Les Grands Entretiens de Novopress - Nikola Mirkovic : "Les Serbes étaient coupables de défendre leur terre et leur foi" 3/

Les Grands Entretiens de Novopress – Nikola Mirkovic : “Les Serbes étaient coupables de défendre leur terre et leur foi” 3/3

22/02/2014 – PARIS (NOVOpress)
Français d’origine serbe, Nikola Mirkovic est l’un des fondateurs de l’ONG Solidarité Kosovo qui vient en aide depuis 2004 aux populations serbes des enclaves du Kosovo. Dans Le Martyre du Kosovo (Editions Jean Picollec), il rappelle l’histoire de cette antique province, cœur culturel et spirituel de la Serbie. Il fait également la démonstration implacable de la substitution de population dont ont été victimes les Serbes du fait des Ottomans, des communistes de Tito puis de l’empire du Bien américain. Il répond aux questions de Novopress.

Propos recueillis par Pierre Saint-Servant



Vous rappelez à notre mémoire une déclaration hallucinante du va-t-en guerre Bernard-Henri Lévy, qui a depuis accroché quelques trophées supplémentaires à son tableau de chasse : « Merci malgré tout, aux avions de la démocratie et du droit international. Ces avions n’ont pas de couleur, ce sont les avions de la liberté ». De quels avions parlait-il ?

Sans rougir et sans aucun respect pour les morts, Bernard-Henri Lévy (photo) parle des bombardiers de l’OTAN qui, pendant 78 jours, ont pilonné la Yougoslavie et terrorisé la population. Ces avions faisaient partie de l’OTAN, la plus grosse organisation militaire mondiale qui s’acharnait contre le petit peuple serbe coupable de ne pas courber l’échine et de vouloir défendre sa terre et sa foi. L’OTAN avait envisagé le combat au sol mais a balayé ce projet du revers de la main craignant un nombre important de pertes humaines de son côté. Au lieu de se battre comme des hommes l’OTAN a envoyé ses avions qui ont fait 38 400 sorties pour frapper fort et lâcher ses bombes à fragmentation et à l’uranium appauvri dont les populations locales souffrent encore aujourd’hui. Le pilote de F-18 espagnol, Martin de la Hoz, s’est insurgé contre les missions qu’il recevait où on lui demandait de bombarder des cibles non-militaires ! Ces avions ont tué plus de 500 civils et semé la terreur pendant presque trois mois. Voilà les avions de la démocratie dont parle M. Lévy.

Nous savons que l’OTAN et les services secrets de ses Etats membres couvrent les nombreux trafics des Albanais du Kosovo et leurs réseaux dans toute l’Europe.

Ponctuellement, les médias évoquent la réalité criminelle du Kosovo actuel, qu’en est-il réellement ?

La tête politique albanaise du Kosovo aujourd’hui est dirigée par les anciens chefs de l’UCK, l’armée de libération du Kosovo. Cette armée était un groupe terroriste ce que même les Etats-Unis ont reconnu. Comme tout groupe terroriste il s’est financé de manière illicite essentiellement par des trafics de drogues, d’armes, d’organes humains et la traite des blanches. Ces trafics n’ont pas cessé depuis que l’OTAN leur a donné le pouvoir ; bien au contraire. Le Kosovo et une des plaques tournantes de la drogue en Europe qui lui rapporte 3 milliards de dollars par an soit l’équivalent de la moitié de son PIB ! Dans le rapport de Dick Marty pour l’Assemblée parlementaire du conseil de l’Europe sur le trafic d’organes au Kosovo, le nom du remier ministre albanais, H. Thaçi, est cité pas moins de 24 fois. Nous savons que l’OTAN et les services secrets de ses Etats membres couvrent les nombreux trafics des Albanais du Kosovo et leurs réseaux dans toute l’Europe.

Comment expliquer que le « grand-frère » russe ne soit pas intervenu militairement au Kosmet ?

C’est une des grandes déceptions du peuple serbe. Malheureusement, la Russie de 1999 n’est pas celle d’aujourd’hui. Les Russes, en 1999, sortent à peine du communisme et voient leur ancien monde s’écrouler. Ils sont perdus et n’ose pas agir sur la scène internationale. En paroles les Russes ont toujours défendu les Serbes mais dans les actes ils n’ont pas osé monter le ton suffisamment haut pour dissuader l’OTAN de mener ses attaques contre la Yougoslavie. Aujourd’hui un bombardement de la Serbie serait inimaginable et Moscou l’en aurait empêché comme nous l’avons vu en Syrie récemment où les Russes ont sérieusement freiné les velléités de l’OTAN à s’immiscer encore plus dans la géopolitique régionale.

Comment envisagez-vous l’avenir des serbes des enclaves ? Et plus largement, des peuples de l’ex-Yougoslavie dans leur ensemble. Les évènements récents de Sarajevo semblent faire revenir de noirs nuages…

Seul Dieu sait ce qui pourrait être l’avenir des Serbes du Kosovo et le moins qu’on puisse dire et que les temps à venir seront durs mais il est important de noter que les Serbes sont toujours là. Malgré 500 ans d’occupation ottomane, malgré l’occupation nazie et les bataillons de SS albanais, malgré 40 ans de communisme, malgré les bombardements et l’occupation de l’OTAN, malgré un pouvoir donné injustement aux Albanais…les Serbes sont toujours là. Tout cela relève déjà du miracle en soi et pour un peuple qui croit aux miracles rien n’est impossible. Pour les Serbes d’aujourd’hui ce qui est indispensable c’est qu’ils s’organisent, que Belgrade et le reste du monde ne les abandonne pas et qu’ils aient des familles nombreuses car l’avenir d’un peuple est dans sa jeunesse.

Malgré les interventions de l’OTAN, de l’ONU et de l’Union européenne, les Balkans restent une poudrière et les événements récents de Sarajevo l’illustrent très bien comme vous le soulignez. Les Balkans sont devenus un très grand terrain de jeu pour des géopoliticiens étrangers et un énorme supermarché pour les grandes entreprises mondiales qui ont racheté des pans entiers de l’économie et qui y vendent leurs produits. Les problèmes économiques et ethniques sont encore nombreux. En Macédoine il y a 30% d’Albanais et des tensions vives intra-communautaires, en Slovénie après un boom économique remarquable la situation est redevenue précaire, en Croatie les panneaux écrits en cyrillique pour les Serbes sont détruits et le pays connaît 20% de chômage. En Serbie l’économie ne décolle pas et le pays fait de nombreuses concessions pour rêver d’intégrer l’UE.

Les Balkans sont sclérosés par la corruption, la pauvreté et des structures étatiques en réalité très faibles. Une étincelle peut déclencher un brasier en très peu de temps. Les peuples des Balkans doivent reprendre leur avenir en mains et apprendre à vivre côte à côte au lieu d’être les pions de puissances étrangères qui sèment le désordre pour régner politiquement et économiquement sur la région.

Nikola Mircovic, merci.

Crédit photo : Itzike via Wikipédia (cc).