouvoir depuis 1999.

Une contestation électorale inédite jusqu’ici. Tous ont confirmé leur intention de tenir un meeting commun dans une salle d’Alger le 21 mars, à la veille de l’ouverture officielle de la campagne, malgré l’interdiction lancée par le ministère de l’intérieur d’utiliser des lieux publics pour ceux qui ne participeront pas au scrutin. C’est en tout cas une image nouvelle en Algérie, qui mêle islamistes, hommes de gauche et personnalités dans un même mouvement de protestation. Seul le Front des forces socialistes (FFS), le plus vieux parti d’opposition, se tient à l’écart. Ni participation, ni boycottage, a tranché le FFS, pour qui le scrutin du 17 avril « n’est décisif que pour le système » en place. Créé le 22 février par une poignée de personnes, souvent liées par les réseaux sociaux, Barakat a grossi. Cette fois, Barakat se veut un mouvement citoyen de contestation politique. Des t-shirts « Non au 4e mandat » ont été imprimés en arabe et en français, et bientôt en anglais : « No, you can’t ».

Le 10 mars, réunis dans l’appartement algérois d’une militante, ses initiateurs ont rédigé une plate-forme pour réclamer l’instauration d’une période de transition et une nouvelle Constitution « dans l’objectif de créer une IIe République ».  S’il essaime dorénavant dans plusieurs régions, Barakat reste cependant minoritaire et doit faire face à la présence constante de policiers à chaque sortie.

Car Bouteflika ne donne pas l’impression de vouloir s’effacer. Le premier ministre a démissionné pour diriger sa campagne et le Président a procédé à des nominations de fidèles. De toute évidence Bouteflika a tiré les leçons de la Tunisie et de l’Egypte. Il sait qu’un pouvoir vieillissant et malade qui fait des concessions  se retrouve très vite en phase terminale.

Jean Bonnevey

Source : Metamag.

Crédit photo : Presidencia de la Nacion Argentina, via Wikipédia, (cc).